‹ L'Œuvre Poètique de Charles Baudelaire: Les Fleurs du MalChapitre 36 sur 52 · II

II

En rouvrant mes yeux pleins de flamme J'ai vu l'horreur de mon taudis, Et senti, rentrant dans mon âme, La pointe des soucis maudits;

La pendule aux accents funèbres Sonnait brutalement midi, Et le ciel versait des ténèbres Sur ce triste monde engourdi.

LA FIN DE LA JOURNÉE

Sous une lumière blafarde Court, danse et se tord sans raison La Vie, impudente et criarde. Aussi, sitôt qu'à l'horizon

La nuit voluptueuse monte, Apaisant tout, même la faim. Effaçant tout, même la honte, Le Poète se dit: «Enfin!

Mon esprit, comme mes vertèbres, Invoque ardemment le repos; Le cœur plein de songes funèbres,

Je vais me coucher sur le dos Et me rouler dans vos rideaux, O rafraîchissantes ténèbres!»

LE RÊVE D'UN CURIEUX

A F. N.

Connais-tu, comme moi, la douleur savoureuse, Et de toi fais-tu dire: « Oh! l'homme singulier!» --J'allais mourir. C'était dans mon âme amoureuse, Désir mêlé d'horreur, un mal particulier;

Angoisse et vif espoir, sans humeur factieuse. Plus allait se vidant le fatal sablier, Plus ma torture était âpre et délicieuse; Tout mon cœur s'arrachait au monde familier.

J'étais comme l'enfant avide du spectacle, Haïssant le rideau comme on hait un obstacle... Enfin la vérité froide se révéla:

J'étais mort sans surprise, et la terrible aurore M'enveloppait.--Eh quoi! n'est-ce donc que cela! La toile était levée et j'attendais encore.

VOYAGE

A Maxime Du Camp

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