Fils de fille
Je suis le fils d’une gueuse
Qui, dans ses désirs fougueuse,
Comptait ses maris par cents ;
Si bien que les médisants
M’appellent nœud de vipères,
Enfant de trente-six pères
Sans compter tous les passants.
Je n’ai pas connu la garce
Qui m’a joué cette farce
De me cacher mon papa.
Lorsque la mort l’attrapa,
Elle ferma sa paupière
En dansant de la croupière
Sans dire mea culpá.
Moi, depuis, je cours les villes,
Tout plein de façons civiles,
Cherchant mon père avec soin,
J’ai fouillé partout, bien loin,
Et, ma foi, je désespère
De jamais trouver ce père,
Une aiguille dans du foin !
En attendant, il faut vivre,
Et payer quand on est ivre.
Donc je vole. C’est charmant !
Et c’est bien mon droit, vraiment.
Car si je vole à la ronde,
C’est ce monsieur Tout-le-monde,
L’ancien mari de maman.