‹ L'hôte inconnuChapitre 80 sur 109 · XXIII

XXIII

Je ne cite ces traits que parce qu’ils sont fort ordinaires et qu’il n’est personne qui n’ait fait mille observations de ce genre. D’habitude, nous ne remarquons pas que ces humbles manifestations représentent des sentiments, des associations d’idées, des inférences, des déductions, tout un effort intellectuel absolument humain. Il ne leur manque que la parole; mais la parole n’est qu’un accident mécanique qui nous révèle plus nettement les opérations de la pensée. Nous nous émerveillons que Muhamed ou Zarif reconnaissent l’image d’un cheval, d’un âne, d’un chapeau ou d’un cavalier, ou qu’ils rapportent spontanément à leur maître les petits événements de l’écurie; mais il est certain que notre chien fait sans cesse, en silence, un travail analogue, et que ses yeux, si nous savions y lire, nous en diraient bien davantage. Le premier miracle d’Elberfeld, c’est qu’on ait pu donner aux étalons le moyen d’exprimer ce qu’ils pensent et éprouvent. Il est considérable; mais à l’examiner de près, il n’est pas incompréhensible. Il y a une distance énorme entre les chevaux qui parlent et mon chien qui se tait; mais non point un abîme. Ce que j’en dis ici, n’est pas pour diminuer la portée du prodige, mais pour faire remarquer que l’hypothèse de l’intelligence animale est plus défendable et moins chimérique qu’on n’est d’abord tenté de le penser.

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