III
Et soudain tous, jetant leurs armes sur la terre, Lavent dans le ruisseau les couleurs de la guerre Qui luisaient sur leurs fronts cruels et triomphants Chacun creuse une pipe et cueille sur la rive Un long roseau qu'avec adresse il enjolive. Et l'Esprit souriait à ses pauvres enfants!
Chacun s'en retourna l'âme calme et ravie. Et Gitche Manito, le Maître de la Vie, Remonta par la porte entr'ouverte des cieux. --A travers la vapeur splendide du nuage Le Tout-Puissant montait, content de son ouvrage Immense, parfumé, sublime, radieux!
LA PRIÈRE D'UN PAÏEN
Ah! ne ralentis pas tes flammes; Réchauffe mon cœur engourdi, Volupté, torture des âmes! Diva! supplicem exaudi!
Déesse dans l'air répandue, Flamme dans notre souterrain! Exauce une âme morfondue, Qui te consacre un chant d'airain.
Volupté, sois toujours ma reine! Prends le masque d'une sirène Faite de chair et de velours,
Ou verse-moi tes sommeils lourds Dans le vin informe et mystique, Volupté, fantôme élastique!
LE COUVERCLE
En quelque lieu qu'il aille, ou sur mer ou sur terre. Sous un climat de flamme ou sous un soleil blanc. Serviteur de Jésus, courtisan de Cythère, Mendiant ténébreux ou Crésus rutilant,
Citadin, campagnard, vagabond, sédentaire, Que son petit cerveau soit actif ou soit lent, Partout l'homme subit la terreur du mystère, Et ne regarde en haut qu'avec un œil tremblant.
En haut, le Ciel! ce mur de caveau qui l'étouffe. Plafond illuminé pour un opéra bouffe Où chaque histrion foule un sol ensanglanté;
Terreur du libertin, espoir du fol ermite; Le Ciel! couvercle noir de la grande marmite Où bout l'imperceptible et vaste Humanité.