Chapitre 8 Les voies de solution de la question juive
Il est faux de dire que, depuis deux mille ans, une solution s’impose au problème juif. Le fait même qu’au cours de cette longue période une telle solution n’a pu être trouvée, prouve le mieux sa non-nécessité. Le judaïsme était un facteur indispensable à la société précapitaliste. Il en était un organisme essentiel. C’est ce qui explique son existence bimillénaire dans la Diaspora. Le Juif était un personnage aussi caractéristique de la société féodale que le seigneur et le serf. Ce n’est pas par hasard que c’est un élément étranger qui a joué le rôle de « capital » dans la société féodale. La société féodale, en tant que telle, ne pouvait pas former d’élément capitaliste ; au moment où elle a pu le faire, elle a commencé précisément à ne plus être féodale. Ce n’est pas non plus par hasard que le Juif est resté étranger au milieu de la société féodale. Le « capital » propre à la société précapitaliste vit en dehors de son système économique. Du moment que le capital commence à sortir des entrailles de ce système social et remplace ainsi l’organe emprunté, le Juif s’efface en même temps que la société féodale cesse d’être féodale.
C’est le capitalisme moderne qui a posé le problème juif. Non pas parce que les Juifs comptent actuellement près de 20 millions d’individus (le pourcentage des Juifs par rapport aux non Juifs a même fortement baissé depuis l’époque romaine), mais parce que le capitalisme a détruit les bases séculaires de l’existence du judaïsme. Il a détruit la société féodale et avec elle la fonction du peuple-classe juif. L’histoire a condamné ce peuple-classe à la disparition ; c’est ainsi que fut posé le problème juif. Le problème juif est celui de l’adaptation du judaïsme à la société moderne, le problème de la liquidation de l’héritage légué à l’humanité par le féodalisme.
Durant des siècles, le judaïsme a constitué un organisme social au sein duquel les éléments sociaux et nationaux s’interpénétraient profondément. Les Juifs sont loin de constituer une race ; au contraire, c’est probablement un des mélanges raciaux les plus caractéristiques, les plus prononcés. Cela n’empêche que, dans cet alliage, l’élément asiatique est très marquant, suffisamment marquant en tout cas pour différencier le Juif au milieu des nations occidentales où il se trouve le plus répandu. Ce « fond » national réel est complété par un fond imaginaire, poétique, constitué par la tradition séculaire qui rattache le Juif actuel à ses lointains « ancêtres » de l’époque biblique. C’est sur cette base nationale que par la suite est venu se greffer le fond de classe, la psychologie mercantile. Les éléments nationaux et sociaux se sont mêlés au point de s’interpénétrer complètement. Il sera difficile de déceler chez le Juif polonais, dans son « type », la part héritée de ses ancêtres et la part empruntée à la fonction sociale qu’il exerce dans ce pays depuis des siècles. On peut admettre que la base sociale a depuis longtemps gagné en importance sur le fond national. De toute façon, si l’élément social est venu s’ajouter à l’élément national, ce dernier n’a pu subsister que grâce au premier. C’est grâce à sa situation sociale et économique que le Juif a pu se « conserver ».
Le capitalisme a posé le problème juif, c’est-à-dire qu’il a détruit les bases sociales sur lesquelles le judaïsme s’était maintenu depuis des siècles. Mais le capitalisme n’a pas résolu le problème juif, car il n’a pas pu absorber le Juif libéré de son écorce sociale. La décadence du capitalisme a suspendu les Juifs entre ciel et terre. Le marchand « précapitaliste » juif a en grande partie disparu, mais son fils n’a pas trouvé de place dans la production moderne. La base sociale du judaïsme s’est effondrée ; le judaïsme est devenu en grande partie un élément déclassé. Le capitalisme a non seulement condamné la fonction sociale des Juifs, il a condamné aussi les Juifs eux-mêmes.
Les idéologues petits-bourgeois sont toujours enclins à ériger un phénomène historique en catégorie éternelle. Pour eux, la question juive est fonction de la Diaspora ; seule la concentration des Juifs en Palestine pourrait la résoudre.
Cependant, c’est pur enfantillage que de ramener la question juive à une question territoriale. La solution territoriale n’a de sens que si elle signifie la disparition du judaïsme traditionnel, la pénétration des Juifs dans l’économie moderne, la « productivisation » des Juifs. Par une voie détournée, le sionisme revient ainsi aux solutions préconisées par ses pires ennemis : les « assimilateurs » conséquents. Pour les uns comme pour les autres, il s’agit de faire disparaître l’héritage « maudit » du passé, de faire des Juifs des ouvriers, des agriculteurs, des intellectuels productifs. L’illusion du sionisme ne consiste pas dans sa volonté d’arriver à ce résultat ; c’est là une nécessité historique qui se fraiera le chemin tôt ou tard. Son illusion consiste à croire que les difficultés insurmontables qu’oppose le capitalisme décadent à ces tâches, disparaîtront comme par enchantement en Palestine. Mais si les Juifs n’ont pas pu trouver de place dans l’économie dans la Diaspora, les mêmes causes empêcheront que cela se fasse en Palestine. Le monde constitue une telle entité à l’époque actuelle, que c’est pure folie d’y entreprendre de constituer un îlot à l’abri de ses tempêtes. C’est pourquoi la faillite de « l’assimilation doit forcément être accompagnée de la faillite du sionisme ». A l’époque où le problème juif prend l’allure d’une immense tragédie, la Palestine ne peut constituer qu’un faible palliatif. Dix millions de Juifs se trouvent dans un immense camp de concentration. Quel remède peut apporter à ce problème la création de quelques colonies sionistes ?
Donc, ni assimilation ni sionisme ? Pas de solution alors. Non, il n’y a pas de solution à la question juive en régime capitaliste, comme il n’y a pas de solution aux autres problèmes qui se posent à l’humanité sans de profonds bouleversements sociaux. Les mêmes causes qui ont rendu illusoire l’émancipation juive, rendent impossible la réalisation du sionisme. Sans éliminer les causes profondes de la question juive, on ne pourra pas en éliminer les effets.
Le ghetto, la rouelle ont reparu. Symboles aussi du destin tragique vers lequel est acheminée l’humanité. Mais l’exacerbation même de l’antisémitisme prépare les voies à sa disparition. L’éviction des Juifs constitue momentanément une sorte d’espace vital pour la petite bourgeoisie. L’« aryanisation » permit de caser quelques dizaines de milliers d’intellectuels et petits-bourgeois inoccupés. Mais en s’attaquant aux causes apparentes de leurs misères, les petits-bourgeois n’ont fait que renforcer l’action de ses causes réelles. Le fascisme accélère le processus de prolétarisation des classes moyennes. Après les petits-bourgeois juifs, des centaines de milliers de commerçants et d’artisans ont été expropriés et prolétarisés. La concentration capitaliste a fait des progrès gigantesques. « L’apparente amélioration de la situation économique » ne s’est effectuée qu’au prix de la préparation de la deuxième guerre impérialiste, cause de destructions et de massacres formidables.
Ainsi le sort tragique du judaïsme reflète avec une particulière acuité la situation de toute l’humanité. Le déclin du capitalisme signifie pour les Juifs le « retour au ghetto », alors que les bases du ghetto ont disparu depuis longtemps avec les fondements de la société féodale. Pour toute l’humanité également, le capitalisme barre aussi bien le chemin du passé que la route de l’avenir. Seule, la destruction du capitalisme peut permettre à l’humanité de mettre à profit les immenses acquisitions de l’ère industrielle.
Peut-on s’étonner que les masses juives, qui ressentent les premières, et avec une acuité particulière, les contradictions du capitalisme, aient fourni des forces abondantes pour la lutte socialiste et révolutionnaire ? A différentes reprises, Lénine souligna l’importance des Juifs pour la révolution non seulement en Russie, mais aussi dans d’autres pays. Lénine exprima aussi l’idée que la fuite d’une partie de la population juive à l’intérieur de la Russie, par suite de l’occupation des régions industrielles de l’Ouest, avait été très utile pour la révolution, de même que l’apparition pendant la guerre, dans les villes russes, d’un grand nombre d’intellectuels juifs. Ils permirent aux bolcheviks de briser le sabotage général auquel ils se heurtèrent partout au lendemain de la Révolution et qui était très dangereux. Par là, ils aidèrent les bolcheviks à surmonter une phase très critique[274]. Le pourcentage élevé des Juifs dans le mouvement prolétarien n’est que le reflet de la situation tragique du judaïsme, à notre époque. Les facultés spirituelles des Juifs, fruit du passé historique du judaïsme, sont ainsi d’un appoint sérieux au mouvement prolétarien.
C’est là aussi certainement une dernière raison, et non pas la moins importante, de l’antisémitisme moderne. Les classes dirigeantes persécutent avec un sadisme particulier les intellectuels et les ouvriers juifs qui ont fourni une masse de combattants au mouvement révolutionnaire. Isoler complètement les Juifs des sources de la culture et de la science devient indispensable au régime décadent qui les persécute. La légende ridicule du « marxisme juif » n’est qu’une manifestation caricaturale des liens qui existent effectivement entre le socialisme et les masses juives.
Jamais la situation des Juifs n’a été aussi tragique. Aux pires époques du Moyen Age, des contrées entières s’ouvraient pour les recevoir. Actuellement, le capitalisme, qui domine l’Univers entier, leur rend la Terre inhabitable. Jamais le mirage d’une Terre promise n’a tant hanté les masses juives. Mais jamais une Terre promise ne fut moins en mesure qu’à notre époque de résoudre la question juive.
Mais le paroxysme même qu’atteint le problème juif aujourd’hui, donne aussi la clef de sa solution. Jamais la situation des Juifs n’a encore été aussi tragique ; mais jamais elle n’a été aussi près de cesser de l’être. Aux siècles passés, la haine des Juifs avait une base réelle dans l’antagonisme social qui les opposait aux autres classes de la population. Actuellement, les intérêts des classes juives sont liés étroitement aux intérêts des masses populaires du monde entier. En persécutant les Juifs comme « capitalistes », le capitalisme fait d’eux des parias complets. Les persécutions féroces contre le judaïsme mettent précisément à nu la bestialité stupide de l’antisémitisme, détruisent les restes de préventions que nourrissent contre eux les classes laborieuses. Les ghettos et les loques jaunes n’empêchent pas les ouvriers d’éprouver une solidarité grandissante à l’égard de ceux qui souffrent le plus des maux dont souffre toute l’humanité.
Et l’explosion sociale la plus formidable qu’aura vue le monde prépare enfin la libération des parias les plus persécutés de notre planète. Quand le peuple des fabriques et des champs aura enfin secoué la tutelle des capitalistes, quand devant l’humanité libérée s’ouvrira un avenir de développement illimité, les masses juives pourront apporter une contribution qui ne sera pas négligeable à l’élaboration d’un monde nouveau.
Cela ne veut pas dire que le socialisme, mû par un coup de baguette magique, fera disparaître toutes les difficultés qui entravent la solution de la question juive. L’exemple de l’U.R.S.S. montre que, même après la révolution prolétarienne, la structure spécifique du judaïsme, héritage de l’histoire, donnera lieu à un certain nombre de difficultés, surtout pendant les périodes de transition. Ainsi, pendant la N.E.P., les Juifs de Russie, utilisant leur expérience traditionnelle du commerce, ont fourni des cadres nombreux à la nouvelle classe bourgeoise.
D’autre part, la grande masse des petits commerçants et des petits artisans juifs a beaucoup souffert au début de la dictature prolétarienne. Ce n’est que plus tard, avec les succès du plan quinquennal, que les Juifs ont pénétré en masse dans l’économie soviétique. En somme, malgré certaines difficultés, l’expérience a été concluante : des centaines de milliers de Juifs sont devenus des ouvriers et paysans. Le fait que les employés et les fonctionnaires forment un pourcentage assez important des salariés juifs ne doit pas être considéré comme un indice inquiétant. Le socialisme n’a aucun intérêt à ce que les Juifs embrassent tous des professions manuelles. Au contraire, les facultés intellectuelles des Juifs doivent être mises largement à contribution.
Il s’est donc avéré que, même dans les conditions relativement difficiles d’un pays arriéré, le problème juif peut être résolu par le prolétariat. Les Juifs ont pénétré en masse dans l’économie russe. La « productivisation » des Juifs s’est accompagnée de deux processus parallèles : l’assimilation et la concentration territoriale. Là où les Juifs ont pénétré dans l’industrie, ils s’assimilent rapidement. Déjà en 1926, 40 % à peine des mineurs juifs du bassin du Donetz parlaient le yiddish. Cependant les Juifs vivent sous le régime de l’autonomie nationale ; ils possèdent des écoles particulières, une presse yiddish, des tribunaux autonomes. Mais les nationalistes juifs ne cessent de déplorer l’abandon de ces écoles et de cette presse. Seulement, là où des masses juives assez denses ont été envoyées comme colons, particulièrement au Birobidjan, on assiste à une sorte de « renaissance nationale[275] ».
La vie même montre donc que le problème qui divise si âprement le judaïsme : assimilation ou concentration territoriale, n’est essentiel que pour les rêveurs petits-bourgeois. Les masses juives ne souhaitaient que la fin de leur martyre. Cela, seul le socialisme peut le leur donner. Mais le socialisme doit donner aux Juifs, aussi bien qu’il le fera pour tous les peuples, la possibilité de s’assimiler comme la possibilité d’avoir une vie nationale particulière.
La fin du judaïsme ? Certes. Malgré leur opposition irréductible en apparence, assimilateurs et sionistes s’accordent à combattre le judaïsme tel que l’a connu l’histoire, le judaïsme mercantile de la Diaspora, le peuple-classe. Les sionistes ne cessent de répéter qu’il s’agit de créer en Palestine un nouveau type de Juif, entièrement différent de celui de la Diaspora. Ils rejettent même avec horreur la langue et la culture du judaïsme de la Diaspora. Au Birobidjan, en Ukraine et dans le bassin du Donetz, le vieil homme se dépouille aussi de sa défroque séculaire. Le peuple-classe, le judaïsme historique, est définitivement condamné par l’histoire. Le sionisme, malgré toutes ses prétentions traditionnelles, n’aboutira pas à une « renaissance nationale », mais tout au plus à une « naissance nationale ». Le « nouveau Juif » ne ressemble ni à son frère de la Diaspora, ni à son ancêtre de l’époque de la chute de Jérusalem. Le jeune Palestinien, tout fier de parler la langue de Bar Kokheba, n’aurait probablement pas été compris par ce dernier ; en effet, à l’époque romaine, les Juifs parlaient couramment araméen et grec, mais ils n’avaient que de très vagues notions de l’hébreu. D’ailleurs, le néo-hébreu, par la force des choses, s’éloigne de plus en plus du langage de la Bible. Tout contribuera à éloigner le Juif palestinien du judaïsme de la Diaspora. Et lorsque, demain, les barrières et les préventions nationales commenceront à tomber en Palestine, qui peut douter qu’un rapprochement fécond ne s’opère entre travailleurs arabes et juifs, ce qui aura pour effet de les fusionner partiellement ou totalement.
Le judaïsme « éternel », qui n’a d’ailleurs jamais été qu’un mythe, disparaîtra. Il est puéril de poser en antinomie l’assimilation et la « solution nationale ». Même dans les pays où se seront créés éventuellement des foyers nationaux juifs, on assistera soit à la création d’une nouvelle nationalité juive complètement différente de l’ancienne, soit à la formation de nouvelles nations. D’ailleurs, même dans le premier cas, à moins de chasser les populations déjà établies dans le pays ou de renouveler les rigoureuses prescriptions d’Esdras et de Néhémie, cette nouvelle nationalité ne manquera pas de subir l’influence des anciens habitants du pays.
Le socialisme, dans le domaine national, ne peut qu’apporter la démocratie la plus large. Il doit donner aux Juifs la possibilité de vivre une vie nationale dans tous les pays où ils habitent ; il doit également leur fournir la possibilité de se concentrer sur un ou plusieurs territoires sans léser naturellement les intérêts des indigènes. Seule, la plus large démocratie prolétarienne peut permettre de résoudre le problème juif avec le minimum de souffrances.
Il est évident que le rythme de la solution du problème juif dépend du rythme général de l’édification socialiste. L’antinomie entre l’assimilation et la solution nationale n’est que toute relative, la dernière n’étant souvent que la préface de la première. Historiquement, toutes les nations existantes sont les produits de diverses fusions de races et de peuples. Il n’est pas exclu que de nouvelles nations, formée de la fusion ou même de l’éparpillement des nations actuellement existantes, ne se créent. Quoi qu’il en soit, le socialisme doit se borner, dans ce domaine, à « laisser agir la nature ».
Il reviendra d’ailleurs ainsi, dans un certain sens, à la pratique de la société précapitaliste. C’est le capitalisme qui, par le fait qu’il a fourni une base économique au problème national, a aussi créé des antagonismes nationaux irréductibles. Avant l’époque capitaliste, Slovaques, Tchèques, Allemands, Français vivaient en parfaite intelligence. Les guerres n’avaient pas de caractère national ; elles intéressaient seulement les classes possédantes. La politique d’assimilation forcée, de persécution nationale était inconnue aux Romains. C’est pacifiquement que des peuples barbares se laissaient romaniser ou helléniser. Aujourd’hui, les antagonismes nationaux culturels et linguistiques ne sont que la manifestation des antagonismes économiques créés par le capitalisme. Avec la disparition du capitalisme, le problème national perdra toute son acuité. S’il est prématuré de parler d’une assimilation mondiale des peuples, il est évident que l’économie planifiée, étendue à l’échelle de la Terre, aura pour effet de rapprocher considérablement tous les peuples de l’Univers. Cependant, il serait peu indiqué de hâter cette assimilation par des moyens artificiels ; rien ne pourrait lui nuire davantage. On ne peut pas encore prévoir nettement quels seront les « rejetons » du judaïsme actuel ; le socialisme veillera à ce que la « génération » ait lieu dans les meilleures conditions possibles.
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[1] J. Bédarride, Les Juifs en France, en Italie et en Espagne… , Paris 1859.
[2] Ben Adir, article sur l’antisémitisme in Algemeine yidishe Enzyklopedie (en yiddish).
[3] Karl Marx, La question juive (dans Œuvres philosophiques, trad. J. Molitor, t. I, Paris, Costes, 1927), pp. 205 et 209.
[4] Karl Marx, idem, p. 173.
[5] A. Ruppin, Les Juifs dans le monde moderne, Paris, Payot, 1934.
[6] Flavius Josèphe, Guerre des Juifs, II, XVI, 398, trad. fr. R. Harmand (dans Œuvres complètes de Fl. Josèphe, t. V, Paris, 1912, pp. 205 s.).
[7] « Tout d’abord nous ne connaissons aucune puissance hostile qui ait contraint notre peuple à se répandre dans toute l’Asie Mineure, en Macédoine et en Grèce. » Rabbin Levi Herzfeld, Handelsgeschichte der Juden des Altertums, Braunschweig, 1879 ; 2° éd., 1894, p. 203.
[8] Karl Kautsky, dans Die Neue Zeit.
[9] A. Lods, Israël, des origines au milieu du VIII° siècle, Paris, 1930, p. 22.
[10] L. Brentano, Die Anfänge des modernen Kapitalismus,München, 1916, p. 15.
[11] R. Herzfeld, op. cit., p. 203.
[12] Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, 2° éd., Paris-Bruxelles, 1937, p. 3.
[13] Th. Mommsen, Histoire romaine, trad. fr. de Guerle, Paris 1882, tome VII, p. 275.
Werner Sombart, dans son œuvre de valeur tellement inégale (Les Juifs et la vie économique, trad. fr., Paris, 1923), où les pires absurdités voisinent avec des recherches pleines d’intérêt, dit : « Je trouve dans la religion juive les mêmes idées-forces que celles qui caractérisent le capitalisme. » Cette affirmation est juste, à condition de sous-entendre par capitalisme, le commerce et l’usure « précapitalistes ». Nous verrons plus loin qu’il est faux d’attribuer aux Juifs une part prépondérante dans la construction du capitalisme moderne [voir chapitre IV]. A l’appui de sa thèse, Sombart cite une quantité d’extraits du Talmud et d’autres livres religieux juifs qui reflètent cette proche parenté de la religion juive et de l’esprit commercial. Voici, à titre d’exemple, quelques-unes de ces citations :
« Un homme qui aime la joie, l’huile et le vin, ne devient pas riche. » (Proverbes, 21 ; 17).
« Tu prêteras à tous les peuples et tu n’emprunteras à personne. (Deutéronome, 15 ; 6).
« La richesse ornera la maison du sage et la pauvreté celle du méchant. »
R. Eleazar disait : « Le juste aime mieux son argent que son corps. »
Et R. Itshak remarqua encore ceci : « Que l’homme ait toujours son argent en usage. »
Il est naturellement difficile d’obtenir une vue d’ensemble du fouillis de textes écrits et commentés à des époques et dans des contrées différentes. L’empreinte de l’esprit commercial se remarque cependant nettement dans la plupart de ces écrits. Le travail de Sombart n’est, dans ce sens, que l’illustration de cette thèse marxiste que la religion constitue le reflet idéologique d’une classe sociale. Mais Sombart, comme d’autres savants bourgeois, s’efforce d’intervertir la relation causale : c’est la religion qui aurait été le facteur primaire.
[14] Henri Laurent, « Religion et affaires » in Cahiers du libre examen (Bruxelles, 1938). Aristote dit dans sa Politique :
« C’est avec beaucoup de raison qu’on a une grande aversion pour l’usure parce qu’elle procure une richesse provenant de la monnaie elle-même et qui n’est plus appliquée à l’emploi pour lequel on se l’était procurée. On ne l’avait créée que pour l’échange, tandis que l’usure la multiplie elle-même. L’intérêt est l’argent de l’argent et c’est de toutes les acquisitions la plus contraire à la nature. »
« Les citoyens ne doivent exercer ni les arts mécaniques ni les professions mercantiles ; car ce genre de vie a quelque chose de vil et est contraire à la vertu. » (Politique, I, 10, 1258b ; VII, 9, 1328b).
[15] Contrairement à l’avis de plusieurs historiens, l’économie antique, malgré un développement assez important des transactions commerciales, était essentiellement basée sur la production des valeurs d’usage.
« L’industrie de famille, c’est celle qui règne non seulement dans les sociétés primitives mais même dans celles de l’Antiquité et se prolonge jusque dans la première période du Moyen Age. Les hommes sont divisés par petits groupes autonomes au point de vue économique, en ce sens qu’ils se suffisent à eux-mêmes, ne consommant guère que ce qu’ils ont produit et ne produisant guère que ce qu’ils doivent consommer. L’échange et la division du travail n’existent qu’à l’état embryonnaire. » (Charles Gide, Principes d’Economie politique, 6° édition, Paris, 1898, p. 165).
[16] J. Juster, Les Juifs dans l’Empire romain, Paris, 1914, p. 125.
[17] Henri Laurent, « Religion et affaires », Cahiers du libre examen (Bruxelles, 1938).
[18] « Le paysan et le seigneur du Moyen Age ne sont pas producteurs de marchandises. Il est vrai qu’ils échangent leurs excédents à l’occasion, mais l’échange est pour eux quelque chose de fondamentalement étranger, une exception. Ainsi, ni le seigneur ni le paysan ne possèdent en général de grandes sommes d’argent. La plus grande partie de leur richesse consiste en valeur d’usage, en froment, en bétail, etc. Circulation des marchandises, circulation du capital-argent, l’économie monétaire en général, est au fond étrangère à cette forme de société. Le capital vit, d’après l’expression claire de Marx, dans les pores de cette société. C’est dans ces pores que s’introduit le Juif. » Otto Bauer, Die Nationalitätenfrage und die Sozialdemokratie, Wien, 1907.
[19] Pirenne dit au sujet de la conservation du caractère national chez les Allemands habitant les pays slaves, ce qui suit : «Le motif principal (de cette conservation) est sans doute qu’ils furent chez les Slaves les initiateurs et durant de longs siècles les représentants par excellence de la culture urbaine. Les Allemands ont introduit chez les peuples agricoles la bourgeoisie et c’est peut-être plus encore comme classe sociale que comme groupe national qu’ils ont, dès le début, contrasté avec eux.» Henri Pirenne, Histoire de l’Europe, Bruxelles, 1936, p. 248.
[20] Augustin Thierry, Histoire de la conquête de l’Angleterre par les Normands (1825).
[21] Comme les cloisons entre les diverses classes sont étanches à l’époque précapitaliste, il arrive très souvent que les différences nationales persistent très longtemps. Elles se manifestent avant tout dans la diversité linguistique. La langue du peuple conquis était dégradée au rôle d’un parler populaire méprisé et la langue des conquérants devenait la langue des gens de «bonne société». En Angleterre, durant de longs siècles, l’aristocratie normande continuait à se servir du français, tandis que le peuple s’exprimait en saxon. C’est de la fusion de ces deux langues que s’est formé l’anglais moderne. A la longue, les différences linguistiques s’estompaient. Les Burgondes, les Francs et les autres barbares n’ont pas tardé à parler la langue de leurs sujets. Par contre, les conquérants arabes ont imposé la leur aux peuples conquis. Ces différences linguistiques entre classes ne disparaissent complètement qu’avec l’avènement de la bourgeoisie au pouvoir. K. Kautsky, Rasse und Judentum, p. 26.
Ludwig Gumplowicz dit par ailleurs : « … certaines classes (celle des seigneurs, celle des paysans, celle des commerçants) diffèrent entre elles par la nature des éléments ethniques qui se sont rencontrés pour former chacune d’elles… La différence entre ces classes se maintient facilement parce que, étant à la fois anthropologique et morale, elle permet aux classes et castes de se former sur elles-mêmes et de s’isoler les unes par rapport aux autres. » L. Gumplowicz, Précis de sociologie, trad. fr., 1894, p. 227.
[22] « Le capitalisme juif était un capitalisme spéculatif de parias ; le capitalisme puritain s’identifiait à l’organisation bourgeoise du travail. » (Max Weber.)
Certes, la correspondance entre classe et religion n’est pas parfaite. Tous les gentilhommes ne sont pas catholiques et tous les bourgeois n’adhèrent pas au calvinisme. Mais les classes donnent leur empreinte à la religion. Ainsi, « la révocation de l’Edit de Nantes a fait fuir, à la fin du XVII°, siècle peut-être 100.000 protestants, presque tous d’ailleurs habitants des villes et appartenant aux classes industrielles et marchandes (les paysans huguenots convertis seulement en apparence n’ont guère quitté le royaume) ». H. Sée, La France économique et sociale au XVIII° siècle, 3° éd, Paris, 1939, p. 15.
[23] Karl Marx, Le Capital, trad. fr., t. I, Paris, Ed. Sociales, 1950, p. 91, etc.
[24] Sauf chez une peuplade mongole (les Khazars) des bords de la mer Caspienne, qui adopta au VIII° siècle le culte israélite. Y a-t-il un rapport entre la fonction commerciale de cette peuplade et sa conversion au judaïsme ?
[25] Henri Pirenne, Les anciennes démocraties des Pays-Bas, Paris, 1910.
[26] Conférence de S. M. Doubnov à la réunion de la Société historique ethnographique de Saint-Pétersbourg (cf. son article dans la revue Voshod,n° 12, 1894, en russe).
[27] Déjà, au V° siècle avant J.-C. les Juifs de la Diaspora parlent l’araméen. Plus tard, ils se servent surtout du grec : «Les épitaphes des cimetières juifs de Rome sont surtout grecques, rédigées dans un jargon à peine compréhensible. Certaines sont latines ; aucune n’est hébraïque. » L. Friedländer, Darstellungen aus der Sittengeschichte Roms, II, 519.
[28] Il serait intéressant de rechercher pourquoi les Juifs vivant dans les pays slaves, ont conservé si longtemps le dialecte germanique (yiddish).
[29] A. Ruppin, Les Juifs dans le monde moderne, Paris, 1934, p. 265.
[30] Idem., p. 136.
[31] Idem., p. 136.
[32] A l’époque du développement du capitalisme, du XIV° au XIX°, siècle, l’assimilation signifiait généralement en Europe occidentale, la pénétration dans la classe capitaliste chrétienne. La pénétration des Juifs dans la classe capitaliste peut être comparée à la transformation en capitalistes des propriétaires féodaux. Ici aussi, la lutte de la bourgeoisie contre le féodalisme se termine, dans certains cas, par l’expropriation totale de la classe féodale (France) ou par la pénétration des féodaux dans la classe capitaliste (Angleterre, Belgique). Le développement capitaliste a des effets semblables pour les Juifs. Dans certains cas, ils doivent s’assimiler ; dans d’autres, ils sont éliminés.
[33] En règle générale, les persécutions contre les Juifs avaient un caractère social. Mais le retard de l’idéologie par rapport à l’infrastructure sociale, peut aussi expliquer certaines persécutions purement religieuses. Dans certaines régions, les Juifs purent conserver assez longtemps leur religion particulière, tout en s’étant transformés en agriculteurs. Les persécutions auront pour but, dans ce cas, de hâter leur conversion. Ce qui distingue les persécutions religieuses des persécutions sociales (sous déguisement religieux) c’est leur caractère moins violent et le peu de résistance des Juifs. Ainsi, il semble que dans l’Espagne wisigothique, les Juifs furent en partie agriculteurs. Aussi, les rois wisigoths n’avaient jamais songé à les expulser, comme le firent plus tard Ferdinand et Isabelle. Les persécutions purement religieuses doivent être considérées comme exceptionnelles.
[34] Werner Sombart, L’apogée du capitalisme, trad. fr., Paris, 1932, p. 430.
[35] « L’épanouissement économique des principaux pays européens dans le dernier quart du XIX° siècle arrête ce flot d’émigration, mais bientôt monta la deuxième vague composée principalement d’émigrants des pays agraires de l’Europe. » Wl. Woytinski, Tatsachen und Zahlen Europas, Wien, 1930, p. 60..
[36] C’est probablement la prospérité commerciale de la Palestine qui la fit apparaître aux yeux des Israélites comme le pays « de miel et de lait ». Il est probable que l’invasion israélite a porté un coup grave au commerce palestinien. Mais avec le temps, les Israélites ont repris à leur compte les relations profitables avec les pays du Nil et de l’Euphrate.
[37] C’est donc, dès le début, une situation géographique et historique spécifique qui détermina le caractère commercial des Phéniciens et des Juifs. Il est évident que seuls la proximité des centres de civilisation pourvus d’une industrie relativement importante et le voisinage de pays produisant déjà en partie pour l’échange pouvaient permettre le développement des peuples spécifiquement commerçants comme les Phéniciens et les Juifs. C’est à côté des premiers grands centres de la civilisation que se développèrent les premiers grands peuples commerçants.
[38] E. C. Movers, Die Phönizier, Bonn, 1841-1856, p. 17.
[39] «Déjà avant l’arrivée des Israélites au Canaan, le commerce s’y trouvait à un haut degré de développement. Dans les lettres datant du XV° siècle avant J.-C., on parle de caravanes traversant Tell-el-Amarna. D F. Bühl, Die sozialen Verhältnisse der Israeliten, Berlin, 1899, p. 76.
[40] Movers, op. cit., p. 19.
[41] Movers, op. cit., p. 18.
[42] Movers : « Par leur infatigable ardeur commerciale et leur indestructible esprit d’entreprise, les Phéniciens s’étaient acquis le nom d’un peuple commercial auquel n’avait pu se comparer aucun peuple antique. C’est plus tard seulement, au Moyen Age, que ce nom, avec toutes les mauvaises notions qui s’y attachaient, passa à leurs voisins et héritiers commerciaux, les Juifs de la Diaspora. » op. cit., p. 26.
[43] J. Toutain, L’Economie antique, Paris, 1927, pp. 24-25.
[44] Ces « marins grecs » semblent avoir été surtout des métèques, des étrangers établis en Grèce. Le rôle commercial des Phéniciens avait été lié au développement des civilisations égyptienne et assyrienne ; l’essor de la civilisation hellénique eut pour résultat la prospérité commerciale des métèques.
[45] Toutain, op. cit., p. 40.
[46] Toutain, op. cit., p. 68.
[47] J. Hasebroek, Staat und Handel im alten Griechenland, Tübingen, 1928, p. 112.
[48] Hasebroek, op. cit., p. 78. La production des valeurs d’usage demeure le fondement de l’économie. Tout ce qu’on peut admettre, c’est que la production pour l’échange, a pris en Grèce le maximum d’extension rendue possible par le mode de production antique.
[49] Pierre Roussel, La Grèce et l’Orient, Paris, 1928 (coll. Halphen et Sagnac, II), p. 301. Voir aussi M. Clerc, Les Métèques athéniens, Paris, 1893, p. 396 : « Le commerce maritime était, en effet, en grande partie entre les mains des métèques. » et H. Francotte, L’industrie dans la Grèce ancienne, Bruxelles, 1900, I, p. 192 : « Le commerce maritime à Athènes paraît surtout dans les mains des étrangers. ».
[50] « On ne peut pas plus parler de la commercialisation du monde que de son industrialisation. Le caractère agraire de l’économie est prédominant même au IV° siècle… » Hasebroek, op. cit., p. 101.
[51] « On ne peut pas plus parler de la commercialisation du monde que de son industrialisation. Le caractère agraire de l’économie est prédominant même au IV° siècle… » Hasebroek, op. cit., p. 101.
[52] « Tout rapprochement entre les ports de la Grèce antique et les places modernes de Gênes et de Marseille, ne peut que provoquer le scepticisme ou le sourire. Cependant le spectacle donné par cet échange, ces transports, ces allées et venues de marchandises, était alors nouveau en Méditerranée, il différait profondément par son intensité et par sa nature, de celui qu’avait offert le commerce phénicien, simple colportage maritime, plutôt qu’un véritable négoce. » Toutain, op. cit., p. 84.
[53] C. Autran, Phéniciens, Paris, 1920, p. 51.
[54] L. Brentano, Das Wirtschaftsleben des antiken Welt, Jena, 1929, p. 79.
[55] A. Causse, Les Dispersés d’Israël, Paris, 1929, p. 7.
[56] A. Causse, Les Dispersés d’Israël, p. 54.
[57] Esdras, I, 6.
[58] Jüdisches Lexikon, Berlin, 1927, ss., art. « Eléphantine ».
[59] A. Causse, Les Dispersés d’Israël, p. 79.
[60] Second livre des Macchabées, III, 6.
[61] Eduard Meyer, Blüte und Niedergang des Hellenismus in Asien, Berlin, 1925, p. 20.
[62] Pierre Roussel, La Grèce et l’Orient, p. 486.
[63] Eduard Meyer, op. cit., p. 22.
[64] Roussel, op. cit., p. 480.
[65] L. Brentano, Das Wirtschaftsleben des antiken Welt, p. 78.
[66] Ed. Meyer, op. cit., p. 84.
[67] André Pigamol, La Conquête romaine, 4° éd., Paris, 1944 (Coll. Halphen et Sagnac, III), p. 207.
[68] Ces luttes de classes sont strictement limitées à la population libre des cités grecques. « Une égalité plus ou moins grande dans la possession des biens paraissait nécessaire au maintien de cette démocratie politique. C’est là l’origine des guerres sanglantes entre les riches et les pauvres, où finit par aboutir la démagogie hellénique. Mais jamais les esclaves, les serfs, les métèques, ne prennent part à ces revendications… » Claudio Jannet, Les Grandes Epoques de l’Histoire économique jusqu’à la fin du XVI° siècle, Paris-Lyon, s.d., p. 8.
[69] « Avec l’hellénisme, le centre économique du monde se déplaçait vers l’Orient. » K. J. Beloch, Geschichte Griechenlands (Hellas und Rom), p. 232..
[70] Voir Fustel de Coulanges, La Cité antique, Paris, 1863.
[71] Maurice Holleaux, Rome, La Grèce et les monarchies hellénistiques, au III° siècle av. J.-C., Paris, 1921, p. 231.
[72] André Pigamol, op. cit., p. 232.
[73] H. Cunow, Allgemeine Wirtschaftsgeschichte, Berlin, 1926-1929, II, p. 61.
[74] Henri Pirenne, Histoire de l’Europe, Bruxelles, 1936, p. 14.
« Les produits affluaient vers le centre sans qu’il y eut un courant compensateur en retour » G. Legaret, Histoire du développement du Commerce, Paris, 1927, p. 13.
[75] Tenney Frank, An Economic History of Rome to the End of the Republic, Baltimore, 1920, p. 108.
[76] Idem, p. 118.
[77] Idem, p. 261.
[78] Strabon, Géographie, XIV, 5.
[79] Tenney Frank, ibid., pp. 102 s., cité par Toutain, op. cit., p. 300. Toutain ne partage pas cette opinion.
[80] Jean Hatzfeld, Les trafiquants italiens dans l’Orient hellénique, Paris, 1919, pp. 190, 191.
[81] « A l’époque des Auguste, la disparition des paysans était l’objet de préoccupations journalières des cercles dirigeants. » Rostovtzeff, Gesellschaft und Wirtschaft im Römischen Kaiserreich, Leipzig, 1931, t. I, p. 56..
[82] K. Kautsky, De Oorsprong van het Christendom, p. 359.
[83] Th. Mommsen, Histoire romaine, tome VII, p. 233.
[84] Idem., p. 264.
[85] G. Salvioli, Le capitalisme dans le monde antique, trad. fr., Paris, 1906.
[86] Th. Mommsen, Histoire romaine, tome VII, p. 267.
[87] M. Rostovtzeff, op. cit., I, p. 165.
[88] Idem, II, p. 180.
[89] Wilhelm Schubart, Aegypten von Alexander dem Grossen bis auf Mohammed, Berlin, 1922, p. 167.
[90] M. Rostovtzeff, op. cit., II, p. 135.
[91] E. Albertini, L’Empire romain, (Coll. Halphen et Sagnac, IV), 3° éd., Paris, 1939, p. 306.
[92] E. Lavisse et A. Rambaud, Histoire générale du IV° siècle à nos jours, I, Paris, 1894, p. 16.
[93] W. Schubart, Aegypten von Alexander dem Grossen bis auf Mohammed, p. 29. Très significative est aussi la disparition graduelle de la classe des Chevaliers, la classe des « Capitalistes » romains.
[94] « L’organisation domaniale, telle qu’elle apparaît à partir du IX° siècle, est donc le résultat des circonstances extérieures ; on n’y remarque rien d’une transformation organique. Cela revient à dire qu’elle est un phénomène anormal. » « L’Empire français va jeter les bases de l’Europe du Moyen Age. Mais la mission qu’il a remplie a eu pour condition essentielle le renversement de l’ordre traditionnel du monde ; rien ne l’y aurait appelé si l’évolution historique n’avait été détournée de son cours et pour ainsi dire désaxée par l’invasion musulmane. Sans l’Islam, l’Empire franc n’aurait sans doute jamais existé et Charlemagne sans Mahomet serait inconcevable. » (H. Pirenne, Les Villes du Moyen Age, Bruxelles, 1927.) Pour Pirenne, l’économie féodale résulte donc de la destruction de l’unité méditerranéenne provoquée principalement par l’invasion musulmane.
[95] M. Rostovtzeff, op. cit., I, 125.
[96] Salvioli, Le capitalisme dans le monde antique.
[97] E. Gibbon, Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain, trad. fr., Paris, 1835-1836, t. I, p. 840.
[98] Gibbon, Décadence et chute de l’Empire romain, p. 840.
[99] M. Rostovtzeff, op. cit., II, p. 141.
[100] Toutain, op. cit., p. 363.
[101] Certains auteurs voient dans la dépopulation et l’épuisement du sol les causes essentielles de la décadence de l’Empire.
[102] M. Rostovtzeff, op. cit., II, p. 213.
[103] M. Rostovtzeff, op. cit., II, p. 232.
[104] Jacques Zeiller, L’Empire romain et l’Eglise, Paris, 1928 (coll. Histoire du monde, V, 2), p. 28.
[105] G.-B. Depping, Histoire du commerce entre l’Europe et le Levant, Paris, 1826.
[106] W. Schubart, op. cit., p. 23.
[107] Th. Mommsen, Histoire romaine, tome VII, p. 274.
[108] W. Roscher, Die Juden im Mittelalter, p. 328.
[109] K. Kautsky, De oorsprong van het Christendom, p. 223.
[110] Strabon, Géographie, XVI, 2, 34.
[111] K. Kautsky, op. cit., p. 220.
[112] M. Rostovtzeff, op. cit., I, p. 99. Ailleurs : « En Mésopotamie, en Palestine, en Egypte et dans la Cyrénaïque, les révoltes juives sanglantes et dangereuses éclatèrent après la mort de Trajan. La Cyrénaïque en fut fortement ravagée. » Rostovtzeff, II, p. 76.
[113] M. Rostovtzeff, op. cit., II, p. 64.
[114] M. Rostovtzeff, op. cit., II, p. 65.
[115] K. Kautsky, op. cit., p. 330.
[116] Movers, Die Phönizier, p. 1.
[117] Hölscher, Urgemeinde und Spätjudentum (Avhandlinger utgitt av Det Norske Videnskaps Akademie i Oslo, Hist.-filos. klasse, 1928, n° 4), p. 26.
[118] M. Rostovtzeff, op. cit., II, p. 223.
[119] W. Schubart, op. cit., tome II, pp. 97.
[120] Gibbon, op. cit., tome II, pp. 196-7.
[121] Elles furent la manifestation de la décadence de l’économie romaine. Mais les classes inférieures n’étaient pas en mesure de se hisser au pouvoir. Une nouvelle classe possédante se servit de leur idéologie pour s’imposer. Un changement était nécessaire ; il se fit à son profit exclusif. Il en est de même, mutatis mutandis, pour la « Révolution fasciste ».
[122] W. Schubart, op. cit., p. 46.
[123] Samuel Krauss, Sudien zur byzantinischen-jüdischen Geschichte, Vienne, 1914.
[124] G. Caro, Sozial – und Wirtschaftsgeschichte der Juden im Mittelalter und der Neuzeit, 1908-1920.
[125] L. Brentano, Eine Geschichte der wirtschaftlichen Entwicklung Englands, Jena, 1927-1929, p. 361.
[126] Si même ces Syriens ne sont pas juifs, c’est un fait qu’on n’en parle plus à l’époque carolingienne. Il est possible qu’ils se soient fondus dans les communautés commerciales juives, à moins qu’ils n’aient disparu complètement pour d’autres causes. A l’époque carolingienne, « Juif » est parfaitement synonyme de « marchand ».
[127] Rabbin Dr. L. Lucas, Zur Geschichte der Juden in vierten Jahrhundert, Berlin, 1910.
« A Antioche, saint Jean Chrysostome montre les Juifs occupant les premières positions commerciales de la cité, faisant suspendre toutes les affaires quand ils célèbrent leurs fêtes. » C. Jannet, Les Grandes Epoques de l’Histoire économique, p. 137.
[128] Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, 2° éd., p. 237.
[129] Dr. Julius Brutkus, Der Handel der westeuropäischen Juden mit dem mittelalterlichen Kiew (en yiddish), dans Schriften für Wirschaft und Statistik, 1928.
[130] De reditu suo, I, 398 ; cf. G. B. Depping, Les Juifs dans le Moyen Age, Paris, 1834, p. 18.
[131] S. Ullman, Histoire des Juifs en Belgique jusqu’au XVIII° siècle, Anvers, s.d., pp. 9-10.
[132] H. Pirenne, Les villes au Moyen Age, p. 313.
[133] I. Schipper, Anfänge des Kapitalismus bei den abenländischen Juden im früheren Mittelalter,1907.
[134] H. Sée, Esquisse d’une histoire économique et sociale de la France, Paris, 1929, p. 91.
[135] Verhoeven, Algemeene Inleiding tot de Belgische Historie, cité par Ullmann, op. cit., p. 8.
[136] Ullmann, op. cit., pp. 12-14.
[137] Bédarride, Les Juifs en France, en Italie, en Espagne, p. 53.
[138] H. Pirenne, op. cit.
[139] Dr. Julius Brutzkus, op. cit..
[140] Idem.
[141] Schipper, Anfänge des Kapitalismus bei den abendländischen Juden.
[142] Dr. Julius Brutzkus, Di Geshikhte fun di Bergyiden oyf kavkaz (Histoire des Juifs montagnards au Caucase), en yiddish, dans Historishe Shriften fun Yivo (Yivo Studies in History), t. 2, Wilno, 1937, pp. 26-42, résumé anglais, pp. VI-VII.
[143] I. Schipper, Yidishe Geschikhte (Wirtschaftsgeshikhte), Varsovie, 1930 (en yiddish), tome II, p. 45.
[144] Henri Pirenne, Mahomet et Charlemagne, p. 153.
[145] Les Juifs sont même mieux protégés que les nobles par le privilège accordé à ceux de Spire par Henri IV (1090). Le chroniqueur polonais du XII° siècle, Vincenti Kadlubek, nous apprend que la même peine, la « septuaginta », qui était fixée pour lèse-majesté ou pour le blasphème, était appliquée aux assassins des Juifs. En 966, l’évêque de Vérone se plaignait que lors de batailles entre clercs et Juifs, les premiers étaient punis d’une amende triple à celle que devaient payer les Juifs.
[146] W. Roscher, Die Juden im Mittelalter, p. 324.
[147] Karl Marx, Das Kapital, III, Bd., Berlin, 1953, pp. 359, 362-3 ; cf. la trad. française, livre III, t. 1, Paris, Ed. sociales, 1957, pp. 336-339.
[148] Karl Marx, Le Capital, livre III.
[149] Karl Marx, op. cit., livre III, p. 362 (éd. allemande, Berlin, 1953) ; t. 1, p. 338 (trad. française, Paris, 1957).
[150] Karl Marx, Le Capital, livre III (Das Kapital, III, Berlin, 1953, p. 641 ; trad. franç., livre III, t. 2, Paris Ed. sociales, 1959, p. 253).
[151] Caro, op. cit., p. 197.
[152] « Les banquiers se chargeaient aussi d’opérer la recette des grandes propriétés seigneuriales. Ils faisaient en quelque sorte fonction de régisseurs et d’intendants. »
G. Davenel, Histoire économique de la Propriété, etc., Paris, 1886-1920, tome I, p. 109.
[153] I. Schipper, Yidishe Geschikhte, tome IV, p. 224.
[154] « Le domaine doit avoir en soi tout ce qui est nécessaire à la vie. Il doit autant que possible, ne rien acheter en dehors et ne pas appeler d’échanges. Il est à lui seul un petit monde et doit se suffire à lui-même. » Fustel de Coulanges, Histoire des Institutions politiques de l’ancienne France, Paris, 1888-1892, tome IV, p. 45.
[155] Henri Pirenne, Anciennes Démocraties des Pays-Bas, p. 114.
« Les cuivres dinantais ou les draps flamands semblent avoir dû à une réputation méritée, d’avoir franchi l’étroite enceinte du marché urbain. » M. Ansiaux, Traité d’Economie politique, p. 276.
[156] G. B. Depping, Histoire du commerce entre l’Europe et le Levant, p. 182.
[157] Chez les drapiers, qui travaillent parfois pour des marchés lointains, on voit des marchands se différencier de la masse des artisans : ce sont les marchands drapiers. H. Sée Esquisse d’une histoire économique et sociale de la France, p. 102.
[158] G. B. Depping, op. cit., p. 184.
[159] Henri Pirenne, Histoire de l’Europe, p.166.
[160] M. Weber, Wirtschaftsgeschichte, München et Leipzig, 1923, p. 142.
[161] W. Roscher dit : « Plus s’élevait la culture économique générale et plus la situation des Juifs empirait.»
[162] W. Roscher, op. cit., p. 129.
« La loi d’après laquelle le développement autonome du capital commercial est en raison inverse du développement de la production capitaliste se vérifie le plus clairement chez les peuples dont le commerce était un commerce d’intermédiaires. » Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 360 (éd. allemande, Berlin, 1953) ; t. 1, p. 337 (trad. fr., Paris, 1957).
[163] A. Schulte, dans sa Geschichte des mittelalterlichen Handels und Verkehrs zwischen Westdeutschland und Italien, Leipzig, 1900, prétend que les Juifs n’ont pas essayé de se lier avec les artisans comme le faisaient les entrepreneurs chrétiens et, perdant par là leurs positions commerciales, ont dû s’occuper exclusivement du crédit. Cette remarque est fort intéressante. Elle montre l’essentiel du problème : la liaison du commerce chrétien avec l’industrie et le manque de ce lien de la part du commerce juif.
[164] Dans une étude consacrée aux Juifs d’une ville allemande, Halberstadt, Max Köhler dit qu’« à partir du XIII° siècle, la profession la plus importante des Juifs de Halberstadt semble être l’usure. » Max Köhler, Beiträge zur neueren jüdischen Wirtschaftsgeschichte Die Juden in Halberstadt und Umgebung bis zur Emanzipation, Berlin, 1927.
M. Cunow dit dans son Allgemeine Wirtschaftsgeschichte(tome III, p. 45). « Malgré le fait que les conditions économiques de la noblesse allaient toujours en s’aggravant, ses jeux militaires, ses orgies, ses fêtes, ses magnifiques tournois, ne cessaient de prendre de l’extension au XIV° siècle. Les chevaliers pauvres considéraient aussi qu’il était de leur devoir d’y prendre part. Comme les moyens pécuniaires nécessaires à cet effet leur faisaient défaut, ils s’endettaient chez les Juifs dont la principale occupation était le prêt à intérêt… ».
[165] L’exemple de la Pologne prouve encore la puérilité du schéma habituel des historiens juifs qui prétendent expliquer la fonction commerciale ou usuraire des Juifs par les persécutions. Qui avait donc interdit aux Juifs de Pologne de devenir agriculteurs ou artisans ? Bien avant les premières tentatives des villes polonaises de lutter contre les Juifs, tout le commerce et toute la banque de ce pays reposaient déjà entre leurs mains.
[166] Cette conception fausse des historiens juifs trouve son pendant dans l’affirmation selon laquelle les Juifs durent abandonner leur « profession agricole » par suite d’interdictions légales. « Il est faux de penser qu’il était interdit aux Juifs de posséder la terre. Là où nous trouvons, dans les villes médiévales, des Juifs faisant des affaires, ils sont aussi en possession de leurs propres maisons. Ils possèdent également des terrains sur le territoire de la ville. A vrai dire, il ne semble pas qu’ils aient cultivé quelque part ces terrains. Aussitôt qu’une terre passait en leurs mains comme gage, ils s’efforçaient de la vendre. Ce n’est pas parce qu’il leur était interdit de la garder mais simplement parce qu’ils n’en éprouvaient pas le désir. Nous trouvons cependant souvent, dans les registres, des vignobles et des vergers appartenant aux Juifs. Les produits de ces terres pouvaient être facilement vendus. » H. Cunow, Allgemeine Wirtschaftsgeschichte,tome III, p. 110.
[167] I. Schipper, Yidishe Geschikhte (Wirtschaftsgeschikhte). « Les Juifs formaient une classe sociale très puissante par les richesses acquises dans l’industrie, le commerce et spécialement les opérations bancaires. » R. Ballester, Histoire d’Espagne, trad. fr., Paris, 1938, p. 154.
[168] « Nous voyons, dans les lettres de Cicéron, que le vertueux Brutus prêtait son argent en Chypre, à 48 pour cent. » A. Smith, The Wealth ot Nations, t. I, p. 84 (éd.Everyman’s Library).
[169] L. Brentano, Eine Geschichte der wirtschaftlichen Entwicklung Englands.
[170] H. Cunow, Allgemeine Wirschaftsgeschichte, tome III, p. 74.
[171] S’il est puéril de croire que la société féodale, dont le principe était que « chacun restât à sa place », ait transformé les « agriculteurs juifs » en commerçants, il est évident par ailleurs que les interdictions légales, elles-mêmes fruit des conditions économiques, ont joué un certain rôle dans le cantonnement des Juifs dans le trafic, surtout dans les périodes où, par suite des changements économiques, la situation traditionnelle des Juifs se trouvait compromise. Ainsi, par exemple, Frédéric le Grand n’était pas favorable à ce que les Juifs exerçassent des professions manuelles. Il voulait « que chacun restât dans sa profession ; qu’on aidât les Juifs dans l’exercice du commerce mais qu’on laissât les autres professions aux chrétiens ».
[172] Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 642 (éd. allemande, Berlin, 1953) ; t. 2, p. 254 (trad. française, Paris, Ed. sociales, 1959).
[173] Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 642 (éd. all., Berlin, 1953), t. 2, p. 254 (trad. fr., Paris, 1959).
[174] Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 641 (éd. all., Berlin, 1953) ; t. 2, p. 253 (trad. fr., Paris, 1959).
« A la même époque, le fameux théologien Medina, développant une donnée qui est d’ailleurs dans saint Thomas, reconnaît le jeu de l’offre et de la demande comme un mode naturel de détermination du juste prix. Le « Trinus Contractus », cette merveille d’analyse juridique qui justifie la perception d’un intérêt dans les prêts d’affaires où l’argent est réellement employé comme capital, est admis alors par les canonistes, italiens et espagnols, plus éclairés que ceux de France, ou plutôt placés dans un milieu social plus avancé. » Claudio Jannet, Les grandes époques de l’histoire économique jusqu’à la fin du XVI° siècle, p. 284.
[175] Henri Pirenne, Histoire de Belgique, Bruxelles, 1900-1932.
[176] G. B. Depping, op. cit., pp. 13.
[177] Henri Pirenne, Les villes du Moyen Age.
[178] G. B. Depping, op. cit., p. 233.
[179] Bücher dit ce qui suit, dans son livre Die Bevölkerung von Frankfurt im 14. und 15. Jahrhundert, Tübingen, 1886 (cité par H. Cunow, op. cit., III, p. 46) : « Parmi les débiteurs des Juifs francfortois, on trouve représentée la plus grande majorité de la noblesse de Wettereau, du Pfalz, de l’Odenwald, etc. L’archevêque de Mayence devait aussi de l’argent aux Juifs. C’est la noblesse surtout qui était endettée. Il y avait peu de chevaliers des environs de Francfort dont les traites et les gages ne se trouvaient pas dans le quartier juif. Certains bourgeois de Francfort et des villes voisines ont aussi contracté des « dettes juives », (comme s’exprime à ce sujet le rapport du conseil urbain), mais la plus grande partie des 279 traites, dont s’était occupé le conseil urbain, concernait les nobles.»
[180] Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 658, 644, éd. all., Berlin, 1953) ; t. 2, pp. 269, 256 (trad. fr., Paris, 1959).
[181] Henri Pirenne, Histoire de l’Europe, p. 171.
[182] Henri Pirenne, Histoire de l’Europe, p. 384.
[183] Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 848 (éd. all., Berlin, 1953) ; t. 3, p. 177 (trad. fr., Paris, 1960).
« Cette transformation des coutumes en redevances pécuniaires correspond à l’accroissement de la richesse mobilière ; l’argent devient le signe le plus commode de la richesse et pour évaluer les revenus de la propriété foncière, on commence à le préférer aux produits naturels. On saisit une évolution semblable en d’autres pays notamment en Angleterre où elle est encore plus marquée. » Henri Sée, Esquisse d’une histoire économique et sociale de la France.
[184] Contrairement à une conception assez répandue, le ghetto est une institution plutôt récente. C’est seulement en 1462 que les Juifs de Francfort sont enfermés dans un ghetto. « Il n’était nullement question d’une telle mesure au Moyen Age. Au contraire, les Juifs pouvaient choisir leur demeure d’après leurs désirs et pouvaient se trouver en tout temps dans la ville entière. » Kriegk, Geschichte und Lage der Frankfurter Juden,cité par H. Cunow, op. cit.
Il ne faut pas confondre quartiers juifs et ghettos. Si les premiers sont connus à diverses époques de l’histoire juive, les derniers constituent une institution née de la période où le Juif devient un « petit usurier ». Ainsi, en Pologne, le ghetto constitue une exception et non une règle. Ce qui n’a pas empêché la barbarie hitlérienne de « renvoyer » les Juifs polonais dans les ghettos.
[185] Le principe de tolérance religieuse prôné, à la fin du Moyen Age, dans un des pays les plus arriérés de l’Europe ! N’est-ce pas embarrassant pour les historiens idéalistes qui voient tout le problème juif à travers le prisme des persécutions religieuses ?
[186] « Chez des peuples qui ont peu de commerces et de manufactures, le souverain ne peut guère, dans les cas extraordinaires, tirer de ses sujets aucun secours considérable… Aussi est-ce dans ces pays qu’en général, il tâche d’amasser un trésor comme la seule ressource qu’il y ait pour de pareilles circonstances. » Adam Smith, Wealth of Nations, cf. t. II, pp. 390, 393 (Everyman’s Library).
C’est aux Juifs « servi camerae » qu’incombe la fonction de remplir ce trésor.
[187] Une interprétation allemande de cette situation ne manque pas d’une certaine saveur : « Par gratitude pour Flavius Josèphe qui avait guéri son fils, l’empereur Vespasien s’est résolu à protéger les Juifs et Titus accueillit après la ruine du deuxième temple beaucoup de Juifs qu’il réduisit en esclavage. Depuis ce temps, les Juifs sont esclaves de l’Etat et c’est comme tels qu’ils doivent être considérés dans l’Etat allemand parce que les rois germaniques sont les successeurs des puissants empereurs de la Rome antique.»
[188] Schipper, op. cit..
[189] Henri Pirenne, op. cit.
[190] « C’était une chose si fructueuse et si bonne à exploiter que le Juif, que chaque prince cherchait à en avoir le plus possible. Il y avait les Juifs du roi et ceux des seigneurs. Philippe le Bel, en 1299, acheta à son frère, pour 20.000 livres, tous les Juifs du comté de Valois. » G. d’Avenel, Histoire économique de la propriété, tome I, p. 111.
[191] G. B. Depping, op. cit.
[192] Bédarride, op. cit..
[193] Bédarride, Les Juifs en France, en Italie et en Espagne, p. 207.
[194] L. Brentano, Eine Geschichte der wirtschaftlichen Entwicklung Englands : « Il s’introduisait une coutume de confisquer les biens des Juifs qui embrassaient le christianisme. Cette confiscation était une espèce de droit d’amortissement pour le prince ou pour les seigneurs, des taxes qu’ils élevaient sur les Juifs et dont ils étaient frustrés lorsque ceux-ci embrassaient le christianisme. » / Cf. également Montesquieu, L’esprit des Lois, livre XXI, chap. 20.
[195] Schipper, op. cit..
[196] Parfois des Juifs passaient aussi à l’offensive. En 1376, le banquier Jekl emploie des bandes de mercenaires contre des débiteurs nobles ayant refusé le paiement de leurs dettes. Son fils engage des mercenaires en vue de lancer une attaque contre Nuremberg, le Conseil de cette ville lui ayant confisqué ses maisons.
[197] Schipper, op. cit..
[198] « Les habitants des villes commerçantes, en important des pays plus riches des ouvrages raffinés et des objets de luxe d’un grand prix, offrirent un aliment à la vanité des grands propriétaires qui en achetèrent avec empressement, moyennant de grandes quantités du produit brut de leurs terres. Le commerce d’une grande partie de l’Europe, à cette époque, consistait dans les échanges du produit brut du pays contre le produit manufacturé d’un autre pays plus avancé en industrie. » Adam Smith, Wealth of Nations, livre III, chapitre III (t. I, pp. 358 s., éd. Everyman’s Library).
[199] « Aussi longtemps que les matières premières furent le principal produit d’exportation de l’Angleterre, le commerce extérieur se trouva aux mains des commerçants étrangers et des marchands d’étape… Cela changea au fur et à mesure que les Anglais se mirent à transporter eux-mêmes leurs matières premières, notamment la laine. Ensuite les marchands anglais commencèrent à chercher des débouchés pour écouler leur manufacture » (les marchands entreprenants). L. Brentano, Eine Geschichte der Wirtschaftlichen Entwicklung Englands, II, p. 139.v.
[200] Schipper, op. cit.]. Le 7 mars 1456, l’évêque Burckard engage les Juifs de Halberstadt pour trois ans au conseil de cette ville [Dr. Max Köhler, Die Juden in Halberstadt und Umgebung bis zur Emanzipation, p. 3.
[201] « L’usure agglomère l’argent là où les moyens de production sont éparpillés. Elle ne modifie pas le mode de production, mais s’y attache en parasite ; elle l’épuise et l’énerve, et rend de plus en plus misérables les conditions de la production. De là la haine du peuple pour l’usure. » Karl Marx, Le Capital, livre III, p. 644 (éd. all., Berlin, 1953) ; t. 2, p. 256 (trad. fr., Paris, 1959).
[202] W. Roscher, Die Juden im Mittelalter..
[203] L’attitude de la noblesse s’explique probablement par le fait que la riche bourgeoisie était parvenue à s’emparer du « régal » juif et que, par conséquent, les intérêts des chevaliers concordaient avec ceux des masses populaires des villes contre le patriciat.
[204] « Il y avait au XIX° siècle, dans les Républiques de l’Amérique espagnole, des centaines de Juifs, commerçants, propriétaires fonciers et aussi soldats, mais qui ne savaient plus rien de la religion de leurs pères. » M. Philippson, Neveste Geschichte des judischen Volkes, 1907-1911, p. 226..
[205] Lettre de quelques Juifs portugais à M. de Voltaire. En Angleterre, « certains de ces Juifs espagnols se convertirent au christianisme… Des familles qui sont devenues célèbres par la suite dans le monde entier : les Disraëli, les Ricardo, les Aguilar ont ainsi abandonné le judaïsme. D’autres familles séphardites furent lentement assimilées par la société anglaise ». Graetz, Histoire juive, tome VI, p. 344.
[206] Lettre de quelques Juifs portugais à M. de Voltaire.
[207] Werner Sombart, Les Juifs et la vie économique, trad. fr., Paris, 1923.
[208] L. Brentano, Die Anfänge des Kapitalismus, p. 163.
[209] L. Brentano, Die Anfänge des Kapitalismus.
[210] L. Brentano, op. cit., p. 163.
[211] « Le livre de M. Sombart sur les Juifs comporte une interminable série d’erreurs graves ; on dirait le développement rigoureux d’un paradoxe par un homme ayant le génie des exposés très larges… Comme tout paradoxe, il ne contient pas que des idées fausses ; sa partie relative à l’époque actuelle mérite d’être lue, bien qu’elle déforme assez souvent les caractéristiques du peuple sémite. Sa partie historique, en tout cas, est presque ridicule… Le capitalisme moderne est né et s’est développé d’abord au moment où les Juifs, repoussés partout ou presque, n’étaient pas en état de devenir précurseurs. » (E. Sayous « Les Juifs », in Revue économique internationale, Bruxelles, 24e année, vol. 1, n° 3, mars 1932, p. 533).
[212] Voir plus loin Chapitre IV, II.
[213] Dans l’histoire, « la position des Juifs au Moyen Age est comparable sociologiquement à celle d’une caste hindoue, dans un monde sans castes… . On ne trouve aucun Juif parmi les créateurs de l’organisation économique moderne, les grands entrepreneurs. Le fabricant juif, par contre, est un phénomène moderne ». Max Weber, Wirtschaftsgeschichte, pp. 305-307.
[214] Schipper, op. cit., II, p. 78.
[215] Ibid..
[216] Graetz, Histoire des Juifs.
[217] Idem.
[218] Graetz, op. cit..
[219] Idem.
[220] F. von Furtenbach, Krieg gegen Russland und russiche Gefangenschaft, Nuremberg et Leipzig, 1912.
[221] L.-G. de Puybusque, Lettres sur la guerre de Russie, Paris, 1816, pp. 179-181.
[222] Cité par Wolff Doubnov dans Zu der ökonomischer Geschichte von der Juden in Russland, p. 576.
[223] I. M. Kamanin, Archive de la Russie méridionale et occidentale, cité par J. Lesczinski, Le peuple juif au cours des cent dernières années..
[224] S. B. Weinryb, Neueste Wirtschaftsgeschichte der Juden in Russland und Polen, Breslau, 1934, p. 17.
[225] Lesczinski, op. cit..
[226] Lesczinski, op. cit..
[227] Lesczinski, op. cit..
[228] Idem.
[229] Idem.
[230] Le tsar Alexandre I° encouragea la « colonisation juive » en Russie.
[231] Lesczinski.
[232] Significative est la lutte entre l’haskala (mouvement d’émancipation) et l’orthodoxie. Cette opposition entre ceux qui veulent transformer aussi bien la vie économique du judaïsme que sa vie culturelle et les tenants des anciennes traditions, reflète l’antagonisme entre la nouvelle bourgeoisie juive profitant du développement capitaliste et tendant à l’assimilation complète et les anciennes couches féodales attachées à leur ancien mode d’existence. Cette lutte se poursuit au cours de tout le XIX° siècle pour aboutir à la défaite des assimilateurs. Cette défaite est causée moins par la solidité des anciennes formes économiques que par la fragilité des nouvelles.
[233] Voir plus loin.
[234] Karl Marx, Le Capital, livre II (éd. all., Berlin, 1953, p. 228 ; trad. fr., Le Capital, vol. 4, Paris, Ed. sociales, 1952, p. 214).
[235] La longue persistance du système du travail à domicile a sa base dans la faiblesse du capital fixe qui y est nécessaire. Max Weber, Wirtschaftsgeschichte, p. 146.
[236] Karl Marx, Le Capital, livre II (éd. all., p. 227 ; trad. fr., p. 213).
[237] Au XIX° siècle, l’augmentation de la population juive dans les villes de Pologne, était supérieure à celle de la population non juive. Vers la fin du siècle dernier, à l’époque où fut créée la grande industrie et où de grosses masses non juives émigrèrent vers les villes, le rythme de l’augmentation de la population juive se ralentit et par endroits, le mouvement a marqué un arrêt complet. La situation économique des Juifs dans le monde, Paris, Congrès juif mondial, 1938, p. 215.
[238] Un phénomène semblable se remarque aussi dans le domaine rural. « Dans les endroits où le capitalisme agraire se développe le plus, le processus de l’introduction du travail salarié croise un autre processus, notamment celui de l’élimination du travail salarié par la machine. » Lénine, Le développement du capitalisme en Russie, trad. fr., Moscou-Paris, s.d., p. 248.
[239] M. Ansiaux, Traité d’économie politique.
[240] Lesczinski, op. cit..
[241] E. Vandervelde, L’exode rural et le retour aux champs,1903.
[242] A. Mendes, L’artisanat chez les Juifs aux temps bibliques.
[243] Le métier de tisserand, comme celui de forgeron, exige une formation professionnelle spéciale et se détache très tôt de l’économie domestique. Le tisserand, à l’époque féodale, est un être errant qui, pour exercer son métier, va de foyer en foyer, de village en village.
[244] M. Ansiaux, Traité d’économie politique.
[245] Tous les Juifs ne vivaient pas dans les petites villes, loin s’en faut, mais leur rôle social dans les grandes villes ou au village était le même que dans la petite ville. Cette dernière, par son aspect spécifique, caractérisait cependant le mieux ce rôle social. D’après un recensement du gouvernement en 1818, en Ukraine et en Biélorussie : 86,2 % des Juifs étaient commerçants ; 11,6 % des Juifs étaient artisans ; 1,9 % des Juifs étaient agriculteurs. En Galicie, en 1820, 81 % des commerçants étaient juifs.
[246] Certains métiers, proches du commerce, étaient aussi souvent exercés par les Juifs. Ainsi le métier d’orfèvre.
[247] Henri Pirenne, Les anciennes démocraties des Pays-Bas..
[248] S. M. Dubnow, Die neueste Geschichte des jüdischen Volkes, Berlin, 1920-1923, II, p. 35 ss.
[249] « L’afflux des Juifs orientaux en Europe occidentale a arrêté et probablement sauvé les Juifs occidentaux d’une complète disparition qui était inévitable. » Lesczinski, Le peuple juif au cours des derniers cent ans.
« Sans l’immigration d’Europe orientale, les petites communautés juives d’Angleterre, de France, de Belgique auraient probablement perdu graduellement leur caractère israélite. De même, en Allemagne… ». Ruppin, op. cit., p. 68.
[250] J. Klatzkin, Probleme des modernen Judentum, 1930, p. 51.
[251] Ruppin, op. cit., pp. 38-40.
[252] Ruppin, op. cit., p. 52
[253] Di Yiddische Ekonomik (Wilno), janvier-février 1938.
[254] Le pourcentage des employés et ouvriers était : en Angleterre de 77 % (1923), aux U.S.A. de 75 % (1920), en Belgique de 73 % (1910), en Allemagne de 62 % (1907), en France de 48 % (1906), en Pologne de 24,8 % (1921), en Russie de 15 % (1925).
[255] Yiddische Ekonomik, août 1938.
[256] Ruppin, op. cit., p. 280 ss., 338.
[257] Yiddische Ekonomik, avril-juin 1939.
[258] Ruppin, op. cit. – Les chiffres donnés par Ruppin, op. cit., pp. 310 s., sur les mariages mixtes, sont très différents (note des éditeurs).
[259] La situation économique des Juifs dans le monde.
[260] Idem..
[261] Idem..
[262] Yiddische Ekonomik, septembre-octobre 1938.
[263] A Varsovie, en 1882, 79,3 % des commerçants étaient juifs et en 1931, 51 %.
J. Lestschinsky, Der wirtschaftliche Zusammenbruch der Juden in Deutschland und Polen, Paris, Genève, Congrès juif mondial, 1936..
[264] A l’époque où les intellectuels petits-bourgeois juifs et non juifs représentent Hitler comme l’unique responsable de l’antisémitisme de notre temps, à l’époque où les Nations Unies, parmi lesquelles la Pologne, se réclament de la défense des « droits de l’homme », ce rappel n’aura certainement pas été inutile. Certes, Hitler organise d’une façon préméditée la destruction du judaïsme européen et personnifie dans ce domaine, comme dans les autres, la barbarie capitaliste, mais les différents gouvernements plus ou moins « démocratiques » qui se sont succédé en Pologne n’auraient pas eu beaucoup à apprendre de lui. La disparition d’Hitler ne peut rien changer d’essentiel à la situation des Juifs. Une amélioration passagère de leur sort n’en laissera pas moins subsister toutes les racines profondes de l’antisémitisme du XX° siècle.
[265] La situation économique des Juifs dans le monde..
[266] La situation économique des Juifs dans le monde, p. 252.
[267] Yiddische Ekonomik, mai-juin 1938.
[268] Voir l’utopie proudhonienne du crédit gratuit.
[269] Ben Adir, « Antisémitisme », Algemeine yidishe Encyklopedie.
[270] Zhitlovski (H. Jitlovski), Der socialism un di nacionale Frage, éd. yiddish, New York, 1908.
[271] Il y a un parti bourgeois religieux-sioniste (Misrakhi) et un parti ouvrier religieux-sioniste (Poalé-Misrakhi).
[272] A. Böhm, Die Zionitische Bewegung, Tel-Aviv et Jérusalem, 1935-1937, chapitre III.
[273] Dans ce chapitre, il n’est question du sionisme qu’en tant qu’il est lié à la question juive. Le rôle du sionisme en Palestine constitue naturellement un autre problème.
[274] S. Dimanstein cité par Otto Heller, Der Untergang des Judentums, Wien-Berlin, 1931, p. 229 ; trad. fr. M. Ollivier, Paris, 1933, pp. 228 s.
[275] Le problème juif en Russie n’est traité ici qu’en passant.
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œuvre du domaine public
Source :
B.N.F. - Wikisource
Ont contribué à cette édition :
Gabriel Cabos
Fontes :
David Rakowski's
Manfred Klein
Dan Sayers
Justus Erich Walbaum - Khunrath