SCÈNE VII. LES MÊMES, STANISLAS, JOLIBOIS, BOUTE-EN-TRAIN, POSTILLONS ET PAYSANS. — Jolibois et les postillons portent Stanislas à bras. Il est pâle et ses habits sont en désordre.
ROSALIE. Qu’est-ce que c’est que ça ?
JOLIBOIS. Un pauvre jeune homme que nous avons trouvé blessé à la lisière du bois.
ROSALIE. C’est bon… déposez-le sous le porche… et à la carriole, mes fainéants… cela ne nous regarde pas !…
STANISLAS. Madame… un mot, je vous prie.
ROSALIE. À moi ?… je ne vous connais pas.
STANISLAS. Faites retirer ces braves gens… je veux vous parler… à vous seule…
ROSALIE. Je n’ai pas le temps.
STANISLAS. Écoutez-moi… Il s’agit de vie et de mort…
ROSALIE. Éloignez-vous. (Le cercle qui entourait Stanislas recule.)
JOLIBOIS. La bourgeoise va lui donner son compte.
LA SERVANTE. C’est un crin, que c’te femme-là !
ROSALIE, à Stanislas. Qu’est-ce que vous me chantez… qu’il s’agit de vie et de mort… pour qui ?
STANISLAS. Pour moi, madame, pour moi seul… Je suis étranger, poursuivi, blessé… mes forces sont à bout…
ROSALIE. Tous les vagabonds en disent autant… (Lui prenant la main brusquement.) Vous avez la fièvre…
STANISLAS. Je souffre… Madame, je vous en supplie, cachez-moi… ne me livrez pas.
ROSALIE, à part. C’est tout jeune… Il tremble… Sa chemise est ensanglantée… (Haut.) Appuyez-vous sur moi.
STANISLAS. J’étais sauvé… mais j’ai voulu embrasser ma mère encore une fois…
ROSALIE. Sa mère !… quelque déserteur !… Le froid le perce jusqu’aux os, ce pauvre garçon !… (Les postillons se hâtent de faire les préparatifs du départ.)
ROSALIE, à Bonaventure. Mon manteau fourré ?
BONAVENTURE. Voilà, la bourgeoise.
ROSALIE. Entortille-le là-dedans.
BONAVENTURE Lui ?… et vous ?
ROSALIE. Pas de réplique !
STANISLAS. Oh ! merci, madame !
ROSALIE. La paix !
LA SERVANTE. Voici votre vin sucré, madame.
ROSALIE. C’est bon… Vous, buvez cela ! (Elle donne son vin à Stanislas, qui hésite.) Allons… (Avec douceur.) Ça va vous réchauffer le cœur !… Faites avancer la carriole… Toi, Boute-en-Train, viens prendre ce garçon-là… doucement… doucement… je vous dis doucement !…
STANISLAS. Comment vous témoignerai-je ma reconnaissance, madame ?
ROSALIE. En vous taisant… Ça vous fatigue de parler… (Elle dorlote Stanislas, qu’on emporte. La carriole paraît derrière le plan de l’auberge.) Vous allez le fourrer dans mon coin… au fond… et vous mettrez le coussin…
BONAVENTURE, avec colère. Mais vous ?…
ROSALIE. Pas de réplique !… (Elle aide à mettre Stanislas dans la carriole.) S’il pousse une plainte, gare à vous ! Jour de Dieu ! que vous avez les mains rudes !… Là… enfin !… le voilà casé.