‹ La Coupe, Lupo Liverani, Le Toast, Garnier, Le Contrebandier, La Rêverie à ParisChapitre 12 sur 46 · Scène IX.

Scène IX.

ANGELO, QUINTANA.

ANGELO.

Puisque cela est, puisque je suis condamné aux flammes éternelles, maudit soit le juge, et que la victime jouisse au moins des joies de la terre ! Arrière ce cilice ! garde qui voudra cette statue, ministre aveugle de l’implacable courroux du ciel. Aide-moi à arracher ce hideux froc ! jetons-le aux ronces du chemin, afin qu’il serve de risée aux impies. Je veux reprendre mes habits de gentilhomme, me laver, me parfumer et m’enivrer des plaisirs qui font perdre la mémoire !

QUINTANA.

Reprendrai-je ma livrée ?

ANGELO.

Oui, hâte-toi, ce lieu-ci me fait horreur.

QUINTANA.

Alors je redeviens votre valet : je ne suis plus votre frère ! J’aime autant ça, si vous me laissez manger mon soûl ; mais de quoi me nourririez-vous sans argent, car vous êtes venu ici à bout de ressources ?

ANGELO.

L’argent est facile à trouver quand on ne se fait pas scrupule de le voler. Donne-moi mon épée ; je sais m’en servir encore.

QUINTANA.

Dois-je reprendre aussi la mienne ? J’ai un peu oublié…

ANGELO.

Attends ! ce papier laissé ici par l’ermite qui m’y a précédé ?…

QUINTANA.

Ces pouvoirs délivrés par le Saint-Office ? C’est la meilleure arme, ne l’oublions pas ; mais où allons-nous ?

ANGELO.

Pour commencer, nous allons rejoindre Lupo dans la forêt, et nous ferons avec lui la guerre au genre humain. Je veux faire le mal, je veux me venger du ciel, je veux être un coup de foudre sur la terre ! (Ils partent.)