‹ L'Œuvre Poètique de Charles Baudelaire: Les Fleurs du MalChapitre 14 sur 52 · II

II

Tête-à-tête sombre et limpide Qu'un cœur devenu son miroir! Puits de vérité, clair et noir, Où tremble une étoile livide,

Un phare ironique, infernal Flambeau des grâces sataniques, Soulagement et gloire uniques. --La conscience dans le Mal!

A UNE MENDIANTE ROUSSE

Blanche fille aux cheveux roux, Dont la robe par ses trous Laisse voir la pauvreté Et la beauté,

Pour moi, poète chétif, Ton jeune corps maladif, Plein de taches de rousseur, A sa douceur.

Tu portes plus galamment Qu'une reine de roman Ses cothurnes de velours Tes sabots lourds.

Au lieu d'un haillon trop court, Qu'un superbe habit de cour Traîne à plis bruyants et longs Sur tes talons:

En place de bas troués, Que pour les yeux des roués, Sur ta jambe un poignard d'or Reluise encor;

Que des nœuds mal attachés Dévoilent pour nos péchés Tes deux beaux seins, radieux Comme tes yeux;

Que pour te déshabiller Tes bras se fassent prier Et chassent à coups mutins Les doigts lutins,

Perles de la plus belle eau, Sonnets de maître Belleau Par tes galants mis aux fers Sans cesse offerts,

Valetaille de rimeurs Te dédiant leurs primeurs Et contemplant ton soulier Sous l'escalier,

Maint page épris du hasard, Maint seigneur et maint Ronsard Épieraient pour le déduit Ton frais réduit!

Tu compterais dans tes lits Plus de baisers que de lis Et rangerais sous tes lois Plus d'un Valois!

--Cependant tu vas gueusant Quelque vieux débris gisant Au seuil de quelque Véfour De carrefour;

Tu vas lorgnant en dessous Des bijoux de vingt-neuf sous Dont je ne puis, oh! pardon! Te faire don.

Va donc, sans autre ornement, Parfum, perles, diamant, Que ta maigre nudité, O ma beauté.

VARIANTES DE LA PREMIÈRE ÉDITION

1re strophe, 1er vers.

Ma blanchette aux cheveux roux

3e strophe, 2e et 3e vers.

Qu'une piqueuse d'amant Ses brodequins de velours.

6e strophe, 3e et 4e vers.

Ton sein plus blanc que du lait Tout nouvelet;

9e strophe, 3e vers.

En reluquant ton soulier

10e strophe, 1er vers.

Maint page ami du hasard.

LE JEU

Dans des fauteuils fanés des courtisanes vieilles, Pâles, le sourcil peint, l'œil câlin et fatal, Minaudant, et faisant de leurs pâles oreilles Tomber un cliquetis de pierre et de métal;

Autour des verts tapis des visages sans lèvre, Des lèvres sans couleur, des mâchoires sans dent, Et des doigts, convulsés d'une infernale fièvre, Fouillant la poche vide ou le sein palpitant;

Sous de sales plafonds un rang de pâles lustres Et d'énormes quinquets projetant leurs lueurs Sur des fronts ténébreux de poètes illustres Qui viennent gaspiller leurs sanglantes sueurs;

Voilà le noir tableau qu'en un rêve nocturne Je vis se dérouler sous mon œil clairvoyant. Moi-même, dans un coin de l'antre taciturne, Je me vis accoudé, froid, muet, enviant.

Enviant de ces gens la passion tenace, De ces vieilles putains la funèbre gaîté, Et tous gaillardement trafiquant à ma face, L'un de son vieil honneur, l'autre de sa beauté!

Et mon cœur s'effraya d'envier maint pauvre homme Courant avec ferveur à l'abîme béant, Et qui, soûl de son sang, préférerait en somme La douleur à la mort et l'enfer au néant.

VARIANTES DE LA PREMIÈRE ÉDITION

1re strophe, 2e, 3e et 4e vers.

--Fronts poudrés, sourcils peints sous des regards d'acier Qui s'en vont brimbalant à leurs maigres oreilles Un cruel et blessant tic tac de balancier.

Dernière strophe, 1er, 2e et 3e vers.

Et mon cœur s'effraya d'envier le pauvre homme Qui court avec ferveur à l'abîme béant Et, soûlé de son sang, préférerait en somme

LE CRÉPUSCULE DU SOIR

Voici le soir charmant, ami du criminel; Il vient comme un complice, à pas de loup; le ciel Se ferme lentement comme une grande alcôve, Et l'homme impatient se change en bête fauve.

O soir, aimable soir, désiré par celui Dont les bras, sans mentir, peuvent dire: «Aujourd'hui Nous avons travaillé!»--C'est le soir qui soulage Les esprits que dévore une douleur sauvage, Le savant obstiné dont le front s'alourdit, Et l'ouvrier courbé qui regagne son lit.

Cependant des démons malsains dans l'atmosphère S'éveillent lourdement, comme des gens d'affaire, Et cognent en volant les volets et l'auvent. A travers les lueurs que tourmente le vent, La Prostitution s'allume dans les rues; Comme une fourmilière elle ouvre ses issues;

Partout elle se fraye un occulte chemin, Ainsi que l'ennemi qui tente un coup de main; Elle remue au sein de la cité de fange Comme un ver qui dérobe à l'Homme ce qu'il mange. On entend çà et là les cuisines siffler, Les théâtres glapir, les orchestres ronfler;

Les tables d'hôte, dont le jeu fait les délices, S'emplissent de catins et d'escrocs, leurs complices, Et les voleurs, qui n'ont ni trêve ni merci, Vont bientôt commencer leur travail, eux aussi, Et forcer doucement les portes et les caisses Pour vivre quelques jours et vêtir leurs maîtresses.

Recueille-toi, mon âme, en ce grave moment, Et ferme ton oreille à ce rugissement. C'est l'heure où les douleurs des malades s'aigrissent! La sombre Nuit les prend à la gorge; ils finissent Leur destinée et vont vers le gouffre commun; L'hôpital se remplit de leurs soupirs.--Plus d'un Ne viendra plus chercher la soupe parfumée, Au coin du feu, le soir, auprès d'une âme aimée.

Encore la plupart n'ont-ils jamais connu La douceur du foyer, et n'ont jamais vécu!

LE CRÉPUSCULE DU MATIN

La diane chantait dans les cours des casernes, Et le vent du matin soufflait sur les lanternes.

C'était l'heure où l'essaim des rêves malfaisants Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents; Où, comme un œil sanglant qui palpite et qui bouge, La lampe sur le jour fait une tache rouge; Où l'âme, sous le poids du corps revêche et lourd, Imite les combats de la lampe et du jour. Comme un visage en pleurs que les brises essuient, L'air est plein du frisson des choses qui s'enfuient, Et l'homme est las d'écrire et la femme d'aimer.

Les maisons çà et là commençaient à fumer. Les femmes de plaisir, la paupière livide, Bouche ouverte, dormaient de leur sommeil stupide; Les pauvresses, tramant leurs seins maigres et froids, Soufflaient sur leurs tisons et soufflaient sur leurs doigts, C'était l'heure où parmi le froid et la lésine S'aggravent les douleurs des femmes en gésine; Comme un sanglot coupé par un sang écumeux, Le chant du coq au loin déchirait l'air brumeux; Une mer de brouillards baignait les édifices, Et les agonisants dans le fond des hospices Poussaient leur dernier râle en hoquets inégaux. Les débauchés rentraient, brisés par leurs travaux. L'aurore grelottante en robe rose et verte S'avançait lentement sur la Seine déserte, Et le sombre Paris, en se frottant les yeux, Empoignait ses outils, vieillard laborieux.

· · ·

La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse, Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse, Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs. Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs, Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres, Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres, Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats De dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps, Tandis que, dévorés de noires songeries, Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries, Vieux squelettes gelés travaillés par le ver, Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver Et le siècle couler, sans qu'amis ni famille Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si, le soir, Calme, dans le fauteuil, je la voyais s'asseoir, Si, par une nuit bleue et froide de décembre, Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre, Grave et venant du fond de son lit éternel Couver l'enfant grandi de son œil maternel, Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse, Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse?

VARIANTES DE LA PREMIÈRE ÉDITION

2e et 3e vers.

Dort-elle son sommeil sous une humble pelouse?-- Nous aurions déjà dû lui porter quelques fleurs.

13e vers.

Et l'éternité fuir, sans qu'amis ni famille

16e vers.

Calme, dans le fauteuil elle venait s'asseoir,

· · ·

Je n'ai pas oublié, voisine de la ville, Notre blanche maison, petite mais tranquille, Sa Pomone de plâtre et sa vieille Vénus Dans un bosquet chétif cachant leurs membres nus, Et le soleil, le soir, ruisselant et superbe, Qui, derrière la vitre où se brisait sa gerbe, Semblait, grand œil ouvert dans le ciel curieux, Contempler nos dîners longs et silencieux, Répandant largement ses beaux reflets de cierge Sur la nappe frugale et les rideaux de serge.

VARIANTE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

9e vers.

Et verrait largement ses beaux reflets de cierge

LE TONNEAU DE LA HAINE

La Haine est le tonneau des pâles Danaïdes; La vengeance éperdue aux bras rouges et forts A beau précipiter dans ses ténèbres vides De grands seaux pleins de sang et des larmes des morts,

Le Démon fait des trous secrets à ces abîmes, Par où fuiraient mille ans de sueurs et d'efforts, Quand même elle saurait ranimer ses victimes, Et pour les pressurer ressusciter leurs corps.

La Haine est un ivrogne au fond d'une taverne, Qui sent toujours la soif naître de la liqueur Et se multiplier comme l'hydre de Lerne.

--Mais les buveurs heureux connaissent leur vainqueur Et la Haine est vouée à ce sort lamentable De ne pouvoir jamais s'endormir sous la table.

VARIANTE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

2e quatrain, 3e et 4e vers.

Quand même elle saurait allonger ses victimes Et pour les resaigner galvaniser leurs corps.

LE REVENANT

Comme les anges à l'œil fauve, Je reviendrai dans ton alcôve Et vers toi glisserai sans bruit Avec les ombres de la nuit;

Et je te donnerai, ma brune, Des baisers froids comme la lune Et des caresses de serpent Autour d'une fosse rampant.

Quand viendra le matin livide, Tu trouveras ma place vide, Où jusqu'au soir il fera froid.

Comme d'autres par la tendresse. Sur ta vie et sur ta jeunesse Moi je veux régner par l'effroi.

LE MORT JOYEUX

Dans une terre grasse et pleine d'escargots Je veux creuser moi-même une fosse profonde. Où je puisse à loisir étaler mes vieux os Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde.

Je hais les testaments et je hais les tombeaux; Plutôt que d'implorer une larme du monde, Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde.

O vers! noirs compagnons sans oreille et sans yeux, Voyez venir à vous un mort libre et joyeux! Philosophes viveurs, fils de la pourriture,

A travers ma ruine allez donc sans remords, Et dites-moi s'il est encor quelque torture Pour ce vieux corps sans âme et mort parmi les morts!

SÉPULTURE

Si, par une nuit lourde et sombre, Un bon chrétien, par charité, Derrière quelque vieux décombre Enterre votre corps vanté,

A l'heure où les chastes étoiles Ferment leurs yeux appesantis, L'araignée y fera ses toiles, Et la vipère ses petits;

Vous entendrez toute l'année Sur votre tête condamnée Les cris lamentables des loups

Et des sorcières faméliques, Les ébats des vieillards lubriques Et les complots des noirs filous.

VARIANTE ERRONÉE DE L'ÉDITION DITE «DÉFINITIVE»

Titre.

Sépulture d'un Poète Maudit

TRISTESSES DE LA LUNE

Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse; Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins, Qui d'une main distraite et légère caresse, Avant de s'endormir, le contour de ses seins.

Sur le dos satiné des molles avalanches, Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons Et promène ses yeux sur les visions blanches Qui montent dans l'azur comme des floraisons.

Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive, Elle laisse filer une larme furtive, Un poète pieux, ennemi du sommeil,

Dans le creux de sa main prend cette larme pâle, Aux reflets irisés comme un fragment d'opale, Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil.

LA MUSIQUE

La musique souvent me prend comme une mer! Vers ma pâle étoile, Sous un plafond de brume ou dans un vaste éther, Je mets à la voile;

La poitrine en avant et les poumons gonflés Comme de la toile, J'escalade le dos des flots amoncelés Que la nuit me voile.

Je sens vibrer en moi toutes les passions D'un vaisseau qui souffre; Le bon vent, la tempête et ses convulsions

Sur l'immense gouffre Me bercent. D'autres fois, calme plat, grand miroir De mon désespoir!

VARIANTES DE LA PREMIÈRE ÉDITION

1er quatrain, 1er vers.

La musique parfois me prend comme une mer!

1er quatrain, 3e vers.

Sous un plafond de brume ou dans un pur éther,

2e quatrain.

La poitrine en avant et gonflant mes poumons De toile pesante, Je monte et je descends sur le dos des grands monts D'eau rebondissante;

2e tercet, 1er et 2e vers.

Sur le sombre gouffre Me bercent, et parfois le calme,--grand miroir

LA PIPE

Je suis la pipe d'un auteur; On voit, à contempler ma mine D'Abyssinienne ou de Cafrine, Que mon maître est un grand fumeur.

Quand il est comblé de douleur, Je fume comme la chaumine Où se prépare la cuisine Pour le retour du laboureur.

J'enlace et je berce son âme Dans le réseau mobile et bleu Qui monte de ma bouche en feu,

Et je roule un puissant dictame Qui charme son cœur et guérit De ses fatigues son esprit.

[Footnote 4: Pièce écrite pour «la Présidente», Mme Sabatier.]

FLEURS DU MAL

LA DESTRUCTION

Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon, Il nage autour de moi comme un air impalpable; Je l'avale, et le sens qui brûle mon poumon Et l'emplit d'un désir éternel et coupable.

Parfois il prend, sachant mon grand amour de l'Art, La forme de la plus séduisante des femmes, Et, sous de spécieux prétextes de cafard, Accoutume ma lèvre à des philtres infâmes.

Il me conduit ainsi, loin du regard de Dieu, Haletant et brisé de fatigue, au milieu Des plaines de l'Ennui, profondes et désertes,

Et jette dans mes yeux pleins de confusion Des vêtements souillés, des blessures ouvertes, Et l'appareil sanglant de la Destruction!

UNE MARTYRE

DESSIN D'UN MAITRE INCONNU

Au milieu des flacons, des étoffes lamées Et des meubles voluptueux, Des marbres, des tableaux, des robes parfumées Qui traînent à plis somptueux,

Dans une chambre tiède où, comme en une serre, L'air est dangereux et fatal, Où des bouquets mourants dans leurs cercueils de verre Exhalent leur soupir final,

Un cadavre sans tête épanche, comme un fleuve, Sur l'oreiller désaltéré Un sang rouge et vivant, dont la toile s'abreuve Avec l'avidité d'un pré.

Semblable aux visions pâles qu'enfante l'ombre Et qui nous enchaînent les yeux, La tête, avec l'amas de sa crinière sombre Et de ses bijoux précieux,

Sur la table de nuit, comme une renoncule, Repose; et, vide de pensers, Un regard vague et blanc comme le crépuscule S'échappe des yeux révulsés.

Sur le lit, le tronc nu sans scrupules étale Dans le plus complet abandon La secrète splendeur et la beauté fatale Dont la nature lui fit don;

Un bas rosâtre, orné de coins d'or, à la jambe Comme un souvenir est resté; La jarretière, ainsi qu'un œil secret qui flambe, Darde un regard diamanté.

Le singulier aspect de cette solitude Et d'un grand portrait langoureux, Aux yeux provocateurs comme son attitude, Révèle un amour ténébreux,

Une coupable joie et des fêtes étranges Pleines de baisers infernaux, Dont se réjouissait l'essaim de mauvais anges Nageant dans les plis des rideaux;

Et cependant, à voir la maigreur élégante De l'épaule au contour heurté, La hanche un peu pointue et la taille fringante Ainsi qu'un reptile irrité,

Elle est bien jeune encor!--Son âme exaspérée Et ses sens par l'ennui mordus S'étaient-ils entr'ouverts à la meute altérée Des désirs errants et perdus?

L'homme vindicatif que tu n'as pu, vivante, Malgré tant d'amour, assouvir, Combla-t-il sur ta chair inerte et complaisante L'immensité de son désir?

Réponds, cadavre impur! et par tes tresses roides Te soulevant d'un bras fiévreux, Dis-moi, tête effrayante, a-t-il sur tes dents froides Collé les suprêmes adieux?

--Loin du monde railleur, loin de la foule impure, Loin des magistrats curieux, Dors en paix, dors en paix, étrange créature, Dans ton tombeau mystérieux;

Ton époux court le monde, et ta forme immortelle Veille près de lui quand il dort; Autant que toi sans doute il te sera fidèle, Et constant jusques à la mort.

VARIANTES DE LA PREMIÈRE ÉDITION

1re strophe, 4e vers.

Qui traînent à plis paresseux

7e strophe, 3e et 4e vers.

La jarretière, ainsi qu'un œil vigilant, flambe Et darde un regard diamanté.

LESBOS (Pièce condamnée)

Mère des jeux latins et des voluptés grecques, Lesbos, où les baisers languissants ou joyeux, Chauds comme les soleils, frais comme les pastèques, Font l'ornement des nuits et des jours glorieux, Mère des jeux latins et des voluptés grecques;

Lesbos, où les baisers sont comme les cascades Qui se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds Et courent, sanglotant et gloussant par saccades, --Orageux et secrets, fourmillants et profonds; Lesbos où les baisers sont comme les cascades!

Lesbos, où les Phrynés l'une et l'autre s'attirent, Où jamais un soupir ne resta sans écho, A l'égal de Paphos les étoiles t'admirent, Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho! --Lesbos, où les Phrynés l'une et l'autre s'attirent;

Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses Qui font qu'à leurs miroirs, stérile volupté, Les filles aux yeux creux, de leurs corps amoureuses, Caressent les fruits mûrs de leur nubilité. Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,

Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère; Tu tires ton pardon de l'excès des baisers, Reine du doux empire, aimable et noble terre, Et des raffinements toujours inépuisés, Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère.

Tu tires ton pardon de l'éternel martyre Infligé sans relâche aux cœurs ambitieux, Qu'attire loin de nous le radieux sourire Entrevu vaguement au bord des autres deux; Tu tires ton pardon de l'éternel martyre!

Qui des dieux osera, Lesbos, être ton juge Et condamner ton front pâli dans les travaux, Si ses balances d'or n'ont pesé le déluge De larmes qu'à la mer ont versé tes ruisseaux? Qui des dieux osera, Lesbos, être ton juge?

Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste? Vierges au cœur sublime, honneur de l'Archipel, Votre religion comme une autre est auguste Et l'amour se rira de l'enfer et du ciel... --Que nous veulent les lois du juste et de l'injuste?

Car Lesbos, entre tous, m'a choisi sur la terre Pour chanter le secret de ses vierges en fleur, Et je fus dès l'enfance admis au noir mystère Des rires effrénés mêlés au sombre pleur... Car Lesbos, entre tous, m'a choisi sur la terre,

Et, depuis lors, je veille au sommet de Leucate, Comme une sentinelle à l'œil perçant et sûr Qui guette nuit et jour brick, tartane ou frégate, Dont les formes au loin frissonnent dans l'azur. --Et, depuis lors, je veille au sommet de Leucate,

Pour savoir si la mer est indulgente et bonne, Et parmi les sanglots dont le roc retentit, Un soir ramènera vers Lesbos qui pardonne Le cadavre adoré de Sapho qui partit Pour savoir si la mer est indulgente et bonne!

De la mâle Sapho, l'amante, et le poète, Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs, --L'œil d'azur est vaincu par l'œil noir, que tachète Le cercle ténébreux tracé par les douleurs De la mâle Sapho, l'amante et le poète!

--Plus belle que Vénus se dressant sur le monde Et versant les trésors de sa sérénité Et le rayonnement de sa jeunesse blonde Sur le vieil Océan de sa fille enchanté Plus belle que Vénus se dressant sur le monde!

--De Sapho qui mourut le jour de son blasphème, Quand, insultant le rite et le culte inventé, Elle fit son beau corps la pâture suprême D'un brutal dont l'orgueil punit l'impiété... De Sapho qui mourut le jour de son blasphème.

Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente, Et, malgré les honneurs que lui rend l'univers, S'enivre chaque nuit du cri de la tourmente Que poussent vers les cieux ses rivages déserts; Et c'est depuis ce temps que Lesbos se lamente!

VARIANTE DES ÉPAVES

Avant-dernière strophe, 1er vers.

--De celle qui mourut le jour de son blasphème.

FEMMES DAMNÉES (Pièce condamnée)

A la pâle clarté des lampes languissantes, Sur de profonds coussins tout imprégnés d'odeur, Hippolyte rêvait aux caresses puissantes Qui levaient le rideau de sa jeune candeur.

Elle cherchait d'un œil troublé par la tempête De sa naïveté le ciel déjà lointain, Ainsi qu'un voyageur qui retourne la tête Vers les horizons bleus dépassés le matin.

De ses yeux amortis, les paresseuses larmes, L'air brisé, la stupeur, la morne volupté, Ses bras vaincus, jetés comme de vaines armes, Tout servait, tout parait sa fragile beauté.

Étendue à ses pieds, calme et pleine de joie, Delphine la couvait avec des yeux ardents, Comme un animal fort qui surveille une proie Après l'avoir d'abord marquée avec les dents.

Beauté forte à genoux devant la beauté frêle, Superbe, elle humait voluptueusement Le vin de son triomphe et s'allongeait vers elle Comme pour recueillir un doux remerciement.

Elle cherchait dans l'œil de sa pâle victime Le cantique muet que chante le plaisir, Et cette gratitude infinie et sublime Qui sort de la paupière ainsi qu'un long soupir:

--«Hippolyte, cher cœur, que dis-tu de ces choses? Comprends-tu maintenant qu'il ne faut pas offrir L'holocauste sacré de tes premières roses Aux souffles violents qui pourraient les flétrir?

Mes baisers sont légers comme ces éphémères Qui caressent le soir les grands lacs transparents, Et ceux de ton amant creuseront leurs ornières Comme des chariots ou des socs déchirants;

Ils passeront sur toi comme un lourd attelage De chevaux et de bœufs aux sabots sans pitié... Hippolyte, ô ma sœur! tourne donc ton visage, Toi mon âme et mon cœur, mon tout et ma moitié,

Tourne vers moi tes yeux pleins d'azur et d'étoiles! Pour un de ces regards charmants, baume divin, Des plaisirs plus obscurs je lèverai les voiles Et je t'endormirai dans un rêve sans fin!»

Mais Hippolyte alors, levant sa jeune tête: --«Je ne suis point ingrate et ne me repens pas; Ma Delphine, je souffre et je suis inquiète Comme après un nocturne et terrible repas.

Je sens fondre sur moi de lourdes épouvantes Et de noirs bataillons de fantômes épars Qui veulent me conduire en des routes mouvantes Qu'un horizon sanglant ferme de toutes parts.

Avons-nous donc commis une action étrange? Explique si tu peux mon trouble et mon effroi: Je frissonne de peur quand tu me dis: Mon ange! Et cependant je sens ma bouche aller vers toi.

Ne me regarde pas ainsi, toi, ma pensée, Toi que j'aime à jamais, ma sœur d'élection, Quand même tu serais une embûche dressée Et le commencement de ma perdition!»

Delphine, secouant sa crinière tragique, Et comme trépignant sur le trépied de fer, L'œil fatal, répondit d'une voix despotique: --«Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer?

Maudit soit à jamais le rêveur inutile Qui voulut le premier, dans sa stupidité, S'éprenant d'un problème insoluble et stérile, Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté!

Celui qui veut unir dans un accord mystique L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour Ne chauffera jamais son corps paralytique A ce rouge soleil que l'on nomme l'amour!

Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide; Cours offrir un cœur vierge à ses cruels baisers; Et pleine de remords et d'horreur, et livide. Tu me rapporteras tes seins stigmatisés;

On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître!» Mais l'enfant, épanchant une immense douleur, Cria soudain:--«Je sens s'élargir dans mon être Un abîme béant; cet abîme est mon cœur,

Brûlant comme un volcan, profond comme le vide; Rien ne rassasiera ce monstre gémissant, Et ne rafraichira la soif de l'Euménide, Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang.

Que nos rideaux fermés nous séparent du monde, Et que la lassitude amène le repos! Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde, Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux.»

Descendez, descendez, lamentables victimes, Descendez le chemin de l'enfer éternel; Plongez au plus profond du gouffre où tous les crimes, Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,

Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage; Ombres folles, courez au but de vos désirs; Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage, Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.

Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes; Par les fentes des murs des miasmes fiévreux Filent en s'enflammant ainsi que des lanternes Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.

L'âpre stérilité de votre jouissance Altère votre soif et raidit votre peau, Et le vent furibond de la concupiscence Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.

Loin des peuples vivants, errantes, condamnées, A travers les déserts courez comme les loups; Faites votre destin, âmes désordonnées, Et fuyez l'infini que vous portez en vous!

FEMMES DAMNÉES

Comme un bétail pensif sur le sable couchées, Elles tournent leurs yeux vers l'horizon des mers, Et leurs pieds se cherchant et leurs mains rapprochées Ont de douces langueurs et des frissons amers.

Les unes, cœurs épris des longues confidences, Dans le fond des bosquets où jasent les ruisseaux, Vont épelant l'amour des craintives enfances Et creusent le bois vert des jeunes arbrisseaux;

D'autres, comme des sœurs, marchent lentes et graves A travers les rochers pleins d'apparitions, Où saint Antoine a vu surgir comme des laves Les seins nus et pourprés de ses tentations;

Il en est, aux lueurs des résines croulantes, Qui dans le creux muet des vieux antres païens T'appellent au secours de leurs fièvres hurlantes, O Bacchus, endormeur des remords anciens!

Et d'autres, dont la gorge aime les scapulaires, Qui, recélant un fouet sous leurs longs vêtements, Mêlent, dans le bois sombre et les nuits solitaires, L'écume du plaisir aux larmes des tourments.

O vierges, ô démons, ô monstres, ô martyres, De la réalité grands esprits contempleurs, Chercheuses d'infini, dévotes et satyres, Tantôt pleines de cris, tantôt pleines de pleurs,

Vous que dans votre enfer mon âme a poursuivies, Pauvres sœurs, je vous aime autant que je vous plains, Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies, Et les urnes d'amour dont vos grands cœurs sont pleins!

LES DEUX BONNES SŒURS

La Débauche et la Mort sont deux aimables filles, Prodigues de baisers et riches de santé, Dont le flanc toujours vierge et drapé de guenilles Sous l'éternel labeur n'a jamais enfanté.

Au poète sinistre, ennemi des familles, Favori de l'enfer, courtisan mal renté, Tombeaux et lupanars montrent sous leurs charmilles Un lit que le remords n'a jamais fréquenté.

Et la bière et l'alcôve en blasphèmes fécondes Nous offrent tour à tour, comme deux bonnes sœurs, De terribles plaisirs et d'affreuses douceurs.

Quand veux-tu m'enterrer, Débauche aux bras immondes? O Mort, quand viendras-tu, sa rivale en attraits, Sur ses myrtes infects enter tes noirs cyprès?

VARIANTE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

1er quatrain, 2e vers.

Prodigues de baisers, robustes de santé.

LA FONTAINE DE SANG

Il me semble parfois que mon sang coule à flots, Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots. Je l'entends bien qui coule avec un long murmure, Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.

A travers la cité, comme dans un champ clos, Il s'en va, transformant les pavés en îlots, Désaltérant la soif de chaque créature, Et partout colorant en rouge la nature.

J'ai demandé souvent à des vins capiteux D'endormir pour un jour la terreur qui me mine; De vin rend l'œil plus clair et l'oreille plus fine!

J'ai cherché dans l'amour un sommeil oublieux; Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles Fait pour donner à boire à ces cruelles filles!

ALLÉGORIE

C'est une femme belle et de riche encolure, Qui laisse dans son vin traîner sa chevelure. Les griffes de l'amour, les poisons du tripot, Tout glisse et tout s'émousse au granit de sa peau. Elle rit à la Mort et nargue la Débauche, Ces monstres dont la main, qui toujours gratte et fauche, Dans ses jeux destructeurs a pourtant respecté De ce corps ferme et droit la rude majesté. Elle marche en déesse et repose en sultane; Elle a dans le plaisir la foi mahométane, Et dans ses bras ouverts, que remplissent ses seins, Elle appelle des yeux la race des humains. Elle croit, elle sait, cette vierge inféconde Et pourtant nécessaire à la marche du monde, Que la beauté du corps est un sublime don Qui de toute infamie arrache le pardon. Elle ignore l'Enfer comme le Purgatoire, Et quand l'heure viendra d'entrer dans la Nuit noire, Elle regardera la face de la Mort, Ainsi qu'un nouveau-né,--sans haine et sans remords.

LA BÉATRICE

Dans des terrains cendreux, calcinés, sans verdure, Comme je me plaignais un jour à la nature, Et que de ma pensée, en vaguant au hasard, J'aiguisais lentement sur mon cœur le poignard, Je vis en plein midi descendre sur ma tête Un nuage funèbre et gros d'une tempête, Qui portait un troupeau de démons vicieux, Semblables à des nains cruels et curieux. A me considérer froidement ils se mirent, Et, comme des passants sur un fou qu'ils admirent, Je les entendis rire et chuchoter entre eux, En échangeant maint signe et maint clignement d'yeux:

«Contemplons à loisir cette caricature Et cette ombre d'Hamlet imitant sa posture, Le regard indécis et les cheveux au vent. N'est-ce pas grand'pitié de voir ce bon vivant, Ce gueux, cet histrion en vacances, ce drôle, Parce qu'il sait jouer artistement son rôle, Vouloir intéresser au chant de ses douleurs Les aigles, les grillons, les ruisseaux et les fleurs, Et même à nous, auteurs de ces vieilles rubriques. Réciter en hurlant ses tirades publiques?»

J'aurais pu (mon orgueil aussi haut que les monte Domine la nuée et le cri des démons) Détourner simplement ma tête souveraine, Si je n'eusse pas vu parmi leur troupe obscène. Crime qui n'a pas fait chanceler le soleil! La reine de mon cœur au regard nonpareil, Qui riait avec eux de ma sombre détresse Et leur versait parfois quelque sale caresse.

VARIANTES DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Dernière strophe, 2e et 3e vers.

Recevrait sans bouger le choc de cent démons!-- Détourner froidement ma tête souveraine,

LES MÉTAMORPHOSES DU VAMPIRE (Pièce condamnée)

La femme cependant de sa bouche de fraise, En se tordant ainsi qu'un serpent sur la braise, Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc, Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc: --«Moi j'ai la lèvre humide, et je sais la science De perdre au fond d'un lit l'antique conscience. Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants Et fais rire les vieux du rire des enfants. Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles, La lune, le soleil, le ciel et les étoiles! Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés, Lorsque j'étouffe un homme en mes bras veloutés, Ou lorsque j'abandonne aux morsures mon buste, Timide et libertine et fragile et robuste, Que sur ces matelas qui se pâment d'émoi Les Anges impuissants se damneraient pour moi.»

Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle, Et que languissamment je me tournai vers elle Pour lui rendre un baiser d'amour, je ne vis plus Qu'une outre aux flancs gluants toute pleine de pus! Je fermai les deux yeux dans ma froide épouvante, Et, quand je les rouvris à la clarté vivante, A mes côtés, au lieu du mannequin puissant Qui semblait avoir fait provision de sang, Tremblaient confusément des débris de squelette Qui d'eux-mêmes rendaient le cri d'une girouette Ou d'une enseigne, au bout d'une tringle de fer, Que balance le vent pendant les nuits d'hiver.

VARIANTE DES «ÉPAVES»

12e vers.

Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés,

UN VOYAGE A CYTHÈRE

Mon cœur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux Et planait librement à l'entour des cordages; Le navire roulait sous un ciel sans nuages, Comme un ange enivré du soleil radieux.

Quelle est cette île triste et noire?--C'est Cythère, Nous dit-on, un pays fameux dans les chansons, Eldorado banal de tous les vieux garçons. Regardez! après tout, c'est une pauvre terre.

--Ile des doux secrets et des fêtes du cœur! De l'antique Vénus le superbe fantôme Au-dessus de tes mers plane comme un arome, Et charge les esprits d'amour et de langueur.

Belle île aux myrtes verts, pleine de fleurs écloses, Vénérée à jamais par toute nation, Où les soupirs des cœurs en adoration Roulent comme l'encens sur un jardin de roses

Ou le roucoulement éternel d'un ramier! --Cythère n'était plus qu'un terrain des plus maigres, Un désert rocailleux troublé par des cris aigres. J'entrevoyais pourtant un objet singulier!

Ce n'était pas un temple aux ombres bocagères, Où la jeune prêtresse, amoureuse des fleurs, Allait, le corps brûlé de secrètes chaleurs, Entre-bâillant sa robe aux brises passagères;

Mais voilà qu'en rasant la côte d'assez près Pour troubler les oiseaux avec nos voiles blanches, Nous vîmes que c'était un gibet à trois branches, Du ciel se détachant en noir, comme un cyprès.

De féroces oiseaux perchés sur leur pâture Détruisaient avec rage un pendu déjà mûr, Chacun plantant, comme un outil, son bec impur Dans tous les coins saignants de cette pourriture;

Les yeux étaient deux trous, et du ventre effondré Les intestins pesants lui coulaient sur les cuisses, Et ses bourreaux, gorgés de hideuses délices, L'avaient à coups de bec absolument châtré.

Sous les pieds, un troupeau de jaloux quadrupèdes, Le museau relevé, tournoyait et rôdait; Une plus grande bête au milieu s'agitait Comme un exécuteur entouré de ses aides.

Habitant de Cythère, enfant d'un ciel si beau, Silencieusement tu souffrais ces insultes En expiation de tes infâmes cultes Et des péchés qui t'ont interdit le tombeau.

Ridicule pendu, tes douleurs sont les miennes! Je sentis, à l'aspect de tes membres flottants, Comme un vomissement, remonter vers mes dents Le long fleuve de fiel des douleurs anciennes;

Devant toi, pauvre diable au souvenir si cher, J'ai senti tous les becs et toutes les mâchoires Des corbeaux lancinants et des panthères noires Qui jadis aimaient tant à triturer ma chair.

--Le ciel était charmant, la mer était unie; Pour moi tout était noir et sanglant désormais, Hélas! et j'avais, comme en un suaire épais, Le cœur enseveli dans cette allégorie.

Dans ton île, ô Vénus! je n'ai trouvé debout Qu'un gibet symbolique ou pendait mon image... --Ah! Seigneur! donnez-moi la force et le courage De contempler mon cœur et mon corps sans dégoût!

VARIANTE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

1er vers.

Mon cœur se balançait comme un ange joyeux

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