‹ La Chatte métamorphosée en femme (opéra-comique)Chapitre 10 sur 13 · Scène X.

Scène X.

MINETTE, MARIANNE, sortant de la chambre de droite.

MARIANNE, d’un air revêche.

Monsieur n’est pas ici ?

MINETTE, regardant le toit.

Non… il est allé prendre l’air.

MARIANNE, ôtant le couvert, à l’aide de son panier à provision.

J’en suis fâchée !… je venais lui demander mon compte ; parce qu’il faut qu’une de nous sorte d’ici.

MINETTE, froidement.

C’est déjà convenu. Je reste.

MARIANNE.

Est-il possible ?

MINETTE.

Et vous aussi, la vieille… j’y ai consenti.

MARIANNE, posant son panier à gauche.

La vieille !… la vieille !… m’entendre traiter ainsi !… Je vais chercher mes effets, et je ne resterai pas une seconde de plus dans cette maison, où je ne regretterai rien… car j’ai retrouvé ma pauvre Minette… ma seule consolation…

MINETTE, vivement.

Vous l’avez retrouvée !…

MARIANNE.

Oui, mademoiselle… là-haut dans une armoire, et je ne sais pas qui s’était permis de l’enfermer, d’attenter à sa liberté !…

MINETTE.

Il s’agit bien de cela… Où est-elle ?

MARIANNE, montrant la chambre à droite.

Elle est là, en sûreté.

MINETTE.

Je ne veux pas qu’elle paraisse.

MARIANNE.

Vous ne voulez pas !… Apprenez que je suis là pour la défendre.

MINETTE.

Du tout… pour m’obéir… et je n’ai qu’un mot à prononcer…

MARIANNE.

Moi… abandonner ma chère Minette… la laisser dans des mains… (Minette s’est approchée d’elle et lui a parlé bas.) Hein ? quoi ! Ciel ! il se pourrait !… (Avec respect.) Quoi ! c’est vous !… c’est vous !…

MINETTE, regardant toujours si Guido revient.

Silence donc !… (À mi-voix.) Eh ! oui, vraiment… la solitude, le chagrin, l’exaltation germanique ont tourné la tête à ce pauvre Guido. Il n’aime que sa chère Minette… Il fallait bien le corriger… et ce ne sera pas long, je l’espère… surtout si tu veux me seconder.

MARIANNE.

Si je le veux… Parlez, commandez… que faut-il faire ?

MINETTE.

Cacher bien vite Minette… la faire disparaître… car s’il la voyait, tout serait perdu. Nous serions deux !

MARIANNE, prête à sortir par la droite.

MINETTE.

Pas dans ce moment… J’entends Guido qui revient.

MARIANNE,

Soyez tranquille… je sais où la cacher… et tout à l’heure je pourrai l’emporter devant lui sans qu’il s’en aperçoive !… (Lui baisant la main.) Ah ! mademoiselle !

(Elle sort par la porte à droite ; en même temps Guido entre par la porte à gauche, et Minette se tient derrière un des rideaux, au fond du théâtre.)

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