SCÈNE XI. LES MÊMES, ROBIN.
ROBIN, piteusement. Pas même un malheureux qui ne sait où reposer sa tête ?…
ROSALIE. Je vous reconnais… vous étiez tout à l’heure avec ces hommes.
ROBIN. Mes camarades ont été plus heureux que moi, ma bonne dame… Ils ont trouvé un gîte par charité aux portes de la ville… moi, j’étais de trop, on m’a renvoyé…
MINON, qui s’était dirigée vers la porte, revenant. Sœur, il a l’air bien malheureux !
ROSALIE. Mon père me disait encore tout à l’heure : « Ne fais jamais de bien aux hommes, car, pour le bien, ils te rendront le mal… »
ROBIN. Oh ! bonne dame, ma reconnaissance…
MINON. Sœur… tu es si charitable !…
ROSALIE. Il ne faut pas être charitable… c’est de la duperie !…
MINON. Et il fait si grand froid dehors ! (Robin grelote.)
ROSALIE. C’est vrai… il fait froid… la pluie tombe… une fois n’est pas coutume… Ce pauvre homme couchera ici dans la salle basse.
MINON, à part. Et je lui descendrai du vin de la noce.
ROSALIE, à Robin. Et ne gâtez rien… couchez-vous sans chandelle…
ROBIN. Merci, ma bonne dame…
ROSALIE. Allons, fillette… il est temps enfin que je songe à ma toilette… Le père ne s’éveillera plus de la nuit… viens m’aider à me faire belle.
MINON. Je vais être ta femme de chambre.
ROSALIE. Bonsoir, l’homme…
MINON. Bonsoir, mon ami…
ROBIN. Que Dieu vous bénisse… Réjouissez-vous en paix, moi, je vais reposer. (Il se dirige vers le lit.)
ROSALIE. Prends la lampe.
MINON. La voilà. (La nuit s’est faite au départ des deux sœurs, qui ont emporté la lumière.)