‹ La Bourgeoise ou Les Cinq aubergesChapitre 30 sur 58 · SCÈNE V. ROSALIE seule, puis BONAVENTURE.

SCÈNE V. ROSALIE seule, puis BONAVENTURE.

ROSALIE. Vingt mille livres !… et j’empêcherais la guerre en Europe !… pourquoi ne pas faire le bien quand cela rapporte des écus.

BONAVENTURE, entrant à part. Il est parti !

ROSALIE. Si je ne le fais pas, un autre le fera… et d’ailleurs moi je n’ai rien là (elle montre son cœur) et je ne m’en cache pas… ça ne sert qu’à faire des sottises, le cœur !… J’ai sur les bras, Minon, la tante Catherine, les enfants de mon frère et Bonaventure. Ah ! celui-là travaille plus qu’il ne me coûte.

BONAVENTURE, à part. Merci, la bourgeoise !

ROSALIE, continuant. Eh bien ! je donnerai dix mille livres à Minon pour la marier… avec Bonaventure, s’il veut.

BONAVENTURE, à part. Encore ! Merci, bourgeoise !

ROSALIE, continuant. Je donnerai cinq mille livres à la tante Catherine pour ne plus l’entendre pleurer misère… ça m’agace… et je placerai cinq mille livres pour les petits…

BONAVENTURE, s’avançant. Dix et cinq font quinze et cinq vingt.

ROSALIE. Juste !… tu étais là, toi ?

BONAVENTURE. Vous avez donc bien de l’argent la bourgeoise ?

ROSALIE. J’ai vingt mille livres.

BONAVENTURE. D’où ça que vous les avez ?

ROSALIE. Enfin, je les ai.

BONAVENTURE. Tant mieux !… mais qui de vingt ôte vingt… reste zéro.

ROSALIE. Oui, mais je serai débarrassée de tous ces gens-là !… tu vois bien que je ne songe qu’à moi.

BONAVENTURE, à part. Si c’est possible de se vanter comme ça !

ROSALIE. Minon, vois-tu, ça me gêne de l’avoir auprès de moi… je l’aime trop, c’est fini, je n’en veux plus !… La tante Catherine. Dame ! une vieille femme qui vous a élevée… Les petits, mon pauvre frère Benoît est mort bien jeune… c’était un brave cœur… on ne peut pas rudoyer tout ça comme on voudrait, tu sais bien… il faut prendre des gants… Jour de Dieu ! quand je n’aurai plus ni Minon, ni la tante, ni les petits…

BONAVENTURE. Vous les regretterez, la bourgeoise…

ROSALIE. Je serai libre comme l’air et je pèserai moins qu’une plume. (Se levant.) Allons, c’est dit… tant pis pour le prince Stanislas !

BONAVENTURE. Hein ?… le prince Stanislas ?…

ROSALIE. Tu n’y comprendrais rien… C’est au-dessus de ta portée… Holà ! les garçons ! la fille !… voici le jour qui baisse ; nous allons partir à la nuit !… Appelle nos postillons et fais atteler la carriole, et vivement.

BONAVENTURE. Oui, la bourgeoise.

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