IV - V
Au pied du Panthéon, nous vous aimons, ruelles Où l’on se croit la nuit au doux temps des chandelles. Que de fois, en hiver, pour vous suivre au hasard, Nous avons déserté le vivant boulevard, A l’heure où les échos lointains d’une musette Pleuraient les bals défunts où dansa la grisette.
Tout change. Le quartier a des aspects nouveaux. Il est mort l’omnibus avec ses lents chevaux. Pourtant le vieux Paris chante un dernier poème Au cœur des noirs faubourgs qu’il baptisa lui-même. Chaque plaque de rue au nom moyen-âgeux Est comme un souvenir laissé par les aïeux. Qu’ils sont frais et chantants tous ces noms populaires Qui pour les citadins évoquent les lumières Ici, de la province où bleuit le coteau, Là, du fleuve houleux où tangue le bateau... Mais pour les gouvernants vous semblez trop naïves, Paroles d’autrefois, joyeuses ou pensives, Et vos beaux noms fleuris, les aurez-vous tantôt, Rue Grange-Batelière et rue des Blancs-Manteaux, Des Francs-Bourgeois, des Quatre-Vents, du Chat-qui-pêche; N’aurez-vous pas bientôt le nom morne ou revêche D’un commerçant ou d’un ministre ou d’un athlète, Ruelles de Montmartre où croît la violette?