XLIII
La veille du 27 courant, c'est-à-dire le 26, monsieur, madame et mademoiselle Bonnaud entourés de leurs amis, Eusèbe Martin assisté par Lansade et monsieur de la Varade s'apprêtaient à signer devant maître Mouflon, notaire, sans son collègue, deux actes d'une importance extrême. Le premier était un contrat de mariage, le second un acte d'association entre le dit sieur Eusèbe Martin et le sieur Isidore Boucain, fabricant de produits chimiques et successeur de Bonnaud.
Le sieur Isidore Boucain apportait à la société E. Martin et Ce son intelligence commerciale, Eusèbe Martin apportait l'usine qui constituait la dot de sa femme.
Le notaire lut les deux actes à haute voix.
Eusèbe se leva et lui dit: «Voulez-vous ajouter, je vous prie, à mon apport social cette somme de quarante-huit mille francs que je dépose entre vos mains?
Bonnaud et Lansade poussèrent une exclamation qui ne peut se rendre par l'assemblage d'aucune lettre.
--Quoi! dit le premier à Eusèbe, la comédienne vous a rendu votre argent!
--Lisez, répondit Eusèbe en lui passant un papier que les deux marchands allèrent dévorer dans l'embrasure d'une fenêtre. Voici ce que contenait ce papier:
«Eusèbe,
«Vous avez voulu m'acheter, mais je ne me suis point vendue. Voici les quarante-huit billets que vous avez oubliés chez moi. J'avais placé cet argent chez Gallis, mon agent de change; les intérêts ont suffi largement à défrayer vos dépenses. Permettez-moi de garder pour mon courtage la ceinture de cuir qui contenait cette somme. Vous ne retournerez plus dans vos bois de châtaignier: si par hasard vous y reveniez, c'est que vous n'auriez plus d'argent; partant cette rustique bourse ne saurait vous être utile.
»Adieu, Eusèbe,
»Adéonne.
--L'insolente! murmura Bonnaud, et s'approchant du notaire, il lui dit à demi-voix: Voulez-vous constater dans un article additionnel qu'en cas de décès, s'il n'y a pas d'enfants nés dans le mariage, le bien des conjoints restera au dernier vivant?