SCÈNE III. — PHANOSTRATE, LAMPADION, MÉLÉNIS, à l’écart.
PHANOSTRATE. J’ai cru entendre à la porte la voix de mon esclave Lampadion.
LAMPADION. Vous n’êtes pas sourde, maîtresse ; vous avez bien entendu.
PHANOSTRATE. Que fais-tu là ?
LAMPADION. Je viens vous réjouir le cœur.
PHANOSTRATE. De quoi s’agit-il ?
LAMPADION. Tout à l’heure, j’ai vu sortir de cette maison une femme.
PHANOSTRATE. Celle qui a pris ma fille ?
LAMPADION. Vous y êtes.
PHANOSTRATE. Eh bien ?
LAMPADION. Je lui dis comment je l’avais vue prendre à l’hippodrome la fille de mes maîtres.
PHANOSTRATE. Elle s’est effrayée ?
MÉLÉNIS, à part. Je frissonne, le cœur me bat d’une force ! Oui, je me le rappelle, c’est de l’hippodrome qu’on m’a apporté la petite fille dont je me suis supposée la mère.
PHANOSTRATE. Mais poursuis donc ; je grille d’entendre ton récit.
MÉLÉNIS, à part. Puisses-tu ne rien entendre !
· · ·
LAMPADION. Je dis aussitôt à la jeune fille : « Cette vieille est votre nourrice, mais elle n’est pas votre mère. Moi, je vous appelle à reprendre la richesse, je veux vous rendre à une opulente famille, à un père qui vous donnera vingt talents de dot : ce n’est pas chez lui que vous gagnerez à la mode toscane de quoi vous établir, en trafiquant misérablement de vos charmes. »
PHANOSTRATE. Dis-moi, cette femme qui l’a recueillie est donc une courtisane ?
LAMPADION. Elle l’a été ; mais je vous dirai ce qui en est. Déjà mon éloquence l’entraînait, quand la vieille lui embrasse les genoux en pleurant, et la conjure de ne pas l’abandonner : c’est son enfant, c’est elle qui lui a donné le jour, elle me l’affirme avec les serments les plus solennels. « Celle que vous cherchez, me dit-elle, je l’ai donnée à une de mes amies, pour qu’elle l’élevât comme sa fille. Elle est vivante. — Où est-elle ? » m’écrié-je aussitôt.
PHANOSTRATE. Sauvez-moi, dieux puissants !
MÉLÉNIS, à part. Oui, tandis qu’ils me perdent.
PHANOSTRATE. Il fallait lui demander à qui elle l’avait donnée.
LAMPADION. Je le lui ai demandé, et elle m’a répondu que c’était à la courtisane Mélénis.
MÉLÉNIS, à part. Il a prononcé mon nom ; je me meurs.
LAMPADION. Sur cette réponse, j’interroge de nouveau la vieille. « Conduis-moi, lui dis-je, et montre-moi où elle demeure. — Elle est allée s’établir à l’étranger, » me répond-elle.
MÉLÉNIS, à part. Ah ! je respire.
LAMPADION. « Où elle est allée, nous la suivrons : te moques-tu ? Malheur à toi !» Enfin je n’ai pas cessé de la presser jusqu’à ce qu’elle m’ait promis de me faire voir bientôt cette femme.
PHANOSTRATE. Mais il ne fallait pas la lâcher.
LAMPADION. On la garde à vue ; elle m’a dit qu’elle voulait d’abord s’entretenir avec une de ses amies, qui est de moitié avec elle dans l’affaire. Je suis certain qu’elle viendra.
MÉLÉNIS, à part. Elle me dénoncera, elle se perdra en même temps que moi.
PHANOSTRATE. Maintenant, dis-moi, que dois-je faire ?
LAMPADION. Rentrez, et bon espoir. Si votre mari vient, dites-lui de se tenir à la maison, pour que je n’aie pas à le chercher si j’ai besoin de lui. Pour moi, je retourne bien vite auprès de la vieille.
PHANOSTRATE. Je t’en prie, mon cher Lampadion, ne néglige rien.
LAMPADION. Je mènerai l’affaire à bon port.
PHANOSTRATE. Les dieux et toi, vous êtes mon espérance.
LAMPADION. Oui, pourvu que vous rentriez. (Elle rentre.)