‹ L'Illusion ComiqueChapitre 25 sur 43 · Scène IX

Scène IX

Matamore, Clindor

Matamore

Ah ! traître !

Clindor

Parlez bas, ces valets…

Matamore

Eh bien ! quoi ?

Clindor

Ils fondront tout à l’heure et sur vous et sur moi.

Matamore le tire à un coin du théâtre.

Viens çà. Tu sais ton crime, et qu’à l’objet que j’aime,

Loin de parler pour moi, tu parlais pour toi-même ?

Clindor

Oui, pour me rendre heureux j’ai fait quelques efforts.

Matamore

Je te donne le choix de trois ou quatre morts :

Je vais, d’un coup de poing, te briser comme verre,

Ou t’enfoncer tout vif au centre de la terre,

Ou te fendre en dix parts d’un seul coup de revers,

Ou te jeter si haut au-dessus des éclairs,

Que tu sois dévoré des feux élémentaires.

Choisis donc promptement, et pense à tes affaires.

Clindor

Vous-même choisissez.

Matamore

Quel choix proposes-tu ?

Clindor

De fuir en diligence, ou d’être bien battu.

Matamore

Me menacer encore ! Ah ! ventre ! quelle audace !

Au lieu d’être à genoux, et d’implorer ma grâce… !

Il a donné le mot, ces valets vont sortir…

Je m’en vais commander aux mers de t’engloutir.

Clindor

Sans vous chercher si loin un si grand cimetière,

Je vous vais, de ce pas, jeter dans la rivière.

Matamore

Ils sont d’intelligence. Ah ! tête !

Clindor

Point de bruit :

J’ai déjà massacré dix hommes cette nuit ;

Et si vous me fâchez, vous en croîtrez le nombre.

Matamore

Cadédiou ! ce coquin a marché dans mon ombre ;

Il s’est fait tout vaillant d’avoir suivi mes pas :

S’il avait du respect, j’en voudrais faire cas.

Ecoute : je suis bon, et ce serait dommage

De priver l’univers d’un homme de courage.

Demande-moi pardon, et cesse par tes feux

De profaner l’objet digne seul de mes vœux ;

Tu connais ma valeur, éprouve ma clémence.

Clindor

Plutôt, si votre amour a tant de véhémence,

Faisons deux coups d’épée au nom de sa beauté.

Matamore

Parbleu, tu me ravis de générosité.

Va, pour la conquérir n’use plus d’artifices,

Je te la veux donner pour prix de tes services ;

Plains-toi dorénavant d’avoir un maître ingrat !

Clindor

A ce rare présent, d’aise le cœur me bat.

Protecteur des grands rois, guerrier trop magnanime,

Puisse tout l’univers bruire de votre estime !

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