‹ La Chute des viergesChapitre 9 sur 10 · IX

IX

Miss Sticker débarquait au chemin de fer comme Hippolyte y arrivait. Elle avait le visage renfrogné des mauvais jours. Dans son voyage, elle s’était souvenue qu’elle devait Hilda au spectacle de la scène de suçage, où elle la vit entre les cuisses de ce valet. En somme cet homme la débaucha ; il était de retour de la veille, et elle partit sans prendre ses précautions pour éviter qu’ils ne se rencontrassent. À quoi pensait-elle là ! Sa petite Hilda, si fine, et aussi si douillette, pouvait sucer ce rustre, lorsqu’on s’opposait aux éveils de luxure ; mais depuis qu’elle la traitait en favorite, depuis qu’elle l’avait dépucelée, depuis qu’elle lui accordait toutes sortes de licences, elle dédaignerait ce subalterne et elle rougirait de s’être abaissée à le faire jouir par sa bouche. Miss Sticker avait beau faire, une inquiétude la tourmentait, et elle faillit revenir plus tôt. Que ne s’y décida-t-elle ! La vue d’Hippolyte, s’épanouissant dans une joie bête, lui serra le cœur. Elle eut l’intuition que le cochon l’avait cocufiée dans sa gentille favorite. Oh, si elle les surprenait jamais ensemble, elle les tuerait. Hilda lui tenait fort à l’âme et aux sens. Miss Sticker donna ses paquets à porter au valet, et on se mit en route pour l’Institution. Elle passa par le pavillon d’entrée dont il avait la garde et y pénétra, sous le prétexte d’examiner divers objets rapportés d’Écosse. Dans la maison, elle alla droit à la chambre, aperçut le lit saccagé qu’il eut le tort de ne pas arranger, et tout à coup tressaillit. Au pied du lit s’étalait un pantalon de demoiselle, et ce pantalon, elle ne pouvait pas ne pas le reconnaître ; il appartenait à Hilda. Elle se précipita dessus et ramassa tout près un mouchoir de dentelles, un de ses dons. Le visage empourpré de colère, soulevant en l’air le pantalon et le mouchoir, elle demanda comment ils se trouvaient là ?

— Je les ai ramassés dans une allée, Madame la Directrice, et comme j’avais juste le temps de me vêtir pour aller à la gare, je les ai laissés sur le lit, d’où ils sont tombés par terre.

— Voilà qui est par trop étrange ! Lorsque vous partîtes pour l’Écosse, je surpris chez vous une de nos élèves ! Vous revenez d’Écosse, et j’y ramasse un pantalon et un mouchoir appartenant à cette élève. Vous vous placez dans une bien vilaine situation. Je vais interroger miss Hilda, et suivant sa réponse, je verrai la suite à donner à cette affaire.

— Mais, Madame la directrice !

Hippolyte ressentait une terreur folle. En Angleterre, comme du reste partout ailleurs, on ne plaisante pas avec un domestique mettant à mal une fille de bonne famille. Les galères, peut-être la pendaison, se présentaient comme l’épilogue de ce foutu coup de queue. Pas un mot ne lui vint pour se justifier. Il n’eut confiance que dans le sang-froid d’Hilda, et il ne retint pas la directrice, le plantant là et se dirigeant vers les bâtiments scolaires, en emportant le pantalon et le mouchoir. Miss Sticker monta droit à son appartement. La fureur la dominait. Elle rêvait de faire attacher Hilda au chevalet et de donner l’ordre qu’on l’écorchât vive sous les verges. Elle s’enferma dans sa chambre pour quitter sa toilette de ville et revêtir la robe de soie noire, insigne sévère de sa fonction. Le pantalon et le mouchoir gisaient sur un fauteuil. Elle ne cessait de les contempler, et un subit attendrissement la saisissait. La pauvre petite ne porterait plus ces jolies et longues robes qu’elle revêtait pour exciter ses paillardises ; elle n’ornerait plus ses jambes de ces coquets pantalons, sous lesquels elle cherchait avec tant d’amour son petit con et son joli gentil petit cul. Oh, le misérable valet, d’avoir profané si exquise et si mignonne chair ! Sous le flot des nouvelles pensées qui l’assaillaient, elle tombait à genou devant le fauteuil, et la tête sur le pantalon, elle, la sauvage, la farouche, l’intraitable miss Sticker, elle pleurait, comme ça ne lui était jamais encore arrivé ! Elle embrassait le cher vêtement intime, fouillait tous les coins et les recoins pour découvrir s’il avait été pollué : elle n’y apercevait aucune trace suspecte. Elle prenait le mouchoir de dentelles, ce mouchoir qu’elle lui posait quelquefois sur le con, pour qu’il s’imbibât de la cyprine, afin de le conserver la nuit à sa portée ; ce mouchoir dans lequel elle enveloppait aussi sa queue pour la faire bander, et qu’Hilda lui retirait délicieusement avec les dents ; elle le baisait avec des transports fous. Non, non, elle n’aurait pas le courage de sévir contre la chère enfant ! Puis, elle ne pouvait pas être coupable. Que prouvait ce lit défait ? Que prouvait la trouvaille du pantalon et du mouchoir chez Hippolyte ? S’ils avaient fait l’amour, pourquoi signer leur faute en oubliant de tels accusateurs ? Elle se troublait à tort, elle allait interroger sa chère petite, qui ne mentirait pas, et le soir, il y aurait de grandes réjouissances pour toute la maison. Elle embrassa encore les objets aimés, se rendit dans son cabinet de travail et sonna. Rosine apparut.

— Prévenez miss Hilda que je l’attends, dit-elle.

— Bien, madame la Directrice, mais miss Hilda prend un bain et ne peut venir sans se revêtir.

— Dans ce cas, je vais la retrouver.

Miss Sticker quitta son cabinet et se dirigea vers la salle de bain, une vaste piscine avec un bassin au milieu, autour duquel, donnant sur une large plate-forme recouverte de linoleum, se trouvaient quelques cabines. Elle demeura saisie en apercevant assise sur un fauteuil en osier, Clary toute nue, que gamahuchait Hilda. Son saisissement égala du reste celui des deux gougnottes. Clary se redressa immédiatement, non sans quelque embarras, et Hilda, restant agenouillée, essaya de cacher la tête sous ses bras, en l’appuyant sur le fauteuil.

— Voilà un genre de bain que je ne connaissais pas, murmura avec une froideur de glace miss Sticker.

— Nous nous sommes baignées ensemble, répondit Clary, et en sortant de l’eau, j’ai prié miss Hilda de me sécher les jambes.

— En vous léchant entre les cuisses ! Beau travail !

— Eh, Madame la Directrice, quel crime y aurait-il à vouloir connaître un travail que vous appréciez au point de placer cette élève au-dessus même des professeurs de l’Institution !

— Clary !

— Vous ne pouvez qu’être flattée de remarquer combien on rend justice à votre bon goût, et combien on y applaudit en le partageant.

— Vous dépassez les bornes du permis.

— Ne les avez-vous pas franchies ?

Hilda, roulant comme une boule, vint se jeter aux genoux de miss Sticker, lui embrassa le bas de sa robe et, gémissant, pleurant, dit :

— Ah, Miss, pardonnez-moi, mais puis-je résister quand on me commande, vous ne vous doutez pas des méchancetés auxquelles je m’exposerais.

— Qu’est-ce à dire, Hilda, vous violentait-on ?

— Je n’étais pas là de mon plein gré.

— Que signifie ceci ?

Clary croisa les bras et répondit :

— Entre une élève et moi, vous ne pouvez hésiter, Miss Sticker ! Je vous assure qu’ayant vu cette petite ordure rentrer sournoisement, je l’ai suivie, je l’ai rejointe dans sa chambre au moment où elle faisait sa toilette, et il m’a été permis de relever dans la cuvette des taches témoignant qu’elle devenait le réceptacle d’une faute autrement grave que celle d’ici.

Miss Sticker sentit la colère qui s’emparait de nouveau de son cœur, elle repoussa du pied Hilda et reprit :

— Dites la faute, Clary, dites-la, je vous en adjure, et la coupable l’expiera cruellement.

— Grâce, pitié, implora Hilda enlaçant les jambes de miss Sticker par dessus la robe, tout le monde est après moi parce que vous me protégez, parce que j’obtiens de votre bonté de grandes joies pour l’Institution, et il y en a, surtout dans les maîtresses, qui me jalousent, m’espionnent, me tendent des pièges.

Miss Sticker éprouva de l’hésitation, oh cette fillette-femme agissait sur sa cérébralité et sur ses nerfs ! Oh, elle la désirait en cet instant même, elle luttait contre la tentation de l’emporter pour la baiser, pour la reprendre, la garder bien à elle ! Bah, elle la baiserait plus tard, si le désir ne se calmait pas ; mais il importait de lui donner une rude et sévère leçon, si vraiment elle avait été coupable. La maîtresse de Jean Sticker pouvait se livrer au saphisme avec ses compagnes, elle ne pouvait pas nouer des relations avec un autre homme. Sans lui répondre, elle dit :

— Parlez, Clary, je dois tout savoir.

— Cette élève n’est plus pucelle : dans l’eau, il m’a été possible de le constater, si toutefois j’avais eu des doutes. Dans la cuvette, il surnageait les résidus d’un récent contact mâle ; et, la chemise d’Hilda que je vous invite à examiner dans la pièce du déshabillage, est maculée de marques spermatiques.

— Ah monstre de fille, monstre de femelle, qu’as-tu fait ?

Une énorme gifle jeta Hilda tout de son long sur le linoleum : elle s’abattit, couvrant sa figure de ses mains. Miss Sticker, accroupie sur elle, la frappait avec une rage féroce, lui tirant les oreilles, la fouettant, la criblant de coups de poing, risquant réellement de la tuer, tant la fureur l’aveuglait. Clary attrapait miss Sticker par les bras, luttait pour l’enlever de dessus Hilda, sans y parvenir. La pauvre petite s’abandonnait à la peur, à la honte, au désespoir : elle prit le parti le plus sage, simula un évanouissement, ferma les yeux, poussa un gros soupir et ne remua plus. Cela produisit l’effet d’une douche d’eau froide sur la colère de la directrice : elle suspendit les coups et murmura :

— L’aurais-je tuée !

L’imprudente Hilda eut le tort de croire à un regret, et elle fit un faible mouvement. Espérait-elle, sur la tristesse effarée de l’exclamation, retrouver son prestige de petite maîtresse ! Miss Sticker rassurée se redressa, et d’un ton sec, reprit :

— Vous êtes vivante, Miss Hilda, le ciel en soit béni, debout.

Toujours persuadée, malgré le changement de la voix, que la tempête se calmait, la favorite se releva, les yeux humides l’attitude humble et soumise. Miss Sticker agita une cloche d’appel, et une servante accourut.

— Jenny, lui dit la directrice, la chemise de toile et les sandales pour miss Hilda.

La pauvrette recommença à trembler : l’affaire tournait mal, très mal. Quelques secondes après, Jenny lui passait au cou une chemise en toile commune, lui ramenait le bas sur la tête, pour l’entortiller et l’attacher autour des épaules, encadrant de façon absolue son visage, et étalant nu tout l’arrière de son corps, depuis le haut du dos jusqu’aux pieds chaussés des seules sandales. Quand elle fut ainsi prête, miss Sticker ordonna :

— Vous allez sonner le rassemblement de toutes les divisions devant leurs salles d’études, et vous ferez marcher miss Hilda en vue de toutes les élèves, en lui donnant des coups de martinet sur les fesses. Attachez ses mains. Si elle se laisse tomber, prenez la férule et tapez sur les épaules, sur les bras, sur les reins et sur les cuisses.

Hilda voulut s’agenouiller pour demander encore grâce, miss Sticker continua :

— Attachez ses mains. Quand elle aura passé devant toutes les divisions, vous la descendrez au cachot et vous l’enfermerez dans le numéro 2. Vous donnerez alors l’ordre d’arranger la salle de punition pour la flagellation à la Brunehaut. Clary, vous préviendrez toutes les maîtresses et les sous-maîtresses de faire revêtir les toilettes de châtiment aux élèves. L’exécution aura lieu ce soir à neuf heures.

— Oh, Miss Sticker, oh, Miss, gémit Hilda, vous allez déchirer un corps qui vous aime, c’est mal, c’est très mal !

— Emmenez-la, commanda durement miss Sticker.

Dans une marche lente, où les genoux s’entrechoquaient sous la douleur, la confusion, le repentir, miss Hilda, la gentille petite favorite, subit un réel supplice moral et physique. Elle marchait, les mains liées par les poignets, flagellée par le martinet, dont les coups retentissaient sur son joli postérieur en pleine formation de rondeurs blanches et fournies, se teintant de lignes rougeâtres ! Ah, comme il se resserrait sous le châtiment, et comme la fente s’évasait avec peine sous le pas en avant : les rebords bombés et satinées, qui surmontaient le gras des cuisses, s’agitaient en frémissements convulsifs, et il semblait par instant que la vulve oscillait sous le claquement de l’extrémité d’un des crins. On s’arrêtait quelques secondes devant chaque groupe d’élèves et, le visage sillonné de larmes, la tête penchée sur la poitrine, Hilda craignait de défaillir en affichant l’affaissement de son prestige en face de celles à qui elle valut des faveurs particulières, de celles qu’elle gougnotta dans la superbe audace acquise par la haute protection de son amant. À chaque arrêt, la justicière Jenny disait :

— Grande punition de miss Hilda, surprise en vilaine faute par miss Sticker. Prenez garde à vous-même, Miss, et ne fautez pas.

Un coup de martinet sur le pauvre cul d’Hilda soulignait le conseil, et la marche reprenait. Ainsi toute l’Institution apprit que miss Hilda venait de commettre quelque chose d’horrible qui, malgré son favoritisme, rouvrait l’ère des atroces corrections, et c’était à qui s’effarerait, à qui tremblerait. Que s’ensuivrait-il ? Hélas, sans doute, plus de ces récréations prolongées, qui adoucissaient ces temps si pénibles de l’internat ; plus de ces laissé-aller où l’on s’appliquait à épeler les plaisirs de la chair : même celles que dégoûtaient la débauche et la luxure, redoutaient à cette heure un changement de régime.

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