‹ La chambre obscureChapitre 10 sur 29 · IX

IX

L'hiver à la campagne.

Parmi les choses qu'on a coutume de s'affirmer à soi-même, sas y trop avoir réfléchi, se range entre-autres l'opinion que l'hiver à la campagne est très-désagréable, tandis que l'été est tout félicité. Des gens qui ne peuvent pas vivre sans opéra, sans concerts et sans soirées; des hommes qui ont besoin de voir la société tous les jours; des femmes qui ne sont pas heureuses si elles ne peuvent faire grande toilette, du moins une fois par semaine, peuvent se mettre cela dans l'idée; mais les esprits calmes, qui n'ont que par exception les plaisirs du monde et qui ont su restreindre le cercle de leurs plaisirs, que la leçon leur ait été faite avec douceur ou avec sévérité, trouvent le temps froid non moins agréable que la chaude saison;--oui, croyez-moi, quand je vous dis que, dans une tranquille campagne, l'hiver semble infiniment plus court qu'à la ville avec toutes ses ressources. Mais comme il fait, avec son préambule et sa suite de sombres jours, une grande et longue saison de l'année, on doit chercher toutes sortes de moyens passagers pour l'abréger et en sortir sans trop d'ennuis. À la campagne, au contraire, ce n'est que le rapide passage d'un long automne à un précoce printemps. Comme il est court le temps qui s'écoule entre la dernière feuille du chêne et l'épanouissement du premier bourgeon du châtaignier! Lorsque deux jours sur sept il fait un grand vent, qu'il pleut et grêle pendant deux autres jours, les gens de la ville restent dans leurs murs, même pendant les trois derniers jours de la semaine, pendant lesquels le soleil traverse les nuages, et jette de charmantes lueurs sur la nature languissante; car le matin quand ils ont quitté leur lit, jusqu'à midi, ils ont vu un nuage et ne savent pas que le beau temps suit ordinairement l'automne, et le sussent-ils, _ils ne peuvent plus sortir_, ils ne peuvent plus _compter sur le temps_; ils n'osent pas sortir sans le parapluie, et toutefois, ne veulent pas de ce compagnon incommode; le surtout, qui leur serait nécessaire, pèse trop à leurs épaules; ils se répètent l'un à l'autre l'observation usée que ce _temps est pire qu'un froid fixe_, et qu'ils désireraient un petit feu contre l'humidité, qu'ils souffleraient très-bien si on était seulement au mois de novembre. On est à la mi-octobre, et leur hiver est formellement commencé.

Avec novembre, vient le petit feu, viennent les lattes contre l'humidité, avec les peaux de mouton, les longues soirées, les rues boueuses et le froid peu favorable à la dévotion dans les grandes églises; il faut se surcharger de toutes sortes de vêtements préservatifs de dessus. Puis vient décembre avec les boas et les manchons, les almanachs et l'aurore et le crépuscule en lutte éternelle, et saint Nicolas; c'est le temps où il fait toujours mauvais pour sortir, dans la crainte d'une bourrasque imprévue de neige, qui gâte en un jour vingt chapeaux de dames; et les petites gelées de nuit qui font trembler, non de froid mais de peur. La fête de Noël, célébrée à la campagne d'une manière si charmante et si respectueuse, et se rattachant si harmonieusement au silence paisible qui la précède et qui la suit, donne à la ville le signal d'une agitation et de fêtes de toutes sortes; et après le glacial jour du nouvel an où des centaines d'individus sont gelés, un respectable père de famille est accablé de programmes de concert, qui lui fait contempler avec un serrement de cœur les têtes de ses filles très-désireuses de sortir; et il se fait dans la ville un bavardage et un mouvement de parties de dames, de comédies, de soirées musicales, de soirées littéraires et d'autres soirées encore, qui ne sont pas telle ou telle chose déterminée, mais qui sont extraordinairement roides, ennuyeuses et, disons plus, affreuses. Et l'on se rassasie si bien des plaisirs de l'hiver, qu'au bout de quatre semaines on en a assez. Ajoutez encore que règnent le froid et la misère, la glace dans les fossés et la mendicité sur les écluses. Pendant deux longs mois, chaque matin on consulte le thermomètre et on compte en murmurant le nombre des jours d'hiver. Et avant qu'on n'ose mettre le nez à la porte, il faut que les arbres soient verts; pour qu'on fût content de sa petite promenade, il faudrait au moins être au cœur de mai. C'est donc un hiver qui dure de la mi-octobre jusqu'au mois de mai. Et alors l'homme de la ville qui arrive aux champs, éprouve une surprise telle que s'il s'était fait une soudaine décoration; car il n'a rien vu de tous les préparatifs d'éveil de la nature; il ne l'a pas contemplée dans la marche lente de ses progrès. Il lui a manqué la joie que l'homme de la campagne a savourée lorsque sa première poule a pondu, et que ses perce-neige ont apparu toutes nues sortant du sol durci. Il n'a pas vu partir les oies et les sansonnets, les pinsons disparaître, et trois jours avant que lèvent ne vînt du sud, le fermier de son jardin lui avait prédit la chose.

Celui qui a une campagne et qui est forcé d'y passer l'hiver, ou est assez sage pour le faire sans contrainte, se lève avec le soleil. L'heure est assez favorable, car le soleil lui-même, dans cette saison, n'est pas fort matinal. Mais ne nous en faisons pas accroire mutuellement: citadin et campagnard sont du même avis, et pour tous deux le moment du lever est la grosse affaire de la journée; car le lit est chaud, la chambre froide, l'homme paresseux; de plus, l'eau peut être gelée dans l'aiguière, et le penchant à _se retourner encore une fois_ est inné à notre race. Mais a-t-on une fois triomphé, alors on a du moins à la campagne la satisfaction personnelle de voir réellement le soleil, tandis que les messieurs et les dames de la ville sont condamnés à lire toujours ce gigantesque mot MANUFACTURE sur la façade de leur vis-à-vis, ou le nom moins agaçant _fourniture de bureau_; et si ce vis-à-vis est un hôtelier, vous avez tout au plus la chance de contempler l'image dorée du flambeau du ciel, avec des rayons gros comme le pouce et des yeux louches. Que vous êtes à plaindre si vous demeurez non loin d'un fossé d'où vous ne voyez que de la glace noire avec des tas de cendres et d'ordures, précisément jetés dehors pour votre récréation au moment où vous quittez votre couche! Que vous êtes à plaindre encore si vous habitez une chambre de derrière, et que votre vue se borne à un étroit jardin qui est dominé par les murs sombres de hauts magasins dont toutes les fenêtres sont fermées et condamnées! Mais venez à cette fenêtre qui s'ouvre à l'orient, regardez cette prairie que le givre semble couvrir d'une couche de plumes grises, l'horizon couleur de cuivre, avec ce disque d'un rouge de sang, à demi levé, à demi couché encore, qui, si nous étions à la fête de Noël, jetterait sur la neige un reflet rouge, mille fois plus beau que les plus beaux feux du Bengale sur les héros chanteurs du cinquième acte d'un opéra, ou sur les collines de toile d'un ballet. Ou bien, regardez par cette autre fenêtre qui donne sur le couchant, et voyez ces verts sapins enveloppés d'un voile léger et scintillant, et la foule majestueuse des vénérables hêtres dépouillés de leurs feuilles (une tête chauve est toujours respectable!). Là, derrière la cime cachée dans un nuage, vous voyez ce pin dont le tronc est arrosé par des gouttelettes résineuses; ceux-là auront aussi à Noël leur éclatant manteau de neige, espérons-le. Tout cela est beau, dites-vous, mon cher lecteur, mais on ne peut pas, durant toute la journée, regarder le soleil et les arbres. Que fait l'homme de la campagne? De quoi s'occupe-t-il? Comment s'amuse-t-il?

C'est le mois de décembre; son bois doit être abattu, et il fait la ronde avec son surveillant, pour désigner les arbres qui doivent tomber sous la hache, et quel bois taillis a atteint l'âge d'être coupé. La chasse n'est pas encore fermée, et il charge son fusil avec du gros plomb en guise de plomb fin, car le lièvre a pris, comme vous, sa pelisse d'hiver; et lorsqu'il a porté jusqu'à la nuit la carnassière sur l'épaule droite, le sac à dragées sur l'épaule gauche, et le fusil à la main, et que de plus il rapporte une couple de lièvres et autant de bécasses de bois pour les amis de la ville, au souper, il mange comme un loup, et aussi bien que vous, monsieur, bien que le poêle de votre comptoir brûle encore et que vous vous soyez tant animé à la Bourse! Le soir, il est beaucoup trop fatigué, pour s'ennuyer, il se met à l'aise dans sa robe de chambre et ses pantoufles, et songe à la peine qu'il a eue avec le lièvre qu'il a blessé à la patte et qui criait comme un enfant, le lièvre qu'il jette dans la chambre et qui gît là, roide mort; puis, il songe à cet autre dont il a vu voler les poils, qui a fait culbute sur la tête, a repris ses jambes à son cou pour aller mourir dans quelque coin inconnu; ou bien, s'élançant sur le char des hypothèses, il se demande où est allé celui qui s'est levé dans la plaine et où se sont abattues les bécasses sur lesquelles son fusil a raté. Sa famille et ses voisins, rassemblés autour du foyer, écoutent avec intérêt les vieilles histoires de chasse, des trois poulets et des deux canards tués d'un seul coup. Les paysans ne viennent-ils pas aussi payer et expliquer leurs affaires domestiques? Le dominé ne vient-il pas faire une partie d'échecs? Et n'écrivez-vous pas vous-même, dans les murs de la ville, assez de livres pour lui? Et ne reçoit-il pas deux fois par semaine tout un paquet de journaux, où il lit, à sa grande édification, les visites des rois et des princesses dans la capitale? les tabliers de diamants et les toilettes d'or des acteurs qui excellent dans leur nouveau rôle; le nom des grands, plus grands, infiniment grands virtuoses; des salles combles à étouffer? n'y voit-il pas les brillantes coiffures de femmes, les plaisirs artistiques qui ne trompent pas; le plombage de dents creuses dont il n'a pas besoin; de la _source de vie_ à un florin vingt-cinq cent. la boîte qu'il trouve encore à meilleur marché à la campagne; puis les chicanes et les querelles de ceux qui écrivent des livres, sorte de péché dont il est bien innocent; le jeu du violon auquel il se livre uniquement pour son propre plaisir; les attestations des rédacteurs, par lesquelles il juge qu'ils n'ont pas coutume d'agir ainsi; ce qu'il peut remarquer lui-même dans ce tas de journaux qu'il a devant lui?

Il a aussi ses jours de fête. Ce sera, par exemple, le lundi perdu, un jour où, chez vous, à la ville, les ouvriers imprimeurs courent les portes en mendiant honnêtement; dernier appel à une générosité qui a déjà dû pourvoir auparavant à l'avidité des domestiques, des sacristains, des placeurs de poêles, des allumeurs de lanternes, des éteigneurs d'incendie, des veilleurs des tours, des garçons de la société _tot Nut Van Allgermeen_, et de Dieu sait qui encore. Nous ne connaissons ici personne dans ce genre que le garde forestier, qui vient nous offrir son almanach vert, et auquel nous recommandons à nouveau, dans cette occasion, les voleurs de bois. Car, pour dire la vérité, ce sont avec les innombrables corneilles, nos seuls malheurs de l'hiver. Mais je voulais parler du lundi perdu. Nous avons, par exemple, ce jour-là, la grande vente de bois, une solennité publique infiniment plus amusante qu'une grande parade; vous pouvez m'en croire.

Venez voir à dix heures, dix heures et demie! Alors les paysans arrivent par troupes à travers le bois; un paysan connaisseur n'a pas, sauf pour la foire aux fromages, plus de hâte pour arriver de façon à avoir une bonne place. Peu à peu, ils s'approchent tous, l'un les mains derrière le dos, l'autre les mains dans les poches de son habit, de l'endroit où se trouvent les parcs et les arbres de haute futaie qui sont désignés à la mort par une blessure de hache et un numéro, et l'on recherche, des premiers aux derniers, les numéros; chacun des acheteurs cache son plan, son envie d'acheter et son intérêt calculé, sous le plus complet laconisme.

--Ainsi, Gaspard, dit l'un, vous voudriez aussi avoir un lot?

--Mon Dieu oui, je viens un peu voir.

--Maintenant,--les paysans commencent presque toutes leurs phrases par ce mot,--maintenant, il y a là-bas beaucoup de beaux parcs, mais il y a aussi une partie de fins acheteurs.

--Oui, dit un autre qui a envie d'acheter plusieurs lots, et avant que je ne les aie à la maison...

--Ainsi, Jean Splitter, une couple de nouvelles chaumières, dit un autre propriétaire de ce nom qui a envie d'acheter un parc dont il prend note; cela va commencer. Jean Splitter va faire enchérir tout.

--Un beau petit temps, remarque un cinquième, qui est surpris à regarder un hêtre dont il évalue le rapport, un très-beau temps; mais il y a encore beaucoup de vent en l'air; j'aimerais mieux qu'il fit un peu sec.

--Cela devrait être, frère, dit un petit vieux paysan en allumant sa pipe et en remplissant à l'instant l'air de nuages à la forte odeur.

--Il y a aussi des marchands de la ville, à ce que je vois, dit un pauvre paysan qui craint que ces citadins ne l'empêchent d'acheter.

--Voyez-les avec leurs bottes fines, dit un jeune garçon a cravate rouge de sang, qui prend mieux son parti de la présence des gens de la ville; ainsi, boulanger, vous voudriez faire un bon coup?

Le boulanger fait une figure embarrassée, et fait semblant de ne pas avoir entendu; mais il réfléchit, tire sa tabatière, prend sa prise avec une vraie gloutonnerie de boulanger, et répond;

--Oui, je voudrais bien avoir ma petite part.

Sur ces entrefaites, le propriétaire est, avec les fils de la maison et le maître du bien, près d'un foyer où se brûle un bloc de bois de la grosseur d'une côte de bœuf; c'est un arbre de l'année dernière et qui a tellement profité au maître du bois, qu'il a regagné son argent avec le menu bois, et que le tronc lui est resté pour rien. Là est aussi le secrétaire de la commune avec son bâton d'épine, des mitaines vertes, une tête grise, et un employé de la ville qui va acheter une partie considérable du bois. Une petite conversation, une tasse de café; puis l'encan s'ouvre et on se rassemble autour du numéro un.

En ce moment, les conditions de la vente sont lues avec de terribles menaces contre ceux qui n'auraient pas payé comptant dans les six semaines, ne fermeraient pas convenablement les trous, et lors de l'arpentage amèneraient des chiens dans le bois; menaces qui, à défaut de moyens de contrainte, n'ont que la force de prières bienveillantes. Alors commencent la presse et l'agitation. Plusieurs achètent au commencement, parce que _cela sera meilleur marché_; plusieurs diffèrent leurs enchères dans l'espoir que la plupart des gens se retireront tout doucement et que les meilleurs marchés se feront à la fin. Le secrétaire fait de son mieux pour vendre au plus cher, et en même temps pour mettre les acheteurs, autant que possible, à même de débourser sur-le-champ te moins d'argent. On échange toutes sortes de gentillesses, et d'autant plus à mesure que les abatteurs de bois circulent plus gaiement avec le baril, et que les petites boutiques établies partout dans le bois taillis ont plus à faire.

--Avez-vous conservé votre argent? dit le secrétaire avec une admiration peu dissimulée pour la parcelle de terrain qu'il touche avec l'extrémité de sa baguette. Mes amis, quels arbres! Vous pouvez en faire du feu pendant deux ans! Combien pour ce parc? Qui met à prix sur douze florins? Ah! vous voulez en donner six! vous voulez plaisanter, mes enfants! Il vous les faudrait pour trois...

--Haussez donc, dit un instant après le même magistrat à un paysan qui semble disposé à enchérir et qui, dès qu'on lui adresse la parole, s'enfuit comme s'il craignait qu'on ne s'en fit son plastron; voyons, Jeannot, haussez pour Jean le marchand de bois. C'est une honte, Jeannot!

--Voyons, celui qui aura ce lot en aura cinq avec lui, plus un gâteau de la boutique et la bouteille par-dessus le marché, dit-il en plaisantant et en s'approchant d'une parcelle où une joyeuse vivandière, couverte d'un épais manteau, est en train de se chauffer les mains au petit pot à feu où les paysans viennent allumer leurs pipes; j'en donne moi-même sept florins, sept un quart, et trois quarte... Bon! une fois, deux fois, personne de plus que huit florins pour cette jolie femme? Huit et demie!--Bah! Antoine, n'avez-vous pas assez d'une femme, mon brave? Huit et demie! neuf ... pouvez-vous donner l'eau-de-vie, compère? Encore un quart, une demie; neuf et demie; une fois, deux fois, trois fois; je vous félicite; c'est un beau lot, compère! Quel est votre nom?

--Jean van Schoten.

--Vous vous appelez Jean van Schoten? Vous n'avez donc pas de bois chez vous, compère? Et se tournant vers le maître du bois, il dit;

--Est-ce fait, maître? Que devons-nous décider? Après cette pièce-là, le morceau qui touche à le terre de Simon, n'est-ce pas? Approchez, enfants: que dira Simon, si nous tombons tous là-dessus, toute une bande, comme sur des _pannekoeks?_ La femme pourra cuire à la maison pendant cinq jours.--Allons, mais procédons bien en besogne. Numéro cent et trente; qui en donne cent trente et un florins? Cent trente et un cents, c'est un bon commencement pour mieux arriver...

--Deux ont mis à prix; qui a parlé le premier?

--Moi.

--Comment vous appelez-vous?

--Je m'appelle Pierre de Wit.

--Bon, je vais écrire cela en bonne encre noire.

Voilà des gentillesses, non pas de la plus fine espèce, et qui sont bien au-dessous de tous les bons mots et calembours qui circulent en ville, mais qui procèdent d'une joyeuse disposition et qui font parfaitement leur chemin dans le pays des paysans, et qui le feront aussi longtemps, pour employer le style nécrologique, que, les gentillesses des paysans seront appréciées à leur juste valeur dans la Néerlande.

Au milieu de tout cela, les hommes, les femmes, les enfants suivent en criant à travers le bois, avec de la boisson, du pain d'épices et des plats de friandises, et étendent partout leurs tentes portatives, et intriguent de toutes leurs forces, comme si tous ceux qui sont présents étaient soumis à l'obligation de consommer quelque chose chez eux:--À qui le tour?--Vous avez déjà demandé depuis longtemps une petite goutte, voisin?--Henri! Henri! comme votre gosier; est sec! Ne risquez vous pas le voyage? Six par-dessus et deux en dessous.--Voici Kees, voici Kees, vous n'avez rien à payer? Il ne paie pas non plus au boulanger de gâteaux! Et tous souhaitent pour la soixante-dixième fois de toucher le premier argent reçu de la vente du jour; et les petits paysans boivent avec les enfants du dominé et du chirurgien, et de la grande maison, et trottent à travers la foule dans toutes les directions, pour jouer, pour se réfugier dans les cachettes derrière les parcs, pour sauter comme de jeunes acrobates d'un tronc sur l'autre, ou ils se font payer parle maître du bois un schelling de gâteaux, et celui-ci les laisse aller pour son compte jusqu'à ce qu'il en soit pour un florin.

Au dernier lot, il y a un peu de remue-ménage, et au dernier numéro,--c'est un petit vieux arbre tout maigre, mort au sommet,--on hausse de cinq cents, et un petit homme de la ville, qui est beaucoup trop exalté pour calculer, demeure adjudicataire, à la joie générale. Et la cérémonie est terminée, sauf pour le maître du bois et pour les magistrats qui ont assisté à la vente et qui sont invités à manger un morceau de bœuf rôti.

· · ·

Mais, nous voici à la fin de janvier, et votre barbier vous fait chaque matin de terribles tableaux des pouces de glace qui ont gelé dans les fossés de la ville. Maintenant vous arrivez avec une fête populaire, et vous me parlez de votre plaisir sur la glace! Votre plaisir sur la glace? J'ai bien l'honneur de vous saluer: je ne tiens pas à la glace et j'aime mieux ne pas m'y risquer, parce que je suis déjà à moitié fou sur l'eau liquide et vivante. Votre kermesse de l'Amslet, ô Amsterdammois, votre kermesse de la Mense, ô Rotterdammois, offrent un singulier aspect, et vos journaux tien peuvent assez parler; lorsque vous vous promenez, vous allez en voiture, vous chevauchez eu galop, vous jouez à la crosse, au billard, vous vous abreuvez d'amer et même vous vous aventurez sur la glace, où tous les états se livrent au même plaisir, le personnage de haute naissance dans sa polonaise et le passeur d'eau dans sa blouse de batelier; c'est comme un accord de croassements réunis de milliers de patineurs hollandais, anglais et frisons, qui remplissent l'air, tandis que les babioles retentissent et que les vivandiers cherchent à les dominer, en vendant leur eau-de-vie. Lorsque tout cet éclat de douillettes doublées et bordées, de pelisses et de châles, est éclairé par un austère soleil d'hiver, et qu'une société qui ne vit que de luxe semble vouloir opposer l'excès de sa richesse à la sobre avarice de la nature, on ne pense pas qu'à la campagne, si nous n'avons pas le plaisir de la glace, nous avons celui de la vente, l'honnête vente, et nous voudrions bien que vous l'eussiez aussi.

Je suppose que vous-même êtes propriétaire d'une petite campagne voisine d'un petit village; vous pourriez aussi avoir le plaisir de la glace, et si vous avez des enfants, cela vous ravira. Les grandes personnes dédaignent cette petite mare, mais le petit Wilbert aux grands yeux court prendre ses patins, dès qu'il entend dire que les jeunes messieurs du château voisin vont se risquer dessus, et il emmène avec lui son frère plus jeune qui commence à traîner timidement les pieds sur la glace. Bientôt se rassemble de toutes les demeures une jolie troupe de petits paysans de petites paysannes, qui se nomment les uns les autres par leurs noms, et qui sont très-familiers avec les petits messieurs et les petites demoiselles du château, qui ont mis leurs patins avant de sortir de la chambre; et qui, avec des pantalons bouffants tout rouges et des joues plus rouges encore, viennent se mêler au cortège. Là, la gaieté monte à son comble: la petite troupe glisse, traîne les pieds, tourbillonne et tourne en commun, tombe tout d'un coup, se jette mutuellement des boules de neige, et les jeunes gens mettent les jeunes filles sur leurs patins et leur escamotent leurs petits chapeaux de dessus la tête, sans que pour cela elles prennent aucun rhume; ils s'avancent en triomphe sur la pointe de leurs patins, et le traîneau va et vient avec toute une cargaison de petites filles et avec toute une bande de jeunes gens par derrière, tourne et retourne si terriblement que tous jettent les hauts cris. Et puis vous verriez le maître de la campagne lui-même se donner la fantaisie de jouer le vivandier et de restaurer la joyeuse jeunesse avec du gâteau et un petit verre d'eau-de-vie avec du sucre; alors s'élève un cri de joie, et les enfants des paysans n'ont jamais rien goûté de si bon; mais l'ouvrier qui a nettoyé la glissoire n'est pas non plus oublié, et glisse du haut en bas et du bas en haut avec son balai sur l'épaule, fait des folies avec les petits polissons et reçoit à l'improviste une boule de neige sur l'oreille, si bien qu'elle en tinte; puis le polisson qui a lancé la boule de neige la ramasse et la jette bien loin sur la glace; là-dessus, un autre polisson, qui est déjà deux fois tombé sur le nez, ne se sent plus de plaisir. Mais une déchirure se produit dans la glace, sous le poids des patineurs, si bien que le petit polisson, monté sur une paire de patins rouillés et qui agite en l'air ses gros bras enfermés dans un étroit pourpoint, ose encore avancer et détache doucement ses patins; mais les hommes qui ont une expérience de deux ou trois ans parlent de poutres qui viendront par-dessous, et tout est agitation, acclamations et bonheur. Garçons et filles ne savent rien de plus magnifique que quand il gèle fort et que le lendemain il y a de nouveau un pouce de glace dans le trou qui s'était produit la veille, et ils n'ont rien de plus pressé que de venir, le matin, vous en montrer les preuves jusque dans votre lit. L'obscurité seule met fin à la joie à laquelle le dîner n'apporte qu'une légère interruption. Mais, laissez venir le clair de lune, la glace se durcira encore, et il y aura un plus grand nombre de patineurs; voilà pourquoi, le soir, les autres eaux sont trop éloignées ou trop pleines de danger; et si vous n'avez pas envie de prendre part au plaisir, vous pouvez le voir, assis à votre foyer, qui projette ses lueurs sur le visage de votre bien-aimée femme et de vos charmantes filles, avec ces flammes de charbon de terre qui prennent surtout un plus brillant éclat lorsque vous fendez la motte avec la pointe du tisonnier; puis l'heure intime du crépuscule amène avec elle une foule de doux souvenirs et provoque une quantité de bavardages familiers. Et peut-être l'entretien porte-t-il votre attention sur quelque beau poème ou quelque livre intéressant qui orne votre petite bibliothèque; et le soir, quand tout est calme dans la maison et au dehors, vous faites une lecture à votre petit entourage, en savourant un verre de punch chaud ou d'excellent chaudeau; et vous ne songez pas qu'en ce même moment, dans une des salles de conférences de la capitale, une jeune victime de son amour-propre et d'un secrétaire d'une société savante, toute vêtue de noir et le visage pâle, est amenée au milieu d'une imposante réunion d'hommes estimables, pour lire entre six bougies, devant un nombre considérable de gens, décorés ou non, et de dames en belle toilette, une dissertation somnolente, ou un poème lugubre sur un homme qui par erreur épouse sa sœur, ou sur une jeune fille qui se lamente au haut d'une tour et finit par s'en précipiter.

Voulez-vous encore un autre contraste? Permettez-moi encore celui-ci: Vous n'aimez peut-être pas les oppositions: mais, grâce encore pour celle-ci; elle sera frappante. Il faut vous imaginer maintenant que vous êtes citadin, et que vous habitez Amsterdam ou La Haye.

C'est à la fin de février; dans votre cercle, dans votre société, que voulez-vous? dans votre maison peut-être, s'est développé un triste drame, par-dessous le voile de l'étiquette et de l'indiscrétion des caquets. La belle Emmeline était la reine du bal dans toutes les fêtes de l'hiver; elle était fêtée, elle était adorée; sa mère était fière d'elle, elle était fière d'elle-même. À la soirée de madame de W..., le jeune van Straaten la rencontra et fit extrêmement cas d'elle. Au concert de...,--nommer ici un des artistes inimitables parmi les dix mille de notre temps,--il sautait aux yeux qu'il voltigeait autour d'elle; au bal qui eut lieu chez vous (où l'on s'est amusé d'une manière si charmante, madame), et au Casino, il la quittait à peine, était d'une manière incroyable aux petits soins pour elle, et on a vu ses yeux étinceler comme des yeux de tigre, quand elle valsait avec un autre. Le jeune van Straaten a un extérieur très-séduisant, un très-bel avenir devant lui, et une très-respectable famille derrière lui. Quoi d'étonnant qu'il fit impression sur la jeune fille? Quoi d'étonnant qu'elle voulût savoir, en boudant un peu, ce qu'il se proposait? Que fait le monstre, à la dernière soirée à laquelle il assiste avec elle? Il l'aborde un instant; il lui demande à peine avec une roide révérence comment elle se porte; quand, sur les instances de tous, à l'exception des siennes, elle s'assied au piano et chante, elle le voit dans le miroir tout absorbé dans une conversation,... avec une autre belle? Non, messieurs; avec un savant, avec un diplomate. Et un instant après, il prend les cartes d'une vieille dame qui, parce qu'une autre vieille dame et deux vieux messieurs l'ennuyaient à l'hombre, l'a prié delà délivrer. Pendant toute la soirée, pas un mot, pas un regard pour la belle Emmeline; et, le lendemain, le bruit court que son engagement avec mademoiselle E. de X., qui, dès l'été, était arrêté, est définitivement conclu. Le cœur de la pauvre Emmeline est brisé ... non, empoisonné! Dès ce moment le monde entier n'est pour elle que feinte et dissimulation, tous les hommes ne sont que fausseté. Elle veut aussi porter un masque et feindre comme les autres. Toutes ses amies la consolent dans leurs réunions, et, pendant des semaines, elle n'est connue que sous le nom de la jeune fille qui a été traitée d'une manière infâme: ce doit être le refuge des conversations languissantes sur les sofas de velours, et des tête-à-tête animés près des cheminées de marbre et sur les bancs discrets des fenêtres.

Mais maintenant-je vois mon campagnard faire une visite à un de ses paysans et s'asseoir à côté de lui pour partager son café et sa tartine de l'après-dîner, en société avec un marchand qui porte sur son dos un paquet oblong; et qui souffle son café sans mot dire, tandis que la femme et les filles songent à ce qui est nécessaire encore. Mais la file ainée est à la ville, et mon campagnard, qui parle volontiers aux jeunes filles, trouve la circonstance opportune pour faire quelques questions:

--Eh bien, Jeannette, est-il vrai ou non que vous vous, êtes mise en tête de marier votre fille?

--Mais, monsieur, répond-elle, sans ménager le nombre des paroles, les gens veulent bien le dire; mais ça irait mal si nous voulions tout croire: je ne dis pas que ce n'est pas; la porte peut être entr'ouverte; mais quant à se marier, je peux dire: non, on n'en est pas là.

--Et vous, avez-vous pensé à prendre quelque chose, Trinette? dit le marchand.

--Oui, dit Trinette, donnez-moi un peloton de fil noir.

--Et à moi, quatre boutons de chemise, dit la femme.

--J'avais entendu dire, l'automne dernier, que vous étiez allée à la kermesse avec un amoureux, dit mon campagnard qui n'a jamais rien entendu de cette espèce.

Mais le paysan et sa femme prennent une figure grave, qui donne à entendre que le toit pèse trop sur la maison; et le citadin s'aperçoit qu'il faut changer de conversation.

--Est-ce là un petit agneau? demanda-t-il en désignant un petit animal noir, qui se trouvait agenouillé sur la pierre du foyer à côté d'un gros chat taché de roux et de noir.

--Oh! mon Dieu! nous en avons deux, un blanc et un noir que voilà: le blanc est fort et pousse bien, mais le noir laisse à désirer. Il ne veut pas téter, et il faut le tenir pour l'y forcer; nous le laissons boire dans un petit pot. Mais le pis, c'est qu'il fait des ordures partout.

--Oui, dit le paysan. Monsieur ne veut-il pas voir les veaux? Monsieur se lève et le suit à l'étable, où ils se trouvent.

--Tenez, en voilà trois: deux génisses et un bouvillon; l'une des génisses est venue aujourd'hui. Vilain poil, n'est-ce pas, monsieur?

--Il est tout noir.

--En effet, monsieur, mais savez-vous ce que je dis: il ne faut jamais mépriser une bête pour son poil; je pense que cela n'est pas convenable, et il peut y avoir une bénédiction en elle. Vous avez des gens qui sont si difficiles sur ce point! mais je dis que cela no convient pas, et j'élèverai la génisse noire aussi bien que la bigarrée; et savez-vous ce que je pense? Il vaut encore mieux en avoir une toute blanche, car celles-ci sont terriblement tourmentées par les mouches et sont aussi très-méchantes; en voilà une, là-bas, qui, il y a un an, s'est enfuie avec sa couverture.

--Mais, si c'était une génisse rouge?

--Alors, je ne la garderais pas; je n'aime pas la couleur de feu, dit le paysan, si tendre pour les animaux, et qui veut qu'on n'en méprise aucun pour sa peau, mais pour qui ce préjugé est trop puissant. Puis tout à coup, reprenant le premier entretien, il va aux deux génisses et au bouvillon, qu'il laisse tour à tour baver sur sa main.

--Tenez, vous êtes instruit; écoutez: Elle avait mis son idée sur lui aussi, je puis le dire, mais cela ne nous allait pas, à ma femme et à moi, et voilà pourquoi cela n'a pas abouti; car Trinette est une excellente fille, cela n'est pas douteux; c'est une belle fille, mais quoi qu'on en dise cela ne pouvait être mieux, et le maître dit qu'il n'en a jamais vu de pareille et d'aussi bien; et Trine est la femme sans pareille pour nettoyer, frotter, balayer; celui qui sera son mari aura en elle une excellente femme. Je voulais donc dire seulement que c'est une bonne fille, par la raison encore qu'elle tenait à ce garçon et qu'elle s'est mis la chose hors de la tête. Je lui dis:--Trine, danse au son du violon avec Jean, mais que ce soit la dernière fois. Je vis bien qu'elle regardait sèchement, et elle me dit: Que voulez-vous encore savoir? Mais voilà comment vont les affaires, monsieur, et je pense que vous m'avez compris; dans mon jeune temps, j'ai eu un caprice pour Joséphine, qui est maintenant la femme de Tak, mais j'étais beaucoup trop mal monté pour m'établir, et j'ai dans Marie une bien meilleure femme. Je vous dis donc que pour Trine et Jean, cela n'aurait pas bien été, et je dis à ma femme: Tu peux encore voir, mais la chose ne doit pas se faire. Ma femme pensa que le mieux était de mettre la main à l'œuvre et qu'on ne pouvait pas le renvoyer uniquement parce qu'il était catholique romain, car le dominé dit que nous devions être patients vis-à-vis des romains, mais la femme alla trouver le maître et lui expliqua l'affaire. Marie, lui dis-je, ce garçon doit partir, car je veux rester le maître à la maison. Ma femme me répondit; Eh bien! soit, puisque vous pensez que cela vaut mieux pour Trinette.

--Et que dit Trinette de la chose? demanda le campagnard qui, ayant lu vos derniers romans, ô messieurs de la ville, doit croire que la jeune fille est devenue au moins poitrinaire.

--Eh bien! Trinette fit ce que nous voulions. Je vis au commencement que cela lui faisait quelque chose, mais je lui dis:--Laisse le chagrin de côté, ma fille, le garçon est parti et ne reviendra plus. Songe à en choisir un autre, et veille aux vaches au moment où il faudra les traire.

Tout à coup le loquet de bois de la porte est levé, et l'héroïne de l'histoire apparaît, le front serein encadré dans les plis gracieux d'une cornette, avec une jaquette jaune et un panier de pêcheur au bras; la gaieté et l'espièglerie sont peintes dans ses yeux bleus, et le campagnard lui pinçant doucement la joue:

--Je disais à votre père, Trinette, que je ne comprenais pas qu'une jolie fille comme vous ne fit pas encore l'amour.

--Faire l'amour? dit Trinette, je ne sais pas ce que je n'aimerais pas mieux faire; et elle sauta légèrement plus loin, demanda à sa mère les commissions, aida au marchand ambulant à charger son paquet, et lui demanda s'il pourrait bien se lever, parce qu'il penchait un peu trop en avant.

--Me viendriez-vous en aide, Trinette? demanda le marchand avec un regard suppliant, si vous me voyiez par terre.

--J'y réfléchirais d'abord, dit la joyeuse Trinette. Adieu, Doris, bon voyage; mais prenez bien garde de tomber, si je suis dans votre voisinage....

--Eh bien! quoi donc? demanda le marchand avec un sourire sentimental.

--Venez ici, je vous aiderai. Bonjour, voisin Doris.

· · ·

Le mois de mars règne à la campagne avec ses alternatives de neige, de tempête et de pluie. Toute la ville tousse et éternue, et demande avec indignation ce qui a valu à ce mois le nom si peu mérité de mois du printemps. Le campagnard ne le demande pas, car pour lui ce mois est riche en phénomènes encourageants, en preuves d'une nouvelle vie et d'une nouvelle force de la nature. Quand, dans les jours sereins et aux heures sereines du jour, il prend son bâton de frêne à la main et va se promener, il voit partout les champs en jachère remplis de belles brebis et de joyeux agneaux, qui paissent sur le chaume; il voit la charrue retourner le chaume d'autres champs qui doivent produire la moisson de l'année. Dans ses étangs sont venus des canards qui feront un nid sous les branches basses du sapin sur le rivage; les coudriers fleurissent; son jardin potager est mis en ordre depuis la Chandeleur, et bientôt il plantera ses pois précoces; encore une quinzaine de jours, et le taureau commencera sa tournée, et déjà les merles chantent gaiement dans son bois encore dépouillé. Avant la fin du mois on lui apporte les premiers œufs de vanneau, et ses choux-fleurs sont déjà plantés. À peine l'inconstant avril est-il arrivé que la cigogne vient poser ses longues pattes sur son toit; ses pêchers commencent à fleurir; son parc de violettes est tout bleu; ses poussins éclosent; une légère teinte verte se répand sur ses arbres, et la verdure croît dans ses champs; la fleur du châtaignier sauvage se montre déjà dans le bouton, et le dix-huit ou le dix-neuf, le gai rossignol annonce par son chant qu'il est là pour chanter la chanson du printemps. Chaque matin il apprend à son déjeuner des nouvelles de ses arbres qui sont devenus tout verts, et à chaque promenade, il rencontre de nouvelles fleurs. Dans le jardin, se montre déjà au-dessus du sol le verdoyant espoir de l'été; les tourterelles sauvages et les pigeons bleus volent dans les arbres avec de petites branches dans leurs becs rouges; l'hirondelle rase l'eau et vole à l'intérieur de l'étable pour suspendre son nid au-dessus du râtelier; le jeune bétail mugit dans la prairie, et les vaches laitières pourront être envoyées aux champs au mois de mai.... Et le dimanche, les chemins sont remplis de promeneurs qui viennent de la ville contempler toutes ces merveilles; parmi eux on en voit un seul qui a mis le pantalon blanc d'été, dans la bienheureuse, conviction qu'il est la première primevère du printemps.