‹ La culture des idéesChapitre 25 sur 41 · II

II

De la pacotille, j'ai peu de chose à vous dire en particulier. Pour se la procurer, il ne faut ni argent, comme dans le commerce; ni étude, ni talent, comme il était d'usage dans les anciennes sociétés littéraires; à cette heure, vous n'avez besoin que d'adresse: de l'adresse et encore de l'adresse. Figurez-vous un noyer tout plein de belles noix vertes et que le fermier soit occupé loin de là à sarcler ses betteraves ou à battre son blé: il vous suffit d'une gaule ou d'un bâton court, ou même d'un caillou, pour faire pleuvoir à vos pieds les belles noix vertes. Ensuite, il ne s'agit que de les éplucher sans se salir les doigts; des gens prétendent que cela est fort difficile, «qu'il en reste toujours quelque chose»: oui, cela est difficile, mais si vos doigts restaient tachés, vous en seriez quitte pour porter des gants; un autre motif m'a déjà fait vous recommander cet usage.

Vous trouverez, disséminées dans les paragraphes suivants, quelques autres notions touchant la pacotille,--laquelle, en somme, se composera de tout ce que vous pourrez voler subtilement aux riches et aux pauvres, aux arbres et aux ronces;--car je ne suppose pas que vous possédiez naturellement autre chose qu'une intelligence pratique et rusée; en ce cas, vous ne m'auriez pas demandé de conseils et vous n'en auriez pas besoin.

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