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Cette protestation que copiait madame Roland, nous allons savoir ce qu’elle contenait ; mais pour que le lecteur soit parfaitement au courant de la situation, et voie clair dans un des plus sombres mystères de la révolution, il faut d’abord qu’il passe avec nous par les Tuileries pendant la soirée du 15 juillet.
Derrière la porte d’un appartement donnant dans un corridor obscur et désert situé à l’entresol du palais, une femme se tenait debout, l’oreille tendue, la main sur la clé, tressaillant à chaque pas qui éveillait un écho dans les environs.
Cette femme, si nous ignorions qui elle est, il nous serait difficile de la reconnaître, car, outre l’obscurité qui, même en plein jour, règne dans ce corridor, la nuit est venue, et, soit hasard, soit préméditation, la mèche de l’unique quinquet qui y brûle est baissée, et semble près de s’éteindre.
L’ENTRE-SOL DES TUILERIES. De plus, la seconde chambre de l’appartement est seule éclairée, et c’est contre la porte de la première que cette femme attend, tressaille et écoute.
Quelle est cette femme qui attend ? Marie-Antoinette.
Qui attend-elle ? Barnave.
Mais, qu’on ne s’y trompe point, c’est dans un intérêt tout politique que la reine attend Barnave ; dans cette respiration suspendue, dans ces mouvements nerveux, dans cette main qui tremble en froissant la clé, le cœur n’est pour rien, et l’orgueil seul est intéressé.
Enfin, vers neuf heures et demie, un pas résonna dans l’escalier, une voix se fit entendre, échangeant quelques mots avec la sentinelle qui se tenait sur le palier, puis un jeune homme parut au bout du corridor, vêtu d’un habit de lieutenant de la garde nationale.
C’était Barnave.
La reine, le cœur palpitant, comme si cet homme eût été l’amant le plus adoré, tira la porte, et Barnave, après avoir regardé devant lui et derrière lui, se glissa par l’entre-bâillement.
La porte se referma aussitôt, et, avant aucune parole échangée, on entendit le grincement d’un verrou dans sa gâche.