‹ La Dame blancheChapitre 11 sur 23 · Scène VII.

Scène VII.

GEORGES ; ANNA, sortant par le panneau à droite,
qui tourne sur un pivot, elle est habillée en blanc,
et la tête couverte d’un voile.

GEORGES.

Non, ce n’est point une illusion, c’est elle-même : je distingue dans l’ombre et sa démarche légère et ses vêtemens blancs.

ANNA, à part.

C’est lui ! osera-t-il me suivre ?… Oui ; si ce n’est par reconnaissance, ce sera du moins par frayeur pour la dame blanche.

GEORGES.

ANNA.

Dikson, Dikson, est-ce toi ?

GEORGES.

Non, ce n’est pas lui ; mais je viens à sa place.

ANNA.

Ôciel ! et qui donc êtes-vous ?

GEORGES.

Habile magicienne, comment ne sais-tu pas mon nom ?

ANNA.

Ôciel ! quelle est cette voix ?

GEORGES.

Faut-il te dire qu’on m’appelle Georges Brown ?

ANNA.

Georges dans ces lieux ! n’est-ce point un songe ? (Faisant un pas vers lui.) Ah ! si j’osais… (S’arrêtant.) Non, je ne dois pas même pour lui… oublier mon serment.

GEORGES, écoutant.

Eh bien ! elle se tait… hein !

ANNA.

Tu as bien fait de ne pas me tromper, car moi qui sais tout, crois-tu que je ne connaisse pas Georges Brown, sous-lieutenant au service d’Angleterre ?

GEORGES.

Je ne reviens pas de ma surprise !

ANNA.

Dans le Hanovre, à la bataille d’Hastembek, tu t’es distingué, tu fus blessé près de ton colonel.

GEORGES.

ANNA.

Une main inconnue te rappela à la vie, te prodigua des soins…

GEORGES, s’avançant.

C’en est trop, et quel que soit ce mystère…

ANNA.

Arrête, ou je disparais à tes yeux, et tu ne me reverras jamais.

GEORGES.

J’obéis ; mais prends pitié de mon trouble : cette divinité protectrice qui prit soin de mes jours, où est-elle ? Depuis trois mois je la poursuis en vain ; partout il me semble et la voir et l’entendre ; dans ce moment encore, je ne sais si c’est une illusion, mais je crois reconnaître sa voix.

ANNA.

Peut-être l’ai-je prise pour te plaire.

GEORGES.

Si tu es elle-même, c’est ce que j’ignore ; mais qui que tu sois, donne-moi les moyens de la revoir.

ANNA.

Cela dépend de toi.

GEORGES.

Que faut-il faire, où faut-il te suivre ?

ANNA.

Me suivre… (À part) Oh ! maintenant je n’ose plus, et je dois changer de projet. (Haut.) Demain tu recevras mes ordres, et quels qu’ils soient…

GEORGES.

Je jure de m’y soumettre ! Fée, magicienne, ou dame blanche, je te suis dévoué. Pour revoir celle que j’aime et pour la posséder, je crois, s’il le fallait, que je me donnerais à toi.

ANNA.

Ce ne serait peut-être pas un mauvais moyen ; mais ce n’est pas là ce que je te demande. Écoute-moi.

RÉCITATIF.

GEORGES.

DUO.

ANNA.

GEORGES.

ANNA.

GEORGES.

ANNA.

GEORGES, détournant la tête, mais avançant intrépidement.

(Anna va pour sortir ; Georges, traversant le théâtre et se mettant devant elle.)

GEORGES.

ANNA, tremblante.

GEORGES.

ANNA.

GEORGES.

ANNA.

GEORGES.

ANNA.

GEORGES.

ANNA.

GEORGES.

ANNA, un peu tremblante.

(Anna passe derrière lui, rentre par la porte à gauche, et l’on entend le même bruit de harpe qu’à son arrivée. À la fin du duo, on frappe à la porte du fond et l’on tire les verrous.)

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