L'ODEUR
Si tu songes l'Amour, si tu rêves la Mort, Si ton miroir est trouble à te sourire, écoute Les feuilles, feuille à feuille, et l'onde, goutte à goutte, Tomber de la fontaine et de l'arbre. Tout dort.
La rose de septembre et le tournesol d'or Ont dit l'été qui brûle et l'automne qui doute; Le bosquet s'entrelace et la grotte se voûte, Le dédale et l'écho te tromperaient encor.
Laisse l'allée oblique et le carrefour traître Et ne regarde pas à travers la fenêtre Du pavillon fermé dont la clef est perdue.
Silence! L'ombre est là; viens respirer plutôt, Ainsi que les hermès et les blanches statues, L'amère odeur du buis autour des calmes eaux.
LE BASSIN ROSE
Si le jet d'eau s'est tu dans la vasque, si l'or De la statue en pleurs au centre du bassin S'écaille sur la hanche et rougit sur le sein, Si le porphyre rose en l'onde saigne encor;
C'est que tout, alentour, s'engourdit et s'endort D'avoir été charmant, mystérieux et vain, Et que l'Écho muet dans l'ombre tend la main Au Silence à genoux auprès de l'Amour mort.
L'allée est inquiète où l'on ne passe plus; La terre peu à peu s'éboule du talus; La porte attend la clef, le portique attend l'hôte,
Et le Temps, qui survit à ce qu'il a été Et se retrouve toujours tel qu'il s'est quitté, Fait l'eau trop anxieuse et les roses trop hautes.
LE BASSIN VERT
Son bronze qui fut chair l'érige en l'eau verdie, Déesse d'autrefois triste d'être statue; La mousse peu à peu couvre l'épaule nue, Et l'urne qui se tait pèse à la main roidie;
L'onde qui s'engourdit mire avec perfidie L'ombre que toute chose en elle est devenue, Et son miroir fluide où s'allonge une nue Imite inversement un ciel qu'il parodie.
Le gazon toujours vert ressemble au bassin glauque. C'est le même carré de verdure équivoque Dont le marbre ou le buis encadrent l'herbe ou l'eau.
Et dans l'eau smaragdine et l'herbe d'émeraude, Regarde, tour à tour, errer en ors rivaux La jaune feuille morte et le cyprin qui rôde.
LE BASSIN NOIR
Laisse le Printemps rire en sa gaîne de pierre Et l'Hiver qui sanglote au socle où il est pris Jusqu'au torse, et l'Été, grave en ses noeuds fleuris, Près de l'Automne nu qui s'empampre et s'enlierre;
Laisse la rose double et la rose trémière Et l'allée à dessins de sable jaune et gris Et l'écho qui répond au rire que tu ris, Et viens te regarder dans une eau singulière.
Elle occupe un bassin ovale et circonspecte; Nulle plume d'oiseau et nulle aile d'insecte Ne raie en le frôlant l'ébène du miroir,
Et, de sa transparence où sommeillent des ors, Tu verrais émerger d'entre son cristal noir Le Silence à mi-voix et l'Amour à mi-corps!