‹ La Bourgeoise ou Les Cinq aubergesChapitre 46 sur 58 · SCÈNE XIII. ROSALIE, BONAVENTURE. Rosalie s’est laissée tomber sur un siége.

SCÈNE XIII. ROSALIE, BONAVENTURE. Rosalie s’est laissée tomber sur un siége.

BONAVENTURE. Qu’avez-vous fait ?

ROSALIE. J’ai bien fait.

BONAVENTURE. Ils vont l’atteindre.

ROSALIE. Tant mieux ! Rendre le bien pour le mal appartient aux anges… Bien pour bien… mal pour mal… c’est notre loi à nous qui ne sommes pas des saints… mais rendre le mal pour le bien, c’est l’enfer ici-bas !… Qu’ils le prennent ! qu’ils le tuent ! qu’ils en fassent ce qu’ils voudront ! Minon ! ma petite Minon chérie !… Sais-tu comme je l’aimais, toi !… qui donc le savait !… le savais-je moi-même !… Ah ! c’était mon cœur… tout mon cœur !… Minon !… ma sœur, ma fille !…

BONAVENTURE. La bourgeoise !

ROSALIE. Eh bien ?

BONAVENTURE. Les deux hommes qui étaient à l’auberge du Cheval-Blanc, le jour où votre père a été tué, marchent à la suite de ce Champagne.

ROSALIE. Des assassins !

BONAVENTURE. Et c’est vous qui les avez mis sur sa trace !

ROSALIE. C’est moi… (Elle se couvre le visage de ses mains. – Brusquement :) Fais seller mes deux meilleurs chevaux !

BONAVENTURE. Pourquoi faire ?

ROSALIE. Je veux réparer ce que j’ai fait.

BONAVENTURE. Partir vous-même ? Y pensez-vous, la bourgeoise ? Il y a du danger…

BONAVENTURE. Ce sont des assassins…

ROSALIE. Tu prendras des pistolets… (Elle jette sa mante sur ses épaules.)

BONAVENTURE. Pour moi qui suis un homme… mais vous, la bourgeoise !… une femme !

ROSALIE. Une femme qui n’a pas peur vaut un homme… Moi, je n’ai jamais eu peur… Va, te dis-je !… (Elle l’entraîne vers la porte, sortant la dernière.) Tu prendras des pistolets, et à la garde de Dieu !

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