‹ La Comtesse de CharnyChapitre 102 sur 186 · 2 · 16

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Là, rien n’avait été préparé pour la réception de la famille royale, qui fut forcée de descendre dans une auberge.

Soit par ordre de Pétion, que le silence du roi et de la reine avait fort blessé pendant la route, soit que l’auberge fût réellement pleine, on ne trouva pour les augustes prisonniers que trois mansardes dans lesquelles ils s’installèrent.

En descendant de voiture, Charny, selon son habitude, avait voulu s’approcher du roi et de la reine pour prendre leurs ordres ; mais la reine, d’un seul coup d’œil, lui avait fait signe de se tenir à l’écart.

Sans savoir la cause de cette recommandation, le comte s’était empressé d’y obéir.

C’était Pétion qui était entré dans l’auberge, et qui s’était chargé des fonctions de maréchal des logis. Il ne se donna pas même la peine de redescendre et ce fut un garçon qui vint annoncer que les chambres de la famille royale étaient prêtes.

Barnave était assez embarrassé ; il mourait d’envie d’offrir son bras à la reine, mais il craignait que celle qui jadis avait si fort raillé l’étiquette dans la personne de madame de Noailles, ne l’invoquât lorsque lui, Barnave, y manquerait.

Le roi descendit le premier, s’appuyant au bras des deux gardes, messieurs de Malden et de Valory. Charny, on le sait déjà, sur un signe de Marie-Antoinette, s’était retiré un peu à l’écart.

La reine descendit ensuite, et tendit les bras pour qu’on lui donnât le dauphin ; mais, comme si le pauvre enfant eût senti le besoin que sa mère avait de cette flatterie :

— Non, dit-il, je veux rester avec mon ami Barnave.

Marie-Antoinette fit un signe d’assentiment accompagné d’un doux sourire.

Barnave laissa passer madame Élisabeth et madame Royale ; puis descendit tenant le dauphin dans ses bras.

Madame de Tourzel venait ensuite, n’aspirant qu’à reprendre son royal élève des mains indignes qui le tenaient ; mais un nouveau signe de la reine, calma l’aristocratique ardeur de la gouvernante des enfants de France.

La reine monta l’escalier, sale et tortueux, s’appuyant au bras de son mari.

Au premier étage, elle s’arrêta, croyant avoir assez fait en montant vingt marches ; mais la voix du garçon cria :

— Plus haut ! plus haut !

Et, sur cette invitation, la reine continua de monter.

La sueur de la honte perla sur le front de Barnave.

— Comment, plus haut ? demanda-t-il. — Oui, dit le garçon, ici, c’est la salle à manger et les appartements de Messieurs de l’Assemblée nationale.

Un éblouissement passa sur les yeux de Barnave. Pétion avait pris les appartements du premier pour lui et ses collègues, et il avait relégué la famille royale au second.

Cependant, le jeune député ne dit rien ; mais, craignant sans doute le premier mouvement de la reine lorsqu’elle verrait les chambres du second étage, destinées par Pétion à elle et à sa famille, en arrivant à ce second étage, Barnave déposa l’enfant sur le palier.

— Madame, Madame, dit le jeune prince s’adressant à sa mère, voilà mon ami Barnave qui s’en va ! — Il fait bien ! dit en riant la reine, qui venait de jeter un coup d’œil sur l’appartement.

Cet appartement, comme nous l’avons dit, se composait de trois petites pièces se commandant les unes les autres. La reine s’installa dans la première avec madame Royale ; madame Élisabeth prit la seconde pour elle, le dauphin et madame de Tourzel ; enfin, le roi prit la troisième, qui était un petit cabinet, ayant en retour une porte de sortie sur l’escalier.

Le roi était fatigué : il voulut, en attendant le souper, se jeter quelques instants sur son lit ; mais ce lit était si court, qu’au bout d’une minute il fut obligé de se lever, et, ouvrant la porte, demanda une chaise.

Messieurs de Malden et de Valory étaient déjà à leur poste sur les marches de l’escalier. Monsieur de Malden, qui se trouvait le plus à portée, descendit, prit une chaise dans la salle à manger et la monta au roi.

Louis XVI, qui avait déjà une chaise de bois dans son cabinet, accommoda cette seconde chaise que lui apportait monsieur de Malden pour en faire un lit à sa taille.

— Oh ! sire, dit monsieur de Malden en joignant les mains et en secouant douloureusement la tête, comptez-vous donc passer la nuit ainsi ?

— Certainement, Monsieur, dit le roi.

Puis il ajouta :

— D’ailleurs, si ce que l’on me crie aux oreilles de la misère de mon peuple est vrai, combien de mes sujets seraient heureux d’avoir ce petit cabinet, ce lit et ces deux chaises !

Et il s’étendit sur cette couche improvisée, préludant ainsi aux longues douleurs du Temple.

Un instant après, on vint annoncer à Leurs Majestés qu’elles étaient servies.

Le roi descendit et vit six couverts sur la table.

— Pourquoi ces six couverts ? demanda-t-il. — Mais, dit le garçon, un pour le roi, un pour la reine, un pour madame Élisabeth, un pour madame Royale, un pour monseigneur le dauphin, et un pour monsieur Pétion. Et pourquoi pas un aussi pour monsieur Barnave et un pour monsieur de Latour-Maubourg ? demanda le roi. — Ils y étaient, sire, répondit le gardien ; mais monsieur Barnave les a fait ôter. — Et il y a laissé celui de monsieur Pétion ? — Monsieur Pétion a exigé qu'il restât.

En ce moment, la figure grave, plus que grave, austère du député de Chartres parut dans l'encadrement de la porte.

Le roi fit comme s’il n’était pas là, et répondit au garçon :

— Je ne me mets à table qu’avec ma famille ; nous mangeons entre nous, ou avec les gens que nous invitons ; autrement, nous ne mangeons pas.

— Je savais bien, dit Pétion, que Votre Majesté avait oublié le premier article de la Déclaration des Droits de l’Homme, mais je croyais qu’elle aurait au moins l’air de s’en souvenir.

Le roi fit semblant de ne pas entendre Pétion, comme il avait fait semblant de ne pas le voir, et, d’un signe des yeux et des sourcils, il ordonna au garçon d’enlever le couvert.

Le garçon obéit ; Pétion sortit furieux.

— Monsieur de Malden, dit le roi, tirez la porte, afin que, autant que possible, nous soyons chez nous.

Monsieur de Malden obéit à son tour, et Pétion put entendre la porte qui se fermait derrière lui.

Le roi arriva ainsi à dîner en famille.

Les deux gardes du corps servirent comme d’habitude.

Quant à Charny, il ne parut point ; s’il n’était plus le serviteur, il était toujours l’esclave de la reine.

Mais il y avait des moments où cette obéissance passive à la reine blessait la femme ; ainsi, pendant tout le souper, Marie-Antoinette, impatiente, chercha des yeux Charny ; elle eût voulu qu’après lui avoir obéi un instant, il finît par lui désobéir.

Au moment où le roi, le souper terminé, remua sa chaise pour se lever de table, le salon s’ouvrit, et le garçon, entrant, pria, au nom de monsieur Barnave, Leurs Majestés de vouloir bien prendre l’appartement du premier à la place du leur.

Louis XVI et Marie-Antoinette se regardèrent. Fallait-il faire de la dignité, et repousser la courtoisie de l’un pour punir la grossièreté de l’autre ? Peut-être eût-ce été l’avis du roi ; mais le dauphin courut au salon en criant :

— Où est-il, mon ami Barnave ?

La reine suivit le dauphin, et le roi la reine.

Barnave n’était point au salon.

Du salon, la reine passa dans les chambres : il y en avait trois comme à l’étage supérieur.

On n’avait pu faire de l’élégance, mais on avait fait de la propreté : des bougies brûlaient dans des chandeliers de cuivre, c’est vrai, mais brûlaient à profusion.

Deux ou trois fois pendant la route la reine s’était écriée, en passant devant de beaux jardins garnis de fleurs : la chambre de la reine était garnie des plus belles fleurs d’été ; en même temps que les fenêtres ouvertes permettaient aux parfums trop acres de s’échapper, les rideaux de mousseline fermant l’ouverture de ces fenêtres s’opposaient à ce qu’un regard indiscret poursuivît chez elle l’auguste prisonnière.

C’était Barnave qui avait veillé à tout cela.

Elle soupira, la pauvre reine ! six ans auparavant, c’est Charny qui eût pris tous ces soins !

Au reste, Barnave eut la délicatesse de ne pas venir chercher un remerciement.

C’est encore là ce qu’eût fait Charny !

Comment un petit avocat de province avait-il les mêmes attentions et les mêmes délicatesses qu’aurait eues l’homme le plus élégant et le plus distingué de la cour ?

Il y avait certes là-dedans de quoi faire rêver une femme, cette femme fût-elle reine !

Aussi la reine rêva-t-elle à cet étrange mystère une partie de la nuit.

Pendant ce temps, que devenait le comte de Charny ?

Charny, nous l’avons vu, sur le signe que lui avait fait la reine, s’était retiré, et depuis ce moment n’avait pas reparu.

Charny, que son devoir enchaînait aux pas de Louis XVI et de Marie-Antoinette, était heureux que l’ordre de la reine, dont il ne chercha pas même la cause, lui eût donné un moment de solitude et de réflexion.

Il avait vécu si rapidement depuis trois jours ; il avait vécu tellement hors de lui-même, pour ainsi dire ; il avait tant vécu pour les autres, qu’il n’était pas fâché de laisser pendant quelques instants à elle-même la douleur d’autrui pour revenir à sa propre douleur.

Charny était le gentilhomme des anciens jours, l’homme de la famille surtout : il adorait ses frères, dont il était plutôt le père que le frère aîné.

Àla mort de Georges, sa douleur avait été grande ; mais au moins il avait pu, agenouillé près du cadavre dans cette petite et sombre cour de Versailles, répandre sa douleur avec ses larmes ; mais au moins il lui restait son second frère Isidore, sur lequel toute son affection s’était reportée ; Isidore, qui lui était devenu plus cher encore, si c’est possible, pendant les trois ou quatre mois qui avaient précédé son départ, et où le jeune homme lui avait servi d’intermédiaire près d’Andrée.

Nous avons tâché, sinon de faire comprendre, du moins de raconter ce singulier mystère de certains cœurs que la séparation anime au lieu de les refroidir, et qui puisent dans l’absence un nouvel aliment au souvenir qui les occupe.

Eh bien ! moins Charny voyait Andrée, plus il pensait à elle ; et penser de plus en plus à Andrée, pour Charny, c’était de plus en plus l’aimer.

En effet, quand il voyait Andrée, quand il était près d’Andrée, il lui semblait purement et simplement être près d’une statue de glace que le moindre rayon d’amour ferait fondre, et qui, retirée à l’ombre et en elle-même, craignait autant l’amour que, de glace véritablement, une statue craindrait le soleil ; il était en contact avec ce geste lent et froid, avec cette parole grave et contenue, avec ce regard muet et voilé ; derrière ce geste, derrière cette parole, derrière ce regard, il ne voyait, disons mieux, il n’entrevoyait rien.

Tout cela était blanc, pâle, laiteux comme l’albâtre, froid et terne comme lui.

C’était ainsi, sauf de rares intervalles d’animation amenés par des situations violentes, que lui était apparue Andrée pendant leurs dernières entrevues, et surtout pendant celle qu’il avait eue avec la malheureuse jeune femme, rue Coq-Héron, le soir où elle avait à la fois retrouvé et perdu son fils.

Mais, dès qu’il s’éloignait d’elle, la distance produisait son effet ordinaire, en éteignant les teintes trop vives, en estompant les contours trop arrêtés. Alors le geste lent et froid d’Andrée s’animait ; alors la parole grave et contenue d’Andrée devenait timbrée et sonore ; alors le regard muet et froid d’Andrée soulevait sa longue paupière et lançait une flamme humide et dévorante ; alors il semblait à Charny qu’un feu intérieur s’allumait au cœur de la statue, et qu’à travers l’albâtre de ses chairs il voyait circuler le sang et battre le cœur.

Ah ! c’était dans ces moments d’absence et de solitude qu’Andrée était la véritable rivale de la reine ! c’était dans l’obscurité fiévreuse de ces nuits que Charny croyait tout à coup voir s’ouvrir la muraille de sa chambre ou se soulever la tapisserie de sa porte, et s’approcher de son lit, les bras ouverts, les lèvres murmurantes, l’œil plein d’amour, cette statue transparente que le feu de son âme éclairait au dehors ; alors Charny, lui aussi, tendait les bras ; alors Charny appelait la douce vision ; alors Charny essayait de presser le fantôme sur son cœur… Mais, hélas ! le fantôme lui échappait ; il n’embrassait que le vide, et retombait dans la triste et froide réalité !

Isidore lui était donc devenu plus cher que ne l’avait jamais été Georges ; et, nous l’avons vu, le comte n’avait pas eu la sombre joie de pleurer sur le cadavre d’Isidore, comme il avait eu celle de pleurer sur le cadavre de Georges.

Tous deux, l’un après l’autre, étaient tombés pour cette femme fatale, pour cette cause pleine d’abîmes !

Pour la même femme et dans un abîme pareil, lui, Charny, tomberait certainement à son tour…

Eh bien ! depuis deux jours, depuis la mort de son frère, depuis cette dernière étreinte qui avait laissé ses habits teints de sang, ses lèvres tièdes du dernier soupir de la victime ; depuis cette heure à laquelle monsieur de Choiseul lui avait remis les papiers trouvés sur Isidore, à peine avait-il eu un instant à donner à cette grande douleur.

Ce signe de la reine qui lui avait indiqué de se tenir à l’écart, il l’avait donc reçu comme une faveur, accepté comme une joie.

Dès lors, il avait cherché un coin, un endroit, une retraite où, tout en demeurant à portée de venir au secours de la famille royale au premier appel, au premier cri, il pût néanmoins être bien seul avec sa douleur, être bien isolé avec ses larmes.

Il avait trouvé une mansarde située au haut du même escalier où veillaient messieurs de Malden et de Valory.

Une fois là, seul, enfermé, assis devant une table, éclairé par une de ces lampes de cuivre à trois becs, comme nous en retrouvons encore aujourd’hui dans quelques vieilles maisons de village, il avait tiré de sa poche les papiers ensanglantés, seules reliques qui lui restassent de son frère.

Puis, le front dans ses deux mains, les yeux fixés sur ces lettres où continuaient de vivre les pensées de celui qui n’était plus, il avait, pendant longtemps, laissé couler de ses joues sur la table des larmes pressées et silencieuses.

Enfin il poussa un soupir, releva et secoua la tête, prit et déplia une lettre.

Elle était de la pauvre Catherine.

Charny soupçonnait depuis plusieurs mois cette liaison d’Isidore avec la fille du fermier, lorsque, à Varennes, Billot s’était chargé de la lui raconter dans tous ses détails ; mais, seulement après le récit du fermier, il lui avait accordé toute l’importance qu’elle méritait de prendre dans son esprit.

Cette importance s’accrut encore à la lecture de la lettre ; alors, il vit ce titre de maîtresse rendu sacré par le titre de mère, et, dans les termes si simples où Catherine exposait son amour, toute la vie de la femme donnée en expiation de la faute de la jeune fille.

Il en ouvrit une seconde, puis une troisième ; c’étaient toujours les mêmes plans d’avenir, les mêmes espérances de bonheur, les mêmes joies maternelles, les mêmes craintes d’amante, les mêmes regrets, les mêmes douleurs, les mêmes repentirs.

Tout à coup, au milieu de ces lettres, il en vit une dont l’écriture le frappa.

L’écriture était d’Andrée.

Elle lui était adressée, à lui.

Àla lettre, un papier plié en quatre était attaché par un cachet en cire aux armes d’Isidore.

Cette lettre de l’écriture d’Andrée, adressée à lui, Charny, et retrouvée parmi les papiers d’Isidore, lui parut une chose si étrange, qu’il commença par ouvrir le billet annexé à la lettre avant d’ouvrir la lettre elle-même.

Le billet, écrit au crayon par Isidore, sans doute sur quelque table d’auberge et tandis qu’on lui sellait un cheval, contenait ces quelques lignes :

« Cette lettre est adressée, non point à moi, mais à mon frère, le comte Olivier de Charny ; elle est écrite par sa femme, la comtesse de Charny ; s’il m’arrivait malheur, celui qui trouverait ce papier est prié de le faire passer au comte Olivier de Charny, ou de le renvoyer à la comtesse.

« Je le tiens de celle-ci avec la recommandation suivante :

« Si, dans l’entreprise qu’il poursuit, le comte réussissait sans accident, rendre la lettre à la comtesse ;

« S’il était blessé grièvement, mais sans danger de mort, le prier d’accorder à sa femme la grâce de le rejoindre ;

« Enfin, s’il était blessé à mort, lui donner cette lettre, et, s’il ne peut la lire lui-même, la lui lire, afin qu’avant d’expirer, il connaisse le secret qu’elle contient.

« Si la lettre est renvoyée à mon frère, le comte de Charny, comme, sans doute, ce billet lui sera remis en même temps, il agira à l’égard des trois recommandations ci-dessus ainsi que sa délicatesse lui conseillera de le faire.

« Je lègue à ses soins la pauvre Catherine Billot, qui habite le village de Ville-d’Avray avec mon enfant.

« Isidore de Charny. »

D’abord, le comte parut entièrement absorbé par la lecture de ce billet de son frère ; ses larmes, un instant arrêtées, recommencèrent à couler avec la même abondance ; puis enfin ses jeux, encore voilés de pleurs, se portèrent sur la lettre de madame de Charny ; il la regarda longtemps, la prit, la porta à ses lèvres, l’appuya sur son cœur, comme si elle eut pu communiquer à ce cœur le secret qu’elle contenait, relut une fois encore, puis trois fois, la recommandation de son frère.

Puis, à demi voix et secouant la tête :

— Je n’ai pas le droit d’ouvrir cette lettre, dit-il ; mais je la supplierai tant elle-même qu’elle me laissera lire…
LA LETTRE D’ANDRÉE.

Et, comme pour s’encourager dans cette résolution, impossible à un cœur moins loyal que le sien, il répéta encore :

— Non, je ne la lirai pas !

En effet, il ne la lut point ; mais le jour le surprit assis à la même table, et dévorant du regard l’adresse de cette lettre, toute humide de son haleine, tant il l’avait pressée de fois contre ses lèvres.

Tout à coup, au milieu du bruit qui se faisait dans l’auberge, annonçant que le départ se préparait, on entendit la voix de monsieur de Malden, qui appelait le comte de Charny.

— Me voici ! répondit le comte.

Et, serrant dans la poche de son habit les papiers du pauvre Isidore, il baisa une dernière fois la lettre intacte, la mit, elle, sur son cœur, et descendit rapidement.

Il rencontra sur l’escalier Barnave, qui demandait des nouvelles de la reine, et qui chargeait monsieur de Valory de prendre ses ordres pour l’heure du départ.

Il était facile de voir que Barnave ne s’était pas plus couché et n’avait pas plus dormi que le comte Olivier de Charny.

Les deux hommes se saluèrent, et Charny eût certainement remarqué l’éclair de jalousie qui passa dans les yeux de Barnave en l’entendant s’informer lui-même de la santé de la reine, s’il eût pu se préoccuper d’autre chose que de cette lettre qu’il pressait du bras contre son cœur.

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