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Chapitre 14

Le baron demanda où était le comte de Kervégan. Le comte était parti pour Brest avec sa famille. Il ne trouva que le marquis, qui dormait encore. Tous deux montèrent à cheval, et coururent ventre à terre sur les traces des fugitifs, le reste du jour et la nuit suivante.

Mais l’orage avait détrempé les chemins, et la distance était grande.

A chaque relais de poste, à chaque village, ils apprenaient qu’une voiture était passée, il y avait quelques heures, courant vers Brest.

Enfin, au matin, vers huit heures, ils arrivèrent sur une petite élévation d’où l’on apercevait Brest et sa rade. La chaise de poste avait toujours de l’avance sur eux. A midi ils entraient à Brest, et couraient sur le port.

Un brick de commerce venait de déraper en rade, en courant ses premières bordées dans la haute mer. Ce brick, ils demandèrent son nom : c’était l’Esperanza. Le baron demanda une barque pour l’atteindre ; mais on lui fit observer que le navire avait vent arrière, toutes voiles dehors, et que la chose était insensée.

Alors, se rattachant à une dernière espérance, le baron pensa que peut-être les fugitifs n’étaient point arrivés à temps pour embarquer, et que l’Esperanza était parti sans eux. Il courut chez l’armateur du brick, se fit montrer le livre des passagers, et y lut, la sueur au front, le nom du comte, de sa fille et de son neveu. La créole était perdue pour lui, comme Gretchen.

M. de Nossac eut alors un accès de désespoir et de délire qui lui fit garder le lit pendant plusieurs jours dans une hôtellerie de Brest, puis, cette crise passée, il demanda des chevaux pour retourner dans son château du Léonais. Mais le marquis, qui ne l’avait point quitté, s’y opposa, et lui dit :

– Allons à Paris. Là seulement tu pourras t’étourdir.

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