‹ L'Illusion ComiqueChapitre 20 sur 43 · Scène IV

Scène IV

Matamore, Clindor

Matamore

Respect de ma maîtresse, incommode vertu,

Tyran de ma vaillance, à quoi me réduis-tu ?

Que n’ai-je eu cent rivaux en la place d’un père,

Sur qui, sans t’offenser, laisser choir ma colère !

Ah ! visible démon, vieux spectre décharné,

Vrai suppôt de Satan, médaille de damné,

Tu m’oses donc bannir, et même avec menaces,

Moi, de qui tous les rois briguent les bonnes grâces !

Clindor

Tandis qu’il est dehors, allez, dès aujourd’hui,

Causer de vos amours et vous moquer de lui.

Matamore

Cadédiou ! ses valets feraient quelque insolence.

Clindor

Ce fer a trop de quoi dompter leur violence.

Matamore

Oui, mais les feux qu’il jette en sortant de prison

Auraient en un moment embrasé la maison,

Dévoré tout à l’heure ardoises et gouttières,

Faîtes, lattes, chevrons, montants, courbes, filières,

Entretoises, sommiers, colonnes, soliveaux,

Pannes, soles, appuis, jambages, traveteaux,

Portes, grilles, verrous, serrures, tuiles, pierre,

Plomb, fer, plâtre, ciment, peinture, marbre, verre,

Caves, puits, cours, perrons, salles, chambres, greniers,

Offices, cabinets, terrasses, escaliers.

Juge un peu quel désordre aux yeux de ma charmeuse ;

Ces feux étoufferaient son ardeur amoureuse.

Va lui parler pour moi, toi qui n’es pas vaillant ;

Tu puniras à moins un valet insolent.

Clindor

C’est m’exposer…

Matamore

Adieu : je vois ouvrir la porte,

Et crains que sans respect cette canaille sorte.

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