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----- SUMMA 666
Les chiffres romains forment, dit-il, un mot dont les chiffres arabes sont la désignation numérique et mystique; car additionnés, ils donnent le nombre 18, et de front, le nombre de la bête.
SUR L’ANÉLYTROÏDE
L’Anélytroïde, qui n’est couvert d’aucune enveloppe; du grec Ανελυτρος, formée par l’α privatif suivi de l’ν euphonique et du mot ελυτρος, dérivé de ελυτροω, envelopper, recouvrir, et par extension, perforation.
I.--«Une des sources du discrédit où les livres saints sont tombés, ce sont les interprétations forcées que notre amour-propre, si orgueilleux, si absurde, si rapproché de notre misère, a voulu donner à tous les passages que nous ne pouvons expliquer.»
Nous avons déjà fait remarquer que Dieu, en communiquant avec les hommes, emprunte toujours leur langage pour se mettre à portée de leur faible entendement. Aujourd’hui que ces temps heureux sont loin de nous, pour comprendre le mystérieux de la parole divine que Dieu a consignée dans le livre sacré, il faut de nécessité absolue recourir d’abord aux lumières du Saint-Esprit, en soumettant sa raison à l’autorité de ce livre sublime qui ne peut faillir; puis étudier avec soin, persévérance et humilité, le caractère, le tout, les propriétés et le génie d’une langue aussi ancienne que la nature, et dont les racines peu nombreuses expliquent si merveilleusement la signification de ses mots sonores, et leur liaison avec les choses qu’ils dépeignent avec tant de verve et de couleur; langue véritablement admirable, puisque Adam se servit de son abondante stérilité pour donner aux plantes et aux animaux qui venaient d’être tirés du néant, un nom qui marquait leur nature et leur propriété (Gen., chap. II, v. 19); langue renfermant ainsi un sens allégorique, anagogique et tropologique, et portant avec elle la preuve irrécusable et évidente qu’elle fut consacrée par la bouche de Dieu!...
Or, pour éviter toute espèce d’interprétation forcée, confrontez avec l’original de ce livre divin, conservé dans l’arche de Noé, les versions des savants interprètes et les doctes élucubrations des commentateurs. Puis, consultez les Saints Pères qui nous ont légué ce précieux trésor; ensuite les canons de l’Église, les conciles et les explications lucides, les profondes méditations de nos théologiens vous guideront tout naturellement dans la connaissance parfaite d’une matière où il serait plus que téméraire de se fier à ses propres forces pour parvenir à l’intelligence des textes originaux. Si vous avez eu le courage de vous instruire dans la religion de ces docteurs, alors disparaîtront devant vos yeux les doutes illégitimes, les apparentes contradictions et les prétendues erreurs sur la physique, la chimie et l’astronomie, que des esprits audacieux croient trouver dans la Bible, mais qui, fort heureusement, n’existent que dans leur imagination déréglée et corrompue; alors soudainement inspiré par la grâce agissante, il vous sera donné de comprendre «la raison qui peut avoir obligé Dieu, après ces espaces infinis de l’éternité qui ont précédé la création du monde, à le créer dans le temps; que sans besoin comme sans nécessité, puisqu’il possède toutes choses et que seul il peut se suffire à lui-même, l’Éternel, en opérant cette merveille, n’a eu en vue que son Verbe divin, qu’il a prévu devoir s’incarner, et s’offrir lui-même en sacrifice, et que le monde n’a été formé que par le Verbe et pour le Verbe, qui devait un jour le réparer après sa chute et rendre à Dieu une gloire infinie et digne de lui.» (Lamy, Introduction à l’Écriture sainte, liv. I, chap. 2.)
C’est alors, ami lecteur, que, nourrie de la parole divine et devenue «digne de porter les souliers de Jésus-Christ (saint Mathieu, chap. III, v. 11), et de délier la courroie de ses boucles» (saint Luc, chap. III, v. 16), votre âme en se dégageant de la misérable enveloppe qui la tenait enchaînée ici-bas, s’élancera toute joyeuse vers le brillant séjour de la céleste Jérusalem, où elle habitera avec les Chérubins, espèces d’animaux (Ezéchiel, chap. X, v. 15) qui servent de monture à Dieu quand il se met en voyage, «ascendit super Cherubin et volavit»; de ces Chérubins, à la face bouffie, dont l’un d’entre eux fut mis en sentinelle à la porte du Paradis terrestre avec une épée flamboyante, pour empêcher notre premier père et sa pétulante moitié de rentrer dans ce lieu de délices (Genèse, chap. III, v. 24) avec les Séraphins qui précédaient les roues mystérieuses qu’Ezéchiel vit sous le firmament (Ezéchiel, chap. I, v. 5 à 28); avec les Anges, les Archanges, les Trônes, les Dominations, les Vertus, les Potentats, les Principautés, les Forts, les Légers, les Souffles, les Flammes, les Étincelles; dans ce ciel où vous entendrez les Anges chanter hosanna treize mille six cent trois fois, et ensuite s’endormir paisiblement sur les marches resplendissantes du trône immortel que soutiennent les Séraphins; où vous verrez des ballets entre les Saints et les Étoiles, les Chérubins et les Comètes; que sais-je? avec toute la milice céleste: ce qui sera un peu fade, il est bien vrai, mais du reste fort amusant.
II.--«L’un des articles de la Genèse qui a singulièrement aiguisé l’esprit humain, c’est le verset 27 du chapitre I «Dieu créa l’homme à son image; il le créa mâle et femelle.»
--«Si Dieu ou les Dieux secondaires créèrent l’homme mâle et femelle à leur ressemblance, il semble en ce cas que les Juifs croyaient Dieu et les Dieux mâles et femelles. On a recherché si l’auteur veut dire que l’homme avait d’abord les deux sexes, ou s’il entend que Dieu fit Adam et Ève le même jour. Le sens le plus naturel est que Dieu forma Adam et Ève en même temps; mais ce sens contredirait absolument la formation de la femme faite d’une côte de l’homme longtemps après les sept jours.» (Voltaire, Dictionnaire philosophique, art. Genèse.)
Malgré ce raisonnement si serré, si judicieux de Voltaire, comment ne point croire à la création d’Adam et d’Ève en même temps, au même jour, le sixième du monde, lorsque la Vulgate et toutes les versions qui se sont faites sur le texte hébreu, disent si positivement au chap. I, v. 27, que Dieu les créa homme et femelle, masculum et fœminam creavit EOS? Cependant il est évidemment clair que par ce passage (La Bible anglaise l’interprète de la même manière: «Male and female created HE THEM») il faut entendre qu’Adam a dû être créé androgyne, puisque Dieu, jugeant qu’il n’était pas bon que l’homme fût seul, ne forma la femme qu’à la fin du septième jour, d’une des côtes qu’il tira d’Adam pendant le sommeil divin où il l’avait plongé. (Gen., chap. II, v. 18, 21, 22). Mais, si Adam avait le sexe double, comment a-t-il fait alors pour se faire des enfants à lui-même? Comment mettre en harmonie ce passage de la Genèse avec la manifeste contradiction qu’il paraît impliquer? Cette question embarrassante a fait suer bien des pères de l’Église, mais saint Thomas d’Aquin (Quæst., cap. I et seq.) plus malin ou plus inspiré que ses confrères, l’a résolue sans difficulté, en assurant que les hommes se faisaient, dans l’état d’innocence, par l’intuition des idées ou d’une manière spirituelle, comme par l’endroit dont parle Agnès dans l’École des Femmes, en prétendant que les parties de la génération ne sont venues aux hommes qu’après le péché, comme les marques perpétuelles de la désobéissance du premier!!!... Et qu’on ne soupçonne pas l’ange de l’école de déraisonner! il était plus que personne à même de connaître la vérité qu’il avance, lui qui conversait dans la sainte familiarité de son Dieu; lui à qui, selon le trop hardi abbé Dulaurens (Arétin moderne, 2e partie, art. Calendrier), un crucifix de bois a fait un compliment académique, le jour sans doute qu’il prouva si heureusement et avec tant de clarté, dans sa soixante-quinzième question, que l’homme possède trois âmes végétatives; savoir, la nutritive, l’augmentative et la générative!
III.--«Le nom qu’Adam donna à chacun des animaux est son nom véritable.»
Un philosophe déiste du dix-huitième siècle, dans ses Commentaires sur la Bible, s’est permis de calomnier ce passage de la Genèse, en disant que «cela supposait qu’il y avait déjà un langage très abondant, et qu’Adam, connaissant tout d’un coup les propriétés de chaque animal, exprima toutes les propriétés de chaque espèce par un seul mot, de sorte que chaque nom était une définition»; et s’armant de l’arme du ridicule, si mortelle entre ses mains, il ajouta dans son délire «qu’il était triste qu’une si belle langue fût entièrement perdue; que plusieurs savants s’occupaient à la retrouver et qu’ils y auraient de la peine.»
Mais si cet orgueilleux eût été rempli de foi, il eût admiré le plus ce qu’il comprend le moins et se fût aisément convaincu que si notre premier père donna à chaque animal son vrai nom, c’est que, créé dans un état de pure innocence, il avait reçu de Dieu, au rapport de saint Thomas (Quæst., 94, art. 3), la science la plus parfaite et la connaissance de toutes les choses de la nature; que sur l’ordre de Dieu même, Adam avait imposé à tous les animaux le nom qui leur était propre; d’où il suit qu’il connaissait parfaitement la nature de ces animaux. En effet, les noms véritables doivent être en harmonie avec la nature des choses. (Saint Chrysost., Hom., 14, in Gen.)
Cependant, sans comprendre clairement et fixement l’essence divine, Adam, beaucoup plus que nous, en a eu une haute et parfaite connaissance. (Saint Thomas, Quæst., 94, art. 1).
Voilà une explication lumineuse d’un passage de la Bible vraiment extraordinaire, qui doit confondre la raison de tous les incrédules.
IV.--«Mais le savant Sanchez...» Pour donner un échantillon du profond savoir et de la délicatesse du révérend Sanchez, jésuite et casuiste très versé dans la controverse, voici quelques-unes de ces questions sur lesquelles il s’est sérieusement évertué et qu’il a proposées à résoudre pour l’édification de ses lecteurs et à la très grande gloire de Dieu.
Il demande:
Utrum liceat extra vas naturale semen emittere?
De altera femina cogitare in coitu cum sua uxore?
Seminare consulto, separatim?
Congredi cum uxore sine spe seminandi?
Impotentiæ tactibus et illecebris opitulari?
Se retrahere quando mulier seminavit?
Virgam alibi intromittere dum in vase debito semen effundat?
Il discute:
Utrum Virgo Maria semen emiserit in copulatione cum Spiritu Sancto?
Et il assure:
Mariam et Spiritum Sanctum emisisse semen in copulatione et ex semine amborum natum esse Jesum.
Et cent autres questions de cette force et de cette décence, que ce théologien jésuite a agitées dans son fameux Traité latin sur le mariage, et dont la traduction en français blesserait trop les mœurs pour que nous ne la passions pas sous silence. Aussi, rien d’étonnant si Sanchez «ne mangeait jamais ni poivre, ni sel, ni vinaigre, et si, quand il était à table, il tenait toujours ses pieds en l’air, assis sur un siège de marbre.»
SUR L’ISCHA
I.--«La première personne à laquelle Jésus-Christ se montra après sa résurrection fut Marie-Madeleine.»
Rien dans l’antiquité n’approcha jamais de cette consolante doctrine de ramener à l’honneur par le repentir. Régénérée par la pénitence, une chrétienne, quelque grande que soit la faute qu’elle a commise, si elle s’en repent, est aussitôt purifiée et rendue à sa première considération. Aussi, il y a au ciel, pour une brebis égarée qui revient au bercail de l’Église, beaucoup plus de joie que pour dix saints qui n’ont jamais péché.
La vie de Marie-Madeleine nous en offre le plus frappant exemple et confirme nos réflexions. Après avoir mené une vie libertine et débauchée, et vendu, comme les vestales de l’Opéra, des cordons verts aux libertins de Jérusalem, un jour qu’elle savait que Jésus-Christ était allé dîner chez le Pharisien Simon, touchée sans doute par un mouvement de curiosité si naturelle à son sexe, ou peut-être par un caprice de vertu, ou, ce qui est plus probable, par le délabrement d’une santé usée dans les débauches, Madeleine pénètre dans la salle du repas et s’y jette, avec une sainte impudence, aux pieds du Sauveur, les embrasse, les baise, les parfume, les arrose de ses larmes et les essuie de ses cheveux.
Alors, témoin de cette scène attendrissante et supposant, dans son orgueil, que les dérèglements de cette femme ne sont point connus à son convié, parce que, au lieu de rejeter, il accueille l’hommage impur de cette prostituée, l’incrédule Pharisien doute témérairement de la puissance du divin prophète et reste confondu lorsqu’il entend Jésus dire à cette courtisane qu’il préfère son ardent amour à la tiédeur de ceux qui ne l’aiment que du bout des lèvres et qu’il pardonne ses péchés parce qu’elle a beaucoup aimé. (Saint Luc, chap. VIII, v. 36 à 50.)
Admirable et touchant modèle de conversion! Elle nous fait voir, disent les saints Pères, que la pécheresse la plus noire devient blanche comme neige devant Dieu, lorsque l’humilité sanctionne sa pénitence... et, comme dit quelque part l’impie Boufflers, se sauve ainsi du grand feu que Dieu a fait là-bas pour ceux qui ne vont pas là-haut.....
SUR LA TROPOÏDE
Tropoïde, du grec τρόπος, mœurs, genre de vie, moralité d’un peuple.
Dans le tableau si vrai, si caractéristique de la législation et de la moralité du peuple hébreu qu’il dépeint avec la supériorité du talent d’un habile politique et d’un profond penseur, Mirabeau, qu’aucune considération n’arrête lorsqu’il s’agit d’agrandir les limites de notre intelligence par une vérité quelconque, imprime à ce chapitre le cachet de son génie, en y développant les observations les plus judicieuses et les plus profondes réflexions, il compare avec une étonnante sagacité les mœurs et les coutumes des Juifs du temps de Moïse avec nos habitudes, nos mœurs et nos libertés, que le despotisme des prêtres et des rois a si longtemps tenues courbées sous leur sceptre avilissant, mais dont la philosophie du dix-huitième siècle, par ses longs et constants efforts, a fait enfin justice à jamais. Depuis cette époque si mémorable, la civilisation est en marche: ses progrès peuvent être ralentis; mais ni les misérables intrigues du sacerdoce, qui menace de tout abrutir pour tout dominer, ni les actes impolitiques et imprudents des gouvernements actuels, dont la violence, l’astuce et l’intérêt sont les plus puissants mobiles, ne parviendront jamais à comprimer l’essor de la progressive émancipation de l’esprit humain. Une immense impulsion lui est donnée, et l’imprescriptible liberté, désormais circonscrite dans les bornes bien entendues du devoir social, fera insensiblement le tour du monde, triomphera de leurs vains efforts et anéantira quelque jour l’œuvre de l’iniquité et de la corruption.
Mais revenons au sujet de ce titre.
La Tropoïde, dit le révérend père Lamy, est tirée des instructions et des règles de morale de la lettre de l’Écriture. La loi juive défend de lier la bouche au bœuf qui bat le blé (Deut., chap. XXV, v. 4) et saint Paul se sert de ce précepte de Moïse pour établir l’obligation qu’ont les fidèles de fournir aux ministres de l’Évangile tout ce qui leur est nécessaire (I. Corinth., chap. IX, v. 9.--I. à Timoth., chap. V, v. 18), ce qui n’est pas mal entendre ses intérêts. D’après saint Jérôme (dans sa lettre à Hedibia), le sens tropologique est celui qui nous élève au-dessus du sens littéral et nous fait donner une explication morale et propre à nous faire connaître ce qui se passait parmi le peuple juif: récit qui n’est pas du tout à son avantage.
I.--«Quand la fille avait engagé sa foi, les matrones la conduisaient au dieu Priape.»
Si on voulait juger avec sévérité des mœurs et des habitudes du peuple romain par les expressions libres de quelques-uns de ses écrivains les plus célèbres; si l’on exposait au grand jour les tableaux obscènes de l’antiquité que l’on a découverts dans les fouilles d’Herculanum et de Pompéi, il faudrait en conclure nécessairement que la pudeur, loin d’être un sentiment naturel et indispensable à l’homme, n’est chez lui qu’une simple vertu de convention. Cependant, je ne saurais m’imaginer qu’il ait existé sur la terre un peuple assez impudent, assez dénaturé, assez ennemi de lui-même, pour établir, de gaîté de cœur, un culte contre la décence et les bonnes mœurs. Or, le culte de Priape, que je vais décrire, n’était point indécent chez les anciens; car ils regardaient la propagation comme un devoir trop sacré et trop sérieux pour voir dans la consécration du Phallus et du Kleis (ou des parties sexuelles de l’homme et de la femme dans leurs sanctuaires) autre chose qu’un emblème de la fécondité universelle, et ils le sculptaient jusque sur les portes de leurs temples, comme le symbole des premiers vœux de la nature.
De là ce culte de Priape, qui passa à Rome de l’Étrurie, où l’apportèrent les Corybantes et les Cabires. (Virey, Dissertation sur le libertinage, art. III.) Au rapport de Strabon et d’autres écrivains de l’antiquité, ce dieu était fils de Bacchus et de Vénus. Il naquit à Lampsaque, ville de la Troade, non loin de l’Hellespont, où sa mère l’abandonna à cause de sa difformité. On dit que, toujours jalouse de Vénus, Junon, sous prétexte de l’aider dans ses couches, toucha l’enfant d’une main perfide, au moment qu’il vint au monde, et le rendit tellement monstrueux à certaine partie de son corps, que je ne puis mieux nommer qu’en ne la nommant pas, qu’il fit tourner la tête à toutes les jolies femmes de Lampsaque: c’était à qui l’enlèverait. Mais les maris ne se souciant guère de voir leurs fronts s’enrichir d’une coiffe que les dames distribuent si volontiers, le chassèrent de leur ville sur un décret du Sénat. Priape, piqué du procédé peu galant de ces jaloux, les frappa d’une espèce de maladie qui les rendait extravagants et dissolus dans leurs plaisirs. Ces malheureux époux, doublement punis, furent consulter l’oracle de Dordone, qui leur ordonna de rappeler Priape de son exil.
Je passerai sous silence comme fastidieux ses attributions et son emploi qui le commettait à la garde des jardins, où il servait d’épouvantail aux oiseaux et aux voleurs qu’il menaçait de cette disposition pénale:
Fœmina si furtum faciet mihi, virque puerque, Hæc cunnum, caput hic, probeat ille nates.
Je dirai que ce dieu présidait à toutes les débauches du paganisme. Ses Phallalogies, ou ses fêtes, se célébraient particulièrement à Lampsaque. Les Égyptiens, selon certain auteur, le nommaient Horus et le représentaient «jeune, ailé, avec un disque sous le pied, tenant un sceptre dans la main droite, et de la gauche soulevant son membre viril, qui égalait en grosseur tout le reste de son corps.» Festus rapporte que les Romains lui élevèrent un temple sous le nom de Mutinus, «où il était assis avec le membre en érection, sur lequel les jeunes épouses venaient s’asseoir avant de passer dans les bras de leurs maris, afin que ce Dieu eût les prémices de leur virginité. C’est pour cela que lui était dédiée la première nuit des noces, que présidaient, sous ses ordres, les dieux Subigus, Jugatinus, Domitius et Mutius (Jugatinus, qui unissait l’homme et la femme par le mariage. AUGUST., De Civ., IV, c. 8.--Domitius, qui protégeait la mariée dans la maison du mari. AUG., VI, c. 9.--Mutinus, dont la coutume religieuse était de faire asseoir la jeune mariée sur un fascinum, de dimension énorme et monstrueuse. AUG., IV, c. 11), et les déesses Virginiensis, Prenia, Pertunda, Manturna, Cinxia, Matuta, Mena, Volupia, Strenua, Stimula, etc. (Manturna, dont l’office était de faire en sorte que la femme restât avec le mari. AUG., IV, c. 9.--Cinxia, qui devait ôter la ceinture à la mariée. ARNOB., lib. III, p. 118.--Matuta, qui présidait aux caresses du réveil. PLUT., in Camillo.--Mena, qui présidait aux menstrues des femmes. AUG., c. 11.--Volupia, qui présidait à la volupté. ARNOB., lib. IV, p. 131.--Strenua, qui excitait au coït. AUG., IV, c. 11.--Stimula, qui faisait agir avec vivacité. AUG., IV, c. 11.--Viripiaca, qui présidait au raccommodement. VAL. MAX., lib. II, c. 1, n. 6.--Prosa, qui présidait aux accouchements. AUL. GELL., lib. XVI, c. 17.--Egeria, qui présidait à la délivrance. Voyez FESTUS.) Toutes divinités officieuses qu’on invoquait dans l’acte du coït, et qui avaient dans la cérémonie de l’hymen chacune un emploi particulier.
La jeune mariée, au sortir de la couche nuptiale, allait offrir à Priape autant de branches de saule qu’elle avait essuyé d’assauts amoureux:
Quæ quot nocte viros peregit unâ, Tot vergas tibi dedicat salignas.
Ce dieu fut aussi surnommé Phallus, Ityphallus, Triphallus et Fascinus (Plutarque, dans ses Commentaires, περι τῆς φιλοπλουτίας, ou Passion des Richesses, et dans son livre sur Isis et Osiris; Columelle, dans son Traité de l’Agriculture, Pompéjus et Hérodote, liv. 2, en donne une ample description), symboles de la fécondité, que l’on voyait en tous lieux, sur les dieux Termes, dans les jardins, dans les gynécées des dames romaines, où, pour tribut de reconnaissance, elles appendaient à sa chapelle des tableaux votifs, et posaient publiquement des couronnes de fleurs sur son membre en érection.
Ces dames portaient des phallus à leur cou, et en suspendaient à celui de leurs enfants. Ces bijoux précieux étaient ordinairement d’or, d’ivoire, de verre ou de bois; quelquefois elles en faisaient en étoffe de laine ou de soie pour amuser leur... libertinage et charger leur vaisseau (ad suam onerandam navem), comme le dit si plaisamment Pétrone.
Quoique nos mœurs n’admettent pas d’honorer publiquement ce dieu, nous ne cessons cependant de lui dresser des autels en particulier: ce sont les boudoirs de nos petites maîtresses qui remplacent maintenant ces édicules.
Au reste, saint Jérôme croit que ce dieu était le même que le dieu des Moabites et des Madianites, qu’ils invoquaient sous le nom de Peor, Beelphegar ou Phegor. Mais toujours est-il que Priape était connu et même adoré des Juifs, puisqu’il est rapporté dans la Bible que «dans la vingtième année du règne de Jéroboam, roi d’Israël, Asa, roi de Yuda, chassa de son territoire tous les efféminés et purifia son royaume de toutes les souillures de l’idolâtrie que ses pères avaient établies. De plus, il défendit à sa mère Mahacham d’être désormais la prêtresse des sacrifices de Priape, dans le bois qui lui était consacré; puis il renversa sa statue et brûla cette image infâme dans le torrent de Cédron.» (Rois, chap. XV, v. 9 à 13.--Paralipomènes, liv. II, ch. XV, v. 16.) Le texte hébreu porte miphletzet, que les interprètes traduisent indifféremment par caverne, assemblée, idole, mots qui dans ce passage de la Bible expriment la même idée; car il est avéré que Mahacham, avec la confrérie qu’elle avait formée et dont elle était le chef, célébrait dans les bois ou lieux obscurs les sacrifices de Priape, qu’accompagnaient les crimes les plus honteux et les plus infâmes prostitutions.
SUR LE THALABA
Mot hébreu que l’on comprendra aisément quand on aura lu l’histoire des Jésuites, l’Onanisme de Tissot et la Nymphomanie de M. de Bienville.
I.--«Un des plus beaux monuments de la sagesse des anciens est leur gymnastique.»
L’homme par sa nature, destiné au travail, a souvent besoin de se reposer de ses fatigues. C’est dans ces intervalles de repos momentané qu’il aime à se livrer volontiers aux plaisirs du jeu qui récréent son esprit, en même temps qu’ils lui préparent de nouvelles forces pour reprendre ses travaux accoutumés. Mais si je parle de jeu, je n’entends nullement vanter ici ces dangereuses maisons qui engloutissent la santé, l’honneur et la fortune des gens crédules qui entretiennent avec elles de funestes rapports, que repousse la morale publique et qu’une politique bien entendue eût depuis longtemps supprimées, si, pour les maintenir, l’avidité du fisc n’usait de tout le pouvoir dont il est revêtu.
Je ne signale donc les dangers de cette vile passion qui dégrade l’homme en le portant à tous les excès, que pour relever davantage ces jeux et ces exercices si utiles que les anciens avaient rangés parmi leurs cérémonies religieuses, dans le but de développer les forces et l’agilité du corps, et de disposer la jeunesse par une santé robuste, toujours si influente sur ses actions, à devenir d’utiles citoyens.
Les théâtres consacrés à ces nobles gymnastiques (du grec γυμναστικὸς, lieu où les Grecs s’exerçaient à certains jeux; formé de γυμνος nu, parce qu’ils étaient nus ou presque nus pour s’y livrer plus librement), étaient des lieux spacieux, où les anciens s’assemblaient pour y disputer le prix de la lutte, du disque, du palet, de la course, du saut ou du pugilat.
Leurs jeux les plus célèbres étaient au nombre de quatre, qu’ils désignaient sous le nom de combat ἀγων, ainsi que le confirme ce vers d’Homère:
Τεσσαρές εἰσιν αγῶνες Ελλαδα
Les Olympiques se célébraient au bout de quatre ans révolus, en l’honneur de Jupiter, à Pise, non loin d’Olympie, ville d’Élide, dans le Péloponèse. Ils duraient cinq jours et commençaient par un sacrifice solennel.
Les Pythiques avaient lieu à Delphes, en l’honneur d’Apollon, pour perpétuer sa victoire sur le serpent Python.
Les Isthmiques, institués par Sisyphe, roi de Corinthe, en l’honneur de Neptune, se solennisaient tous les trois ans dans l’isthme de Corinthe, près du temple de ce dieu.
Et les cérémonies des Néméens se consacraient à la même époque à Argos, en mémoire d’Archemor, fils de Lycurgue, roi de Némie, qui mourut de la morsure d’un serpent.
Célébrés avec éclat et magnificence, sous les yeux des rois, des magistrats et d’une foule immense de spectateurs que le désir de la gloire y attirait de toutes parts, ces jeux enflammaient l’émulation en élevant l’âme aux grandes actions, et enfantaient des citoyens dévoués à la patrie.
Le vainqueur était couronné de branches de pin, de laurier, de feuilles d’olivier sauvage ou de roses, aux yeux de tous les assistants et au bruit de leurs acclamations. Honoré dans sa patrie pour le reste de ses jours, son nom et sa victoire étaient chantés par les plus grands poètes. On lui érigeait des statues, et on poussa même les éloges du vainqueur jusqu’à l’élever au rang des dieux.
C’est par ces nobles institutions que la Grèce remplit le monde de l’éclat de sa gloire et qu’elle parvint à transmettre son nom à l’immortalité.
SUR L’ANANDRINE
Formé ανανδρύνομαι, devenir lâche, diminuer, composé de l’α privatif et de l’ν euphonique: efféminéité.
I.--«Sapho... peut être regardée comme la plus illustre des tribades.»
Cette célèbre, mais trop infortunée Sapho, qui vécut du temps de Stésichore et d’Alcée, environ 600 ans avant l’ère chrétienne, se distingua non seulement par ses habitudes lesbiennes de κλειτοριάζειν. (Voyez la Linguanmanie.) C’est cette erreur lascive qui justifie la résection du clitoris dans les pays méridionaux, où les femmes, par le prolongement quelquefois prodigieux de cette portion externe des nymphes, ont propagé cette nouvelle manière d’aimer de Sapho. (Voyez l’Akropodie, que Sénèque et saint Augustin lui reprochent avec tant de véhémence, mais encore par son beau talent poétique, qui la fit surnommer la dixième Muse. Elle inventa deux sortes de rythmes, le saphique et l’éolique, et dans la faible partie de ses œuvres que l’ignorance et la barbarie ont laissé parvenir jusqu’à nous, son âme respire tout entière dans les vers brûlants d’amour, qu’elle soupirait pour le volage Phaon.
L’ardeur, ou plutôt le feu de son tempérament, dit Virey, la fit accuser d’un vice... qui la rendit presque un homme: Mascula Sapho. Inspirée par l’amour et les dédains de Phaon, elle put transmettre à la postérité la peinture de ses ardeurs ou plutôt les transports de son érotomanie; elle les eût moins vivement représentés s’ils eussent été assouvis. Tout prouve donc que le génie ne s’allume que par la chaleur amoureuse, et celle-ci ne brille que dans les caractères virils, même chez les femmes de lettres les plus célèbres. (Virey, Effets de l’Amour sur l’esprit.)
Voici la traduction, par Boileau, d’une des odes que Sapho adressa à une Lesbienne, et qui fera juger de son beau génie:
Heureux qui, près de toi, pour toi seule soupire, Qui jouit du plaisir de t’entendre parler, Qui te voit quelquefois doucement lui sourire. Les Dieux, dans son bonheur, pourraient-ils l’égaler?
Je sens de veine en veine une subtile flamme Courir par tout mon corps sitôt que je te vois; Et dans les doux transports où s’effare mon âme, Je ne saurais trouver de langue ni de voix.
Un nuage confus se répand sur ma vue, Je n’entends plus, je tombe en de douces langueurs; Et pâle, sans haleine, interdite, éperdue, Un frisson me saisit, je tombe, je me meurs!
SUR L’AKROPODIE
Du grec ακρος, extrémité, et πόδια, chaussure, et par extension, retranchement du prépuce.
SUR LE KADESCH
Du grec καθεσις, introduction d’un instrument chirurgical, mutilation.
I.--«En Italie, cette atrocité n’a pour objet que le perfectionnement d’un vain talent.»
La dissolution des mœurs, la défiance et le despotisme des Orientaux ont inventé la mutilation que la polygamie a perpétuée. C’est à Spada, village de Perse, que l’on commença à dépouiller les hommes des organes essentiels de la virilité. De là, sans doute, l’origine du mot latin spado, qui signifie eunuque, castrat.
La plupart des peuples de l’antiquité ont pratiqué cet usage barbare. Sémiramis, si fameuse par son ambition, son courage et ses débauches, ordonna, au rapport d’Ammianus (Lib. IV, refert Semiramidem primam omnium mares castrasse), de châtrer les hommes faiblement constitués, pour leur ôter les moyens de propager des races débiles, et le législateur de Sparte, imitant cette cruelle politique, la consacrait par des lois. L’histoire nous a transmis le souvenir du fanatisme déplorable qui poussaient les prêtres de Cybèle (Lucian, De Dea Syria) et les Valésiens à altérer leur existence par la castration. Elle fait également mention d’Origène, qui, pour se détacher entièrement des choses de la terre et ne s’occuper que des choses célestes, mais interprétant trop rigoureusement le passage de saint Mathieu: «Il en est qui se sont châtrés pour acquérir le royaume des cieux (Cap. XIX, v. 12)», se soumit lui-même à la mutilation «et outrepassa le but, dit Virey, en retranchant la source de la force et le mérite de la résistance contre les tribulations de ce monde».
Les motifs d’une excessive jalousie qu’ils portaient de leurs femmes, sans cesse exposées dans ces climats brûlants à devenir avec facilité la conquête de tous les hommes, ont pu seuls inspirer aux peuples de l’Orient l’affreuse idée de mutiler un sexe pour le commettre à la garde de l’autre. Et c’est particulièrement à ces raisons qu’il faut attribuer l’origine des eunuques (Du grec ευνη, lit, et εχω, je garde) et des sérails, où ces êtres dégradés sont investis de la surveillance des femmes destinées à leurs plaisirs, emploi qui a beaucoup d’analogie avec celui des duègnes, en Espagne, chargées de veiller sur la conduite des dames confiées à leurs soins.
C’est dans la plus tendre enfance et jusqu’à l’âge viril que cette cruelle exécution s’exécute, au moyen de ligatures imbibées d’une liqueur caustique ou d’un cordon de soie que l’on serre autour de la verge et du scrotum; peu de jours suffisent à l’entier rétablissement de ces infortunés. Privés ainsi de tous les caractères de leur sexe, et n’inspirant plus de crainte par leur impuissance complète, ils sont reconnus capables de l’emploi d’eunuques, et dès lors ils ont le droit d’approcher des femmes renfermées dans les harems. Sans aucune sensibilité quelconque, pâles et d’une démarche traînante, imberbes et le corps flétri, bien que jeunes encore, ils portent sur un visage profondément sillonné de rides tous les signes d’une vieillesse prématurée; et l’on pourrait dire d’eux ce que saint Chrysostome disait de l’eunuque Eutrope: «Quand son fard est ôté, son visage paraît plus laid et plus ridé que celui d’une vieille femme.»
Une fois revêtus de cet emploi, souples et sûrs ministres des plaisirs capricieux de leurs maîtres, de méprisables valets qu’ils étaient, ils parviennent quelquefois, en rampant adroitement, jusqu’à la plus haute faveur. Quelques eunuques, au sommet de la puissance, ont exécuté de grandes choses; mais comme la mutilation influe beaucoup sur le moral, leurs vices ont toujours dominé, et ils se sont souvent vengés sur le genre humain de la condition avilissante où ils étaient condamnés; c’est dans leur sein que l’on a vu s’amonceler des orages qui ont renversé des Etats.
Une sorte d’eunuques, non moins fameux par leurs infâmes débauches que par leur dégradation, auxquels les Romains, du temps de l’Empire, extirpaient les testicules, sont de ces misérables qui faisaient le plus indigne abus de la verge qu’on leur avait conservée. Les dames romaines en raffolaient, et Juvénal en donne la raison lorsqu’il dit (Liv. II, sat. 6, v. 305 à 379):
Sunt quas eunuchi imbelles ac mollia semper Oscula delectent, ac desperatio barbæ. Et quod abortivo non est opus. Illa voluptas Summa tamen, quod jam calida matura jumenta, Inguina traduntur medicis, jam pectine nigro Ergo expectatos, ac jussos, crescere primum Testiculos, postquam cœperunt esse bilibres Tonsoris damno tamen rapit Heliodorus. Conspicuus longe, cunctisque notabilis intrat Balnea, nec dubie custodem vitis et horti Provocat, a domina factus spado. Dormiat ille Cum domina. Sed tu jam durum, Postume, jamque Tundendum eunucho Bromium committere noli.
(Il en est qui trouvent les baisers de l’eunuque efféminé d’autant plus délicieux qu’elles n’appréhendent point une barbe importune, et n’ont pas besoin de se faire avorter. Mais afin que la volupté n’y perde rien, elles ne les livrent au fer qu’après que leurs organes, bien développés, se sont ombragés des signes de la puberté; alors Heliodorus les opère, au seul préjudice du barbier. L’esclave ainsi traité par sa maîtresse, est sûr, dès qu’il entre dans nos bains, de s’attirer tous les regards; et même il pourrait hardiment défier le dieu des jardins. Laisse-le dormir auprès de ton épouse, mais garde-toi bien de lui confier ton Bromius, malgré sa barbe naissante, et tout robuste qu’il est déjà. (Trad. de J. Dussaulx. Bibliot. Panckoucke.)
C’est pour empêcher sans doute qu’ils ne devinssent femmes eux-mêmes, et parce qu’ils conservaient quelque reste furtif de ce qui récèle l’élément de la vie, que les lois avaient accordé la faveur du mariage à ces Conculix, si différents de ceux de la Pucelle. Toutefois leurs femmes engagées dans un lien légalement inofficieux, puisqu’il était diamétralement opposé au but de la nature, jouissaient du privilège commode de se dispenser de la foi conjugale; mais quand le cœur leur en disait, elles allaient en cachette, pour tranquilliser l’esprit de leurs maris infirmes, prendre ailleurs leur supplément.
Cependant la nature, cette admirable mère, dédommagerait-elle par des affections toutes particulières ces êtres dégradés, ou bien l’illusion toute-puissante, combinée avec les douces caresses et la jouissance des charmes d’une belle femme compatissante, ne se bornerait-elle pas aux seuls plaisir des yeux et à l’écorce des sens pour consoler ces malheureux de l’état honteux de leur demi-existence!
C’est incontestablement contrarier la propagation que de permettre de tels mariages; c’est un véritable assassinat, une profanation, qui dérobe à la société la volupté productrice de la femme. Ces stériles liaisons ne devraient être approuvées par les lois d’aucun pays.
Dans le second siècle de l’Église, le concile de Nicée (Canon IV), confirmé par le second concile d’Arles, a expressément défendu ces mutilations.
Une loi de l’empereur Adrien, citée dans les Digestes Ad leg. Corn. de Sicariis (Lib. XLVIII, tit. VIII, leg. 4, § 5), punissait de mort les médecins qui faisaient des eunuques et ceux qui subissaient la castration; de plus on confisquait leurs biens.
Une ordonnance de Louis XIV, du 4 septembre 1677, condamnait à mort tous ceux qui avaient mutilé leurs membres.
L’article 316 du Code pénal prononce contre toute personne coupable de ce crime la peine des travaux forcés à perpétuité, et la peine capitale si la mort en est résultée avant l’expiration des quarante jours qui auront suivi le crime. L’article 325 ne déclare le crime de castration excusable que lorsqu’il a été immédiatement provoqué par un outrage violent à la pudeur.
Et malgré des défenses si positives et des punitions si sévèrement exprimées par des lois civiles et canoniques, nous voyons de nos jours une pareille monstruosité exister encore, et cela dans la ville par excellence, dans cette Rome, le centre de la chrétienté!!!
Voyez plutôt ces malheureux Italiens, pour qui le farniente est le premier des besoins, entraînés par la superstition ou une cupidité barbare, se livrer au fatal couteau qui doit les priver des précieux trésors de la vie, pour se donner un misérable filet de voix!...
Allez à la Chapelle Sixtine, aux deux grands jours de la Semaine Sainte, entendre ces admirables accords de voix choisies, cette sublime et céleste harmonie qui vous transporte, qui vous ravit, mais dont les sons divins cessent à l’instant de vibrer dans l’âme de tout être sensible qui les entend, et n’y laisse plus qu’une pénible impression, alors qu’on pense que ces voix si claires, si argentines, si mélodieuses, sont obtenues aux dépens de la postérité. Quel scandale odieux! il révolte la nature.
Mais la magie d’une belle voix est-elle donc si puissante et le chant possède-t-il une tout autre vertu que la simple prière? On le croirait, puisque les sons de la musique délicieuse qui, dans la Chapelle Sixtine, enchantent l’oreille de mille amateurs, après avoir cessé, continuent à vibrer encore dans leurs âmes, tandis que les prières et les plaintes que profère le prophète en récitant le sublime Miserere, ne les touchent nullement. Et voilà pourquoi sans doute, pour apaiser la Divinité, on chante toujours à l’Église et à l’Opéra.
SUR LE BÉHÉMAH
Mot hébreu qui signifie jumenta, quadrupedia et, par extension, bestialité.
I.--«Faunes suffoquants, FAUNI FICARII.»
Saint Jérôme, dans son commentaire sur Jérémie, ch. 50, v. 39, donne aux faunes l’épithète de ficarii, qui avaient des figues. Il faut conjecturer que, par ce mot, ce Père de l’Église a voulu dépeindre la laideur de ces faunes, dont le visage était couvert de pustules et de boutons; ce qui n’est pas sans apparence de vérité, car ficus, figue, figurément pris, désigne une tumeur, une sorte d’ulcère qui ressemble à ce fruit.
Mais, n’en déplaise à saint Jérôme, le texte hébreu porte HM, qui signifie proprement un spectre, une chose qui inspire la terreur, d’où dérive le mot hébreu EIMA, qui veut dire épouvante. Et comme on représentait les faunes et les satyres, moitié hommes et moitié boucs, fort velus, violant femmes et filles, dont ils étaient la terreur; que, d’un autre côté, nul animal de sa nature n’est plus enclin à la lasciveté que le bouc, il est permis de croire que l’opinion de Berruyer, qui rend ses faunes très actifs, SICARII, doit prévaloir sur celle de saint Jérôme. En effet, le mot grec σάθη, en latin veretrum, d’où est formé celui de satyre, indique assez la lubricité des inclinations de ce vil animal.
Au reste, le bouc est placé parmi les divinités de l’Égypte que l’on honorait le plus: il avait un culte tout particulier. Les femmes n’avaient point horreur à lui soumettre leurs corps, et les hommes ne dédaignaient pas de caresser leurs chèvres; dans leur délire superstitieux, ils allaient quelquefois jusqu’à se prosterner devant un bouc et à baiser le derrière de ce puant animal (Voyez la Bible de Voltaire, au chapitre du Lévitique): de là vient sans doute que la Bible, en parlant des idoles, les appelle les vilus, SAHIRIM, et lorsque le prophète Isaïe dit, ch. 13, v. 21, que les velus danseront, PILOSI SALTABUNT, il faut l’entendre, disent les interprètes, des démons qui emprunteraient quelquefois cette forme sauvage.
Je ne me hasarderai pas à contester l’existence de ces hommes capripèdes; je me tiens respectueusement aux Saintes Ecritures et à ce qui en est rapporté par saint Jérôme, qui nous apprend que saint Antoine, dans son désert, fit la rencontre d’une espèce de nain, au front cornu, aux narines crochues, aux pieds de bouc, qui lui présenta des dattes et l’assura qu’il était un de ces habitants que les païens avaient honorés sous le nom de faunes et de satyres; qu’il était député vers lui, pour le conjurer d’intercéder pour eux près le Dieu commun, qu’ils savaient bien être venu en terre pour le salut du monde. (Inter saxosam convallem haud grandem homunculum vidit aduncis naribus, fronte cornibus, asperatâ, cujus extrema pars corporis in caprarum pedes desinebat, et responsum accepit Antonius: Mortalis ego sum unus ex accolis eremi, quos vario errore delusa gentilitas, faunos satyrosque vocans, colit. Precemur ut pro nobis communem Deum depreceris, quem pro salute mundi venisse cognovimus. S. HIERONYMUS, in Vita S. Pauli.)
Preuve indubitable qu’il existe des démons sous la figure de boucs. Néanmoins le cardinal Baronius prétend témérairement que le satyre qui entra en colloque avec saint Antoine n’était qu’un singe, né probablement du commerce honteux de cet animal avec des filles, que Dieu doua de la parole, ainsi qu’il en avait fait autrefois pour le serpent et l’ânesse de Balaam, dont parlent la Genèse et les Nombres (Gen., cap. III, v. 1.--Num., cap. XXII, v. 28.) Mais qu’est-ce que l’opinion d’un cardinal contre celle d’un saint et de toute une antiquité qui déposent contre lui?
SUR L’ANOSCOPIE
Du grec ανα, au-dessus, et de σκοπιὰ, action d’épier, formé de σκοπεω, je considère, je contemple.--Astrologie judiciaire, jonglerie.
SUR LA LINGUANMANIE
Du latin lingua, langue, et du grec μανία, fureur, dérivé de μαινομαι, rendre furieux.
I.--«C’étaient des maisons publiques où les hommes et les femmes pêle-mêle s’abandonnaient à tous les genres de libertinage.»
La prostitution date de la plus haute antiquité. Les Orientaux l’admirent dans le culte de leur religion et ne la considèrent point comme un dérèglement de mœurs; ils la consacrèrent d’abord à célébrer le premier instant de l’existence de l’être auquel ils ouvraient le sentier de la vie. Elle fut ensuite un des moyens puissants d’accroître et de propager l’espèce humaine. Dans les temps patriarcaux, nous trouvons Ada et Selles, concubines de Lamech, père d’Abraham, se distinguer dans le métier, et leur progéniture bravement suivre leur exemple. (Gen., chap. IX, v. 19; V. et VI, 1, 2, 3, 4.)
Aux petits soins avec Abraham, la jeune Sara, dont Dieu avait fermé le sein, conclusit, met dans le lit de son mari la fraîche et gentille Agar, sa servante (Gen., chap. XVI, v. 2, 3, 4.) Nous voyons Sodome et Gomorrhe et toutes les villes de la Pentapole dans la Palestine livrées à une souillure infâme. (Gen., chap. XIX, v. 4, 5, 6, 7, 8.) Pheiné, de connivence avec Thamma, deux filles de Loth, prennent goût à la bagatelle, et, commettant un inceste avec leur bonhomme de père, dans le dessein de repeupler la terre, se font engrosser par lui, après l’avoir enivré au sortir de Sodome, dont tous les habitants viennent d’être rôtis par un déluge de soufre, pour avoir pris saint Pierre pour saint Paul (Gen., ch. XIX, v. 24, 30 à 38.) Lia et Rachel, épouses de Jacob, lui prostituent leurs servantes (Gen., ch. XXIX, v. 22, 23 et 28) et Ruben séduit Bela, concubine de son père (Gen., ch. XXXV, v. 22.) Juda fait épouser Thamar, la veuve de son fils aîné Her, par son second fils Onan, qui élude le devoir conjugal au moyen de la masturbation (Gen., ch. XXXVIII, v. 8 et 9). Et cette même Thamar, sur un grand chemin, escamote avec adresse un enfant à son beau-père Juda, qui, en s’évertuant avec elle, croit être avec une femme publique (Gen., XXXVIII, v. 14, 15, 16.) De cette surprise incestueuse, si salutaire au genre humain, naquit Pharès, l’un des ancêtres de Jésus-Christ. L’amoureuse Nitiflis, femme de Putiphar, sollicite l’imbécile Joseph à de voluptueux ébats, mais il refuse obstinément de s’unifier avec elle (Gen., ch. XXXIX, v. 7, 8, 9). La bestialité et la pédérastie étaient fort connues dans le pays de Chanaan (Exod., ch. XXII, v. 19). On s’y polluait devant la statue de Moloch (Lévit., ch. XVIII, v. 21). Parmi les femmes publiquement madianites qui, du temps de Moïse, corrompirent, à Setim, le corps et l’âme du peuple juif, se trouva la jolie prostituée Cozbi, fille de Jur, prince très noble des Madianites, avec laquelle était couché dans un b..... in lupanar, Zambri, fille de Salu, prince de la maison et lignée de Siméon, lorsque le pieux et fanatique Phinées, petit-fils du grand prêtre Aaron et fils d’Eléazar, tout transporté d’une sainte colère, entra dans le b....., une dague à la main, et transperça d’un seul coup les deux délinquants ensemble, vers les parties de la génération (Num., cap. XXV, v. 1, 2 à 28; Arrepto pugione ingressus est... in lupanar et perfodit ambos simul, virum scilicet et mulierem, in locis genitalibus.)
Ce fut une femme publique nommée Rahab, qui mue par cette généreuse pitié si naturelle aux filles de son espèce, cacha au haut de sa maison, sous de la paille, les espions qui s’étaient délassés avec elle de leurs fatigues, et que Josué avait envoyés à Jéricho, pour reconnaître la ville avant de l’assiéger (Jos., cap. II, v. 1, 6).
Passons maintenant au Livre des Juges. Le robuste Samson se rend un jour dans la ville de Gaza; il voit sur sa porte une courtisane, avec laquelle il couche jusqu’à minuit (Jud., cap. XVI, v. 1, 3). Ensuite il devint éperdument amoureux de Dalila, dans la vallée de Sorec, autre fille de joie. Dans un de ces moments de voluptueuse ivresse où le cœur nageant dans l’élément du plaisir, est incapable de rien refuser à l’être qui vous le procure, Samson, après avoir trompé trois fois son amante sur le secret de sa force, a enfin la faiblesse de lui dire, et comme il est impossible à la femme de porter loin un secret, elle le trahit à son tour en le faisant connaître aux Philistins, qui lui crèvent les yeux (Jud., cap. XVI, v. 4 à 22).
Aimez-vous à consulter les Livres des Rois?... Eh bien! ouvrez celui de David, et vous verrez ce prophète-roi qui avait épousé Micho, fille de Saül, s’en donner avec l’impudique Abigaïl, femme de Narbal, qui lui inocula la v..... (malum) (I. Reg., cap. XXV, v. 35, 40). Le saint homme de roi accolait en même temps plusieurs autres concubines et femmes de Jérusalem, auxquelles il fabrique des enfants, ce qui ne l’empêche nullement d’enlever la sensible Bethsabée, femme du brave Urie, qu’il épouse après avoir fait assassiner son mari dans les combats (II. Reg., cap. XI, v. 2, 4, 17), afin sans doute qu’il n’y eût plus de vestige de fornication. Dans sa vieillesse, il se réchauffe, faute de bassinoire, dans les bras de la jeune Sunamite, et ne la déflore pas: Non cognovit eam (III. Reg., cap. I, v. 4). Tel père, tel fils, dit le proverbe, et les enfants de David le justifient: son fils Ammon brûle d’une flamme incestueuse pour sa sœur Thamar, et sur le perfide conseil de son cousin germain Jonadab, il la viole au moment qu’elle lui présente un potage apprêté de sa propre main; puis il la renvoie fort brutalement. Absalon, irrité de l’outrage fait à sa sœur, saisit, deux ans après, l’occasion d’un splendide festin, au milieu duquel il immole Ammon, en présence de ses autres frères qui fuient épouvantés. (II. Reg., cap., XIII, v. 8 à 30). Ce fratricide met ensuite le comble à ses forfaits en couchant publiquement avec toutes les concubines de son père. (II, Reg., cap. XV, v. 22).
Si nous descendons jusqu’au troisième Livre des Rois, nous voyons le type de la sagesse, le fils de l’adultère Bethsabée, Salomon enfin, dont la haute sapience avait acquis si haute renommée dans l’Orient, participer à l’humaine faiblesse et rouler dans son palais sur sept cents épouses et trois cents concubines, dont «les nez ressemblaient à la tour du mont Liban qui regarde du côté de Damas (Cant., VII, v. 4); les yeux à ceux des colombes (Cant., I, v. 14; IV, v. 1); les tétons à des faons de chevreuil (Cant., VII, v. 3)», et qui, en un mot, étaient «belles comme les tentes de Cédar et les peaux de Salomon (Cant., I, v. 1)».
Les allures galantes des courtisanes de son temps ressemblent beaucoup au manège de nos femmes publiques, qui le soir, dans les rues, vont recueillant les passants, pour les engager «à parcourir avec elles les deux monts de la myrrhe, la colline de l’encens (Ad montem myrrhæ et ad collem thuris. Cant., IV, 6), embrasser ensuite le figuier, et monter dessus pour en recueillir les fruits» (Cant., VII, 8), qui sont quelquefois si amers!...
Voici ce que ce roi en rapporte dans le livre des Proverbes, dont les uns renferment des erreurs, les autres de fastidieuses répétitions, et que l’Église cependant considère comme un petit chef-d’œuvre canonique, ouvrage du très Saint-Esprit:
«De la fenêtre de ma maison, j’aperçois un jeune insensé qui, sur le soir, et lorsque la nuit devient obscure, passe dans le coin d’une rue près de la maison d’une..... fille.--Je la vois venir au-devant de lui, en sa parure de courtisane; elle prend ce jeune homme, le baise et le caresse effrontément, lui disant: «JE ME SUIS ACQUITTÉE DE MON VŒU AUJOURD’HUI. C’est pourquoi je suis venue au-devant de vous, désirant de vous caresser. J’ai parfumé mon lit de myrrhe, d’aloès et de cinnamone. Venez: enivrons-nous de volupté jusqu’à ce qu’il fasse jour, et jouissons de ce que nous avons tant désiré. Mon mari n’est point à la maison: il est allé faire un voyage qui sera très long; il a emporté avec lui un sac d’argent, et il ne doit revenir que lorsque la lune sera pleine. (Cant., VII, v. 3).» «Entraîné par de longs discours et les caresses de ses paroles, le jeune homme la suit comme un bœuf qu’on amène pour servir de victime et comme un agneau qui va à la mort en bondissant.» (Prov., chap. VII, v. 6 à 22).
Il est à remarquer ici que cette prostituée sait mettre de l’ordre dans ses affaires. Dévote, avant de se livrer à ses impudiques plaisirs, qu’elle veut d’abord sanctifier par la prière, hodie vota mea Deo reddidi, elle aura tout le temps d’être amoureuse au lit. C’était aussi l’opinion de Wasselin, abbé de Liége, qui trouvait convenable de faire sa prière avant de se mettre à l’œuvre du coït. (Epist., ad Florinum abbat., tome I, Analect., page 339.) Cette pratique est passée en usage jusqu’à nos jours, car presque toutes les filles de joie, celles qui font leur métier en honneur et conscience s’entend, ornent d’un crucifix la cheminée de leurs réceptacles, qu’elles tapissent souvent d’images de l’Immaculée Conception, de saint Barnabas, de la Madone, mère de la pureté, avec son divin poupon sur les bras; elles font de temps à autre dire des messes pour le salut de leurs âmes et pour que Dieu leur envoie des chalands; quelques-unes, par excès de dévotion, y ajoutent la confession les dimanches et les jours de fête, et, dans l’intention de se rendre le ciel propice, la plupart portent sur elles des scapulaires de la Vierge et se font consœurs du Saint-Rosaire, du Sacré-Cœur ou de la Congrégation.
C’était un drôle de corps que ce roi Salomon: Piron d’un autre temps, à l’harmonie près, qu’il ne possède pas, bel esprit érotique, il composa les cantiques, que les belles voix de ses mille femmes et concubines exécutaient sans doute pendant les orgies de ses splendides festins, où 50 bœufs et 100 moutons faisaient à eux seuls les pièces de résistance, et dont je vous détaillerais, lecteur, toutes les substantielles et stimulantes friandises, si je ne craignais de devenir fastidieux; mais je reviens à ses Cantiques, dont voici la fidèle traduction:
«Je chanterai mon bien-aimé, qui est pour moi une grappe de raisin de Chypre.» Cant., I, 13.
«Car le roi m’a déjà fait entrer dans ses celliers, et je suis ivre.» Cant., I, 3.
«Mon bien-aimé est pour moi comme un bouquet de myrrhe; il demeurera entre mes tétons.» Cant., I, 12. (On se sert ici du mot propre pour ne pas affaiblir la couleur du sujet dont Salomon était si plein.)
«Qu’il me donne un baiser de sa bouche.» Cant., I, 1.
«Fortifiez-moi avec des pommes odorantes, parce que je languis d’amour.» Cant., II, 5.
«Je me reposerai sous celui que j’ai désiré.» Cant., II, 3.
«Là je lui offrirai mes tétons.» Cant., VII, 12.
«Mon bien-aimé mit la main au trou, et mon ventre a tressailli de ses attouchements.» Cant., V, 4.
Au livre de Judith, chap. XIII, v. 8, 9 et 10, on voit la jolie veuve de Monassès, la fière Judith, aller dévotement en bonne fortune trouver dans sa tente l’Assyrien Holopherne, qui assiégeait Béthulie, et, à l’âge de 65 ans (c’est l’âge que lui donne le révérend P. Dom Calmet), inspirer à ce général une violente passion, auquel, hélas! et quatre fois hélas! pour vous plaire, ô mon Dieu! elle coupa le cou d’un coup de son propre coutelas, après avoir couché avec lui.
Nous voyons au livre d’Esther, chap. I et II, v. 11 et 8, Assuérus, qui régnait de l’Inde à l’Éthiopie sur cent vingt-sept provinces, répudier la belle mais insolente Vasthi, qui refusait de montrer sa beauté in naturalibus aux libertins de sa cour; et puis usant de son privilège de despote, parmi les trois cents belles vierges qui lui furent amenées pour être ses courtisanes, choisir l’aimable et mignonne Esther et l’admettre à l’honneur de partager sa couche royale.
Le livre d’Ézéchiel justifie par ses peintures hardies celles du Portier des Chartreux. Il vous offre, aux chapitres XVI et XXIII, le tableau des mœurs abominables dont étaient infectés Jérusalem et tout le pays d’Israël sous les rois successeurs de David. Les fameux emblèmes d’Ool et d’Oolibra nous font voir les femmes de ces contrées forniquer avec tous les passants, se bâtir des b....., se prostituer dans les rues (Cap. XVI, v. 15, 16, 31) et rechercher avec emportement les embrassements de ceux quorum carnes sunt ut carnes asinorum; et sicut fluxus equorum, fluxus eorum (Cap. XXIII, v. 20).
Le livre d’Ozée, dit Voltaire, est peut-être celui qui doit le plus étonner les lecteurs qui ne connaissent point les mœurs antiques. En effet, comment concevoir, à moins de faire le sacrifice de sa raison, que le Seigneur puisse ordonner si positivement à ce petit prophète d’aller s’évertuer avec une femme de mauvaise vie et de lui faire des enfants de prostitution, puis lui enjoindre d’aller se gaudir avec une femme qui non seulement ait déjà un amant, mais qui soit adultère (Ozée, cap. I, v. 2) et dont la jouissance coûte à Ozée quinze pièces d’argent et une mesure et demie d’orge?... (Ozée, cap. III, v. 1.)
Je ne dirai, et seulement par liaison, que peu de chose de ce que nous rapporte le Nouveau Testament des galantes aventures de la Madeleine qui, pleurant sur les débauches et les désordres de sa vie passée, devint un modèle de vertu, comme elle avait été un scandale de prostitution, ainsi que Marie Égyptienne, une autre fille de joie, dont les débauches furent effacées par une vie pénitente de quarante ans, qu’elle passa dans le désert sans manger.
Je borne ici le tableau des prostitutions et des turpitudes du peuple hébreu, que certes on ne doit point envisager conformément aux idées que nous avons reçues sur les lois de la décence et de la pudeur. Ces mœurs, si éloignées des nôtres, n’étaient point grossières dans ces temps reculés, et ne paraissent confondre notre faible raison que parce que nous ne pouvons sonder les profondeurs mystérieuses de ce peuple élu, manifestement conduit par le doigt de Dieu; profondeurs qui nous seront peut-être un jour dévoilées, alors que les dies iræ seront arrivés, pendant lesquels les balances d’or de Monseigneur saint Michel pèseront nos futures destinées dans la vallée de Josaphat (Teste David cum Sybilla).
La prostitution fut connue de tous les peuples de l’Orient, qui la pratiquaient sous l’emblème des divinités génératrices. Influencés par des climats constamment brûlants où le soufre, mêlé à tous les végétaux et les drogues les plus échauffantes, occasionne dans le sang et le cerveau de ces explosions qui mènent l’esprit jusqu’au délire, ces peuples les honorent par des actes de la plus révoltante impudicité, tribaderie, pédérastie, bestialité, sodomie, onanisme et jusqu’à la profanation des cadavres de femmes, tout y est mis en usage pour stimuler leurs désirs éhontés. Mais la volupté ne paraît avoir nulle part établi son empire avec plus de dépravation et de lubricité que dans la Grèce et chez les Romains. C’est Orphée, dit-on, qui le premier introduisit dans la Thrace l’amour infâme des hommes, παιδεραστια:
(Ille etiam Thracum populis fuit auctor amorem In teneres transferre mares, citraque, juventam Ætatis breve ver et primos carpere flores. Ovide., Metam., lib. X, v. 84.)
après la mort d’Eurydice, sa femme. Mais les Bacchantes, pour le punir de ce crime, le tuèrent et jetèrent sa tête dans le fleuve Hébrus. Philippe de Macédoine en fit ses délices avec Pausanias, dont il fut assassiné pour avoir souffert la violence que lui fit Atticus, son favori, en l’exposant, dans un banquet, à la lubricité de ses serviteurs. Le divin Platon ne pouvait se passer un moment de son Alexis ou de son Agathon, et le sage Socrate enseignait entre deux draps cette honteuse volupté à ses favoris Phédon et Alcibiade. Xénophon prenait souvent ce plaisir avec Callias et Antolicus, Pindare avec Amarico, Aristote avec son Herminas; Anacréon brûla pour Bathyle, et le grand mais bizarre Lycurgue soutenait qu’on ne pouvait être bon citoyen sans avoir un ami avec qui l’on couchât. Sapho se rendit célèbre, non moins par ses habitudes lesbiennes de κλειτοριαζειν, que par ses talents comme poète. Aspasie se prostitua à Périclès, et Glycère à Alcibiade. Laïs reçut dans ses bras le dégoûtant Diogène et le galant Aristippe, tandis que Phryné débaucha l’Aréopage entier. Thaïs, en sortant des bras d’Alexandre, se fit un doux plaisir de faire brûler le palais de Persépolis, et l’on érigea, dans Athènes, des autels à la danseuse Cotytto, sous le nom de Vénus populaire.
Si nous examinons les mœurs des anciens Romains, nous les trouvons plus dissolues encore, surtout au temps des empereurs. Les lupanaria d’alors étaient de ces endroits où l’on s’abandonnait à tous les genres d’abominations. Dans les quartiers séparés qu’habitaient les meretrices, on voyait sur la porte de la loge de chacune de ces courtisanes un écriteau qui portait le nom et le prix auquel étaient taxés ses charmes (In cellis autem nomina meretricum solebant præfigi, et superscribi simul et stupri. LUBINUS.) D’où vient que Juvénal, parlant de la débauche effrénée de Messaline, dans la loge de la fameuse Lysisca, dit si agréablement titulum mentitur Lysiscæ (Juv., liv. II, sat. 6), donnant ainsi à connaître que malgré le nom supposé qu’empruntait l’impératrice pour cacher ses infamies, il ne se trompait pas sur la femme qui s’y prostituait. Apollonius de Tyr nous a conservé, dans son histoire, la forme d’un titre qui est trop plaisant pour ne point le rapporter ici:
Quicumque Tarsiam defloravit Mediam libram dabit Postea populo patebit, Ad singulas solidas.
Dans ces lieux de débauches, un règlement de police indiquait l’heure de se retirer, et le son d’une cloche avertissait le public du moment de l’entrée et de la sortie de ces lupanaria. (Tempus quando ad meretricem eundum erat, lenones indicabant tintinnabulo, et ante nonam fores erant clausæ vel ex more, vel ex lege aut edicto aliquo. Voyez Pitiscus.)
Les courtisanes qui se distinguèrent le plus dans la prostitution furent Pyrallis, Gallia, Lysisca et Flora, qui, en mourant, nomma le Sénat romain pour son héritier, ce qui lui valut une apothéose, et Quartilla, dont Pétrone nous a dépeint la galante impudicité. (Traduit par l’auteur de l’Origine des prostitutions.)
«Encolpe et Ascylte, dit-il, sont chez la courtisane Quartilla. Après que de vieux débauchés les eurent fatigués de caresses lascives et révoltantes, Psyché, suivante de Quartilla, s’approcha de l’oreille de sa maîtresse et lui dit en riant quelque chose; elle répondit:--Oui, oui, c’est fort bien avisé, pourquoi non? Voilà la plus belle occasion qu’on puisse trouver pour faire perdre le pucelage à Pannichis. On fit aussitôt venir cette petite fille, qui était fort jolie et ne paraissait pas avoir plus de sept ans; c’était la même qui, un peu auparavant, était entrée dans notre chambre avec Quartilla. Tous ceux qui étaient présents applaudirent à cette proposition; et pour satisfaire à l’empressement que chacun témoignait, on donna les ordres nécessaires pour le mariage. Pour moi (c’est Encolpe qui parle), je demeurai immobile d’étonnement et je les assurai que Giton avait trop de pudeur pour soutenir une telle épreuve et que la petite fille n’était pas aussi dans un âge à pouvoir endurer ce que les femmes souffrent dans ces occasions.--Quoi! repartit Quartilla, étais-je plus âgée lorsque je fis le premier sacrifice à Vénus? Je veux que Junon me punisse si je me souviens jamais d’avoir été vierge, car je n’étais encore qu’une enfant que je folâtrais avec ceux de mon âge; et à mesure que je croissais, je me divertissais avec de plus grands jusqu’à ce que je sois parvenue à l’âge où je suis.»
Les femmes publiques n’étaient point mêlées avec les citoyens; et dans ces temps malheureux où l’on voyait à Rome la plus honteuse débauche régner sur le trône, à la cour et dans la haute classe de la société, les prostituées gardaient une sorte de décence et de pudeur que les dames ne connaissaient plus.
On voyait Pompéia, femme de Jules-César, se laisser séduire par Clodius, pendant le sacrifice de la Bonne Déesse, et l’empereur, son époux, vivre en adultère avec la fameuse Cléopâtre, reine d’Égypte, après qu’il eut débauché Servilie, mère de Brutus, et les plus illustres Romaines (SUÉT., in Jul. Cæs., cap. L). César avait déjà commis, dans sa jeunesse, le péché contre nature avec Nicodème, roi de Bithynie (SUÉT., in Jul. Cæs., cap. XLIX).
Il fut, pour ses nombreuses fredaines, appelé la femme de tous les maris et le mari de toutes les femmes, «Omnium mulierum virum, et omnium virorum mulierem». (SUÉT., in Jul. Cæs., cap. LII.)
Auguste n’était point exempt de la petite fantaisie de César: il la goûtait souvent avec son favori Mécène, dont la femme lui servait de concubine. Entremetteuse de son capricieux époux, l’impératrice Livie lui procurait des femmes de toutes parts et prêtait quelquefois une main complaisante à certain objet fort variable de sa nature (XIPHILIN., in Aug. Dio, lib. XLVIII), tandis que son volage époux se livrait à une flamme incestueuse avec sa propre fille Julie, si dissolue dans ses mœurs qu’elle osa publier ses turpitudes; ne recevant, disait-elle, des passagers dans sa barque que quand elle était pleine (Nunquam, nisi plena navi, tollo vectorem. MACROB., lib. II, cap. 5.) Les désordres de cette princesse furent si effroyables qu’elle admettait ses amants par compagnies (Admissos gregatim adulteros), avec lesquels elle parcourait, la nuit, toutes les rues de Rome, se prostituant dans toutes les places publiques (DIO, lib. LV, p. 555, A: Juliam filiam suam adeo lasciviæ progressam, ut in ipso etiam Foro et Rostris nocturnas comessationes ac comportationes ageret.--XIPHILIN., in Aug.--Nihil quod facere aut pati turpiter posset fœmina, luxuria libidine infectum reliquit: magnitudinem que fortunæ suæ peccandi licentia metiebatur, quidquid liberet pro licito judicans.--VELL. PATER., lib. II, 100, 3) et jusque sur les Rostres, où son père Auguste avait lancé des décrets si foudroyants contre les adultères (VELL. PATER., Hist., lib. II.--SUÉT., in Aug., c. XXXIV). Elle combla la mesure de ses scandaleuses lubricités en faisant chaque jour couronner la statue de Marsyas autant de fois qu’elle avait, la nuit, soutenu de combats amoureux. La statue de Marsyas, ministre de Bacchus (liber) et fameux joueur de flûte de Phrygie, qu’Apollon écorcha tout vif, pour le punir d’avoir eu la témérité de se mesurer avec lui, fut placée dans le Forum, comme monument de la liberté de la ville ou de la victoire du dieu des chants. Les avocats de cette époque prirent l’habitude de faire couronner cette statue chaque fois qu’ils avaient gagné un procès. Ce fut pour imiter cette coutume que la princesse Julie eam coronari jubebat ab iis quos, in illa nocturnâ palæstrâ, valentissimos colluctatores experta erat. Voyez Muret, sur Sénèque, et les Femmes des douze Césars, par M. de Servies, chap. Julie, femme de Tibère.
Tibère, ce monstre d’impudicité et de cruauté, se plongeait, en l’île de Caprée, dans les turpitudes les plus dégoûtantes et les plus horribles saletés. Non content d’exciter son imagination déréglée par les peintures les plus obscènes et les plus luxurieuses d’Éléphantis, il chercha à ranimer ses sens émoussés par les groupes les plus lascifs, qu’il faisait exécuter en sa présence par des spintres, qui triplici serie connexi, invicem incestarent. (SUÉT., Vie de Tibère, chap. XLIII); il allait jusqu’à abuser de la plus tendre enfance, dont il se faisait polluer dans ses bains de la plus infâme manière (SUÉT., cap. XLIV): quasi pueros primos teneritudinis, quos pisciculos vocabit, institueret, ut natanti sibi inter femina versarentur ac luderent, lingua morsuque sensim appetentes (ejus genitalia cupientes), atque etiam quasi infantes firmiores, necdum tamen lacte depulsos, inguini ceu papillæ admoneret: pronior sane ad id genus libidinis et natura et aetate.
Caligula jouit de toutes ses sœurs, en présence de sa femme, au milieu de ses lubriques festins, pendant lesquels il violait les plus illustres dames devant leurs maris (SUÉT., in Calig., cap. XXIV et XXXVI.--DIO, lib. LIX); et portant la dépravation de son cœur jusqu’à prostituer sa propre personne, il déshonore la fille qu’il avait eue de son commerce incestueux avec l’une de ses sœurs (EUTROP., in Caj. Calig.). Il marque le plus fol amour pour l’une d’elles, Drusille, parce qu’il en avait eu les prémices, l’enlève à son époux, Cassius Longinus, et l’entretient publiquement; et quand il est fatigué de ses autres sœurs, Agrippine et Levilla, il les expose à la brutalité de ses gitons (SUÉT., in Calig., cap. XXIV). Ensuite il conçoit une furieuse passion pour la luxurieuse et lascive Césonie, l’habillant tantôt en guerrier et tantôt la faisant voir toute nue à ses amies (SUÉT., in Calig., cap. XXV).
Tandis que le stupide et l’imbécile Claude, prince qui tenait plus de l’animal que de l’homme, se donnait tout entier aux plaisirs de la table et avait résolu, pour ne point incommoder ses conviés, de faire publier un édit par lequel il octroyait la permission de péter pendant les repas (SUÉT., in Claud., cap. XXXIII), Messaline, sa femme, se prostituait à tout venant et s’abandonnant aux vices les plus honteux, poussait l’impudeur jusqu’à se marier publiquement avec Silius, en l’absence de Claude, qui se divertissait à Ostie (SUÉT., in Claud., cap. XXVI.--TACIT., Ann., II. DIO, lib. LX, p. 686 B.), et donnant l’essor à toute la fougue effrénée de ses infâmes passions, elle se déguise en fille de joie pour aller, dans la loge de Lysisca, se prostituer aux vils embrassements de gladiateurs, d’esclaves et de soldats. (Voyez Juvénal, liv. II, sat. 6.--SUÉT., in Claud., cap.