Chapitre 4 L’ambassade
La nuit suivante, la comtesse Berthe et le comte Osmond étaient couchés dans leur grand lit à baldaquin supporté par quatre colonnes torses, lorsqu’ils entendirent un bruit comme serait celui d’une multitude de petits pas qui s’approcheraient venant du côté du salon. Au même moment la porte de la chambre à coucher s’ouvrit, et ils virent venir à eux une ambassade de ces petits nains dont nous venons de parler. L’ambassadeur, qui était à leur tête, était richement vêtu à la mode du temps, portait un manteau de fourrure, un justaucorps de velours, un pantalon mi-parti, et de petits souliers démesurément pointus. À son côté était une épée du plus fin acier, et dont la poignée était d’un seul diamant. Il tenait poliment à la main sa petite toque chargée de plumes, et, s’approchant du lit des deux époux, qui les contemplaient avec étonnement, il leur adressa ces paroles :
Auprès de nous ce bruit est parvenu.
Que dans l’espoir de vos destins prospères,
Un grand désir ce soir vous est venu
De rebâtir le château de vos pères.
Eh ! c’est bien fait, car le manoir est vieux !
L’âge a miné le noir géant de pierre.
Et l’eau sur vous, dans les jours pluvieux,
Filtre au travers de son manteau de lierre.
Que l’ancien burg roule donc abattu :
Et qu’il en sorte une maison plus belle ;
Mais des aïeux, que l’antique vertu
Vienne habiter la demeure nouvelle.
Le comte Osmond était trop étonné de ce qui lui arrivait pour répondre à ces paroles autrement que par un geste amical de la main ; mais l’ambassadeur se contenta de cette politesse, et se retira après avoir cérémonieusement salué les deux époux.
Le lendemain le comte et la comtesse se réveillèrent fort satisfaits, la grande difficulté était levée : en conséquence, fort du consentement de ses bons petits amis, Osmond fit venir un architecte habile, qui, le même jour ayant condamné le vieux château à être démoli, mit une partie de ses hommes à l’ouvrage, tandis que l’autre tirait de nouvelles pierres des carrières, abattait les grands chênes destinés à faire des poutres et les sapins destinés à faire des solives. En moins d’un mois le vieux burg fut rasé au niveau de la montagne, et comme le nouveau château ne pouvait être bâti, au dire de l’architecte lui-même, que dans l’espace de trois ans, le comte et la comtesse se retirèrent, en attendant cette époque, dans une petite métairie qu’ils avaient dans les environs de leur délicieux manoir.
q