Chapitre 59 20 décembre.
Je n’ouvre plus mon cahier, mais je pleure souvent de chagrin, de dégoût, de honte. Oh ! l’inutilité des efforts, l’impuissance de la volonté.
Comment supporter l’abjecte réalité ? Comment surmonter l’écœurement ? Et ces souvenirs qui restent en mon cœur comme des plaies…
Je me sens détrempée de tristesse, accablée, lasse parfois à croire que je ne pourrai plus faire un pas. J’ai l’âme pleine d’abominables pensées. Je n’ose sonder l’infâme misère de mon cœur, car je désire samort.
Puisque je ne puis le changer, pourquoi rester ici ? Ma pauvre mère avait-elle le droit d’exiger de moi l’héroïsme ? N’ai-je pas été bien téméraire en m’y engageant ? Suis-je pour jamais enchaînée, vraiment prisonnière dans ma promesse de ne jamais le quitter ?
Je ne le crois pas. Je voudrais m’en aller bien loin d’ici, et je n’ose partir. Une imploration silencieuse me poursuit partout.
Imagination ? Obsession morbide ? C’est probable. Ou plutôt, voix des vagues remords, de la conscience troublée.
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