II, 203.]
[Note 124: Cf. XXVI, II, 1re partie, 54; XXVII, 2° édit., 1914; tableau, pl. XII, etc.]
[Illustration: Fig. 42.
Ivoire. Tombe du roi Qa (1re dynastie).--Flinders Petrie, The Royal Tombs, 1900. Part I, pl. XII, fig. 12, 13.]
Dans ces conditions, c'est dans la seconde moitié du cinquième millénaire avant notre ère que serait née la culture pharaonique. Toutefois le problème se pose de savoir si cette culture est indigène ou bien si elle provient d'influences étrangères. Nous allons montrer comment, de très bonne heure, aux temps de l'industrie néolithique en Égypte, la vallée du Nil a été soumise à des influences asiatiques, probablement même occupée pour un temps par des populations venues des régions mésopotamiennes, et que ces conquérants auraient apporté dans ce pays la connaissance du cuivre. Nous verrons plus loin que c'est également à cette époque que paraissent avoir débuté les arts céramiques chez les Pré-Égyptiens.
[Illustration: Fig. 43.--Représentation de l'homme au début de l'époque pharaonique (D'après Flinders Petrie, Royal Tombs, 1901).]
Dans la tombe du roi Qa, de la Ire Dynastie, Fl. Petrie[125] a découvert une plaque d'ivoire représentant un captif de type asiatique (fig. 42), bien que l'auteur le pense être libyen. D'autres figurations de la même époque (fig. 43) montrent que déjà les artistes tenaient grand compte des caractères ethniques dans leurs représentations. Ailleurs, sur une plaque de schiste du Musée britannique (fig. 44), on voit en haut à droite un personnage vêtu d'une longue robe de caractère asiatique, qui pousse devant lui un captif nu, alors qu'à gauche un autre personnage nu s'enfuit; dans le champ on voit des carnassiers et des rapaces dévorant les cadavres à la suite d'une bataille. Les vaincus sont des Africains, ils portent la barbe à l'égyptienne et ont les cheveux crépus; il est à croire qu'en ces temps primitifs la race qui peuplait les bords du Nil n'était pas de type pharaonique, et que, s'il existait des hommes aux cheveux lisses, ils étaient cantonnés vers le nord, dans le delta en formation.
[Note 125: The royal tombs, 1900: part. I. pl. XII, fig. 12 et 13; pl. XVII, fig. 30.]
[Illustration: Fig. 44.--Palette de schiste archaïque égyptienne (Musée britannique).]
Ces documents, et il en existe beaucoup d'autres, montrent, à n'en pas douter, que l'Égypte, vers l'époque de sa première dynastie, plutôt avant qu'après, a été le théâtre d'une lutte entre deux peuples de races distinctes, et renseignent sur la nature et l'origine des envahisseurs.
Il en est de même quand on compare les fig. 45 et 46, dans lesquelles nous avons groupé les principales formes industrielles et artistiques communes à l'Égypte anté-pharaonique, à la Chaldée et à l'Élam. On conviendra que les analogies sont telles qu'on ne peut nier l'influence de l'une des civilisations sur l'autre. Or la présence de la divinité asiatique en Égypte (nos 2, 3, 5, 6, 27, 33) et du cylindre-cachet qui, comme on le sait, est d'origine chaldéenne, ne peut laisser de doutes au sujet du foyer d'où serait partie la culture qui se transforma plus tard en civilisation pharaonique.
[Illustration: Fig. 45.--Principaux objets archaïques égyptiens.]
Il est donc à penser que c'est de la Chaldée que vint en Égypte et sur les côtes asiatiques de la Méditerranée, la connaissance du cuivre (fig. 47). Mais cette déduction ne nous avance pas quant au pays d'origine de la découverte de ce métal (fig. 48): car nous n'avons jamais rencontré dans la Chaldée comme dans l'Élam, comme sur le plateau iranien (fig. 49), de traces certaines de l'industrie néolithique pure et nous savons, par l'étude de la formation du delta des fleuves chaldéens, que ces parages n'ont été que relativement tard aptes à recevoir l'homme. Ce n'est donc pas en Chaldée, ni dans l'Iran qu'ont eu lieu les premiers essais métallurgiques. Il n'en demeure pas moins que, suivant toute vraisemblance, bien que nous ne connaissions pas encore le point initial de la métallurgie, l'Asie Antérieure a été pour le moins l'un des principaux foyers secondaires propagateurs de la connaissance du métal.
Des côtes méditerranéenes et de l'Asie centrale les types principaux de l'outillage en cuivre se seraient répandus dans les îles méditerranéenes en premier lieu, puis dans l'Europe occidentale, peut-être même centrale et nordique, se modifiant suivant les innombrables cultures néolithiques dans lesquelles ils pénétraient, mais conservant leurs caractères principaux, ceux de la hache plate et du poignard triangulaire; et si quelques rares objets égyptiens, phéniciens ou égéens sont parvenus jusqu'aux confins de l'Europe, ce ne fut jamais qu'exceptionnellement: c'est la connaissance des procédés métallurgiques qui s'est répandue et non l'objet lui-même. Le métal circulait probablement sous forme de lingots, ainsi qu'on l'a constaté pour le bronze, qu'on exportait tout préparé, contenant la bonne proportion d'étain.
Il paraît aujourd'hui prouvé que c'est en même temps du Sud et de l'Est qu'est parvenue en Gaule la connaissance du cuivre, qu'elle nous est venue de la mer Noire et de l'Égée, pays où, suivant les spécialistes des questions égéennes, cette industrie aurait débuté vers le commencement du troisième millénaire avant notre ère; mais, naturellement, sa propagation jusqu'aux îles Britanniques et à la Scandinavie aurait exigé de longs siècles. Nous ne contredirons pas ces auteurs en ce qui regarde l'âge de la civilisation dans les îles méditerranéenes, pas plus que dans l'Europe occidentale.
[Illustration: Fig. 46.--Principaux objets archaïques susiens et chaldéens.]
[Illustration: Fig. 47.--Industrie pré-pharaonique de la Haute-Égypte.]
[Illustration: Fig. 48.--Industrie énéolithique des temps historiques en Égypte. Objets de la 1re dynastie pharaonique.]
Quant à l'or, on le rencontre aussi anciennement employé que le cuivre, dont il est le compagnon dans presque toutes les stations et dans les sépultures énéolithiques. La tombe de Ménès, à Négadah, contenait une perle-spirale d'or, fort pesante. De même, dans les sépultures de Mugheïr (Ur de la Bible) et de Warka (Erech) les tombes renferment en même temps que des outils de pierre et de cuivre (quelquefois aussi de bronze), de grossiers bijoux d'or.
Quoique les découvertes soient, de jour en jour, plus nombreuses, nous sommes encore bien insuffisamment renseignés sur l'extension et la durée des industries énéolithiques; ce n'est que par de très nombreuses analyses chimiques qu'il sera possible d'être à même de se prononcer; car l'usage du bronze venant se greffer sur celui du cuivre, on trouve fréquemment des mélanges d'instruments de pierre, de cuivre et de bronze. Aussi la plupart des archéologues, tout en reconnaissant l'existence d'une industrie du cuivre et en la plaçant dans la dernière phase néolithique, ne la distinguent-ils que peu[126] ou point[127] de celle du bronze.
[Note 126: Cf. XXVI. II. 1re partie.]
[Note 127: XLI.]
L'apparition du métal (fig. 50) ne donna pas lieu, comme on serait tenté de le penser, à une révolution dans l'ordre de choses établi; elle se fit lentement et par contact, dans la majeure partie des cas, plutôt que par invasion, et peu à peu s'infiltra dans les milieux néolithiques. Au début, les armes et les instruments métalliques furent peu nombreux, par suite de la rareté du cuivre qui, tout d'abord, n'entra chez les peuples que par le commerce; on copia les formes des outils de silex et, parfois aussi, ce fut l'inverse qui eut lieu. Puis, la métallurgie s'établissant dans les pays miniers, et les relations commerciales s'étendant, la plupart des types de pierre disparurent: mais cette substitution du métal à la pierre fut très irrégulière et très lente, la pierre taillée continua d'être en usage pendant longtemps encore; on l'employait pour armer les projectiles qui, par leur destination même, devaient être perdus. C'est ainsi que, même au temps où le fer était connu dans tout l'Ancien Monde, les pointes des flèches et des sagaies se fabriquaient en pierre en même temps qu'en métal. Puis, dans certaines pratiques rituelles, l'usage de la pierre demeura de rigueur; il persista même pendant des milliers d'années. L'éviscération des momies, en Égypte, se faisait au moyen d'une lame de silex[128] et, chez les Asiatiques, il en était de même pour la circoncision[129]. Cette dernière application de la pierre permet de comprendre l'importance que prit dans les pays égéens le travail de l'obsidienne en vue de l'exportation.
[Illustration: Fig. 49.--Tépéh Goulam (Poucht é Kouh).]
[Note 128: HÉSIODE, liv. II; DIODORE DE SICILE, liv. I. Cf. XLVII, 9.]
[Note 129: Chez les Juifs et Phéniciens entre autres.]
[Illustration: Fig. 50.--1, Sépulture énéolithique de Fontaine-le-Puits (Savoie).--a, Pointe de javelot.--b, c, Haches en jadéite.--d, Lames et tranchets.--e, Lames et grandes pointes de flèches.--f, 10 pointes de flèches en silex.--g, 22 pointes de flèches en silex.--h, Défenses de sanglier.--k, Hache plate en cuivre (n° 2).--m, Poignard en cuivre (n° 3).--n, Poinçon en cuivre.--p, Coquillage.--q, Pendeloque en cuivre.--4, Suse, cuivre.--5, Île de Crète, id.--6, Hissarlik, id.--7, Espagne (cuivre).--8-11, Adimeiyeh (Égypte), id.]
L'industrie énéolithique n'est donc pas, à proprement parler, une étape bien définie de la culture humaine; elle n'est qu'une phase de transition, et nulle part l'apparition du cuivre ne modifia les moeurs et les usages des néolithiques; elle ne représente ni une époque, ni une durée, car sa propagation fut irrégulière dans ses progrès suivant les lieux, et l'apparition du bronze s'étant produite de même manière, il en résulte que certaines régions demeurèrent beaucoup plus longtemps que d'autres, la Hongrie, par exemple, dans cet état transitoire.
Il est à remarquer que le métal, aux débuts, étant une matière extrêmement précieuse, on le ménageait avec grand soin et que, par suite, beaucoup de stations que nous considérons comme étant néolithiques parce que le cuivre y fait défaut, appartiennent cependant à l'industrie énéolithique; quelques archéologues sont même d'avis que les dernières phases de la pierre polie, chez les divers peuples, doivent toutes être rangées dans l'industrie naissante du métal; je ne suis pas éloigné de partager cette opinion en ce qui regarde l'Égypte et le nord de l'Afrique.