‹ L'Œuvre Poètique de Charles Baudelaire: Les Fleurs du MalChapitre 21 sur 52 · I

I

LES TÉNÈBRES

Dans les caveaux d'insondable tristesse Où le Destin m'a déjà relégué; Où jamais n'entre un rayon rose et gai; Où, seul avec la Nuit, maussade hôtesse,

Je suis comme un peintre qu'un Dieu moqueur Condamne à peindre, hélas! sur les ténèbres; Où cuisinier aux appétits funèbres, Je fais bouillir et je mange mon cœur,

Par instants brille, et s'allonge, et s'étale Un spectre fait de grâce et de splendeur: A sa rêveuse allure orientale,

Quand il atteint sa totale grandeur, Je reconnais ma belle visiteuse: C'est Elle! sombre, et pourtant lumineuse.

Page 1