Chapitre 1
Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.
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Il a été tiré de cet ouvrage:
20 exemplaires sur papier de Chine, numérotés de 1 à 20; 10 exemplaires sur papier du Japon, numérotés de 21 à 30; 70 exemplaires sur papier de Hollande, numérotés de 31 à 100.
PAUL BOURGET
DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE
LA DAME
QUI A PERDU SON PEINTRE
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AVERTISSEMENT
Le petit roman qui donne son nom à ce volume et que complètent quelques nouvelles d'un ton un peu différent, est l'histoire d'un faux tableau. Il met en scène quelques représentants de ce monde des amateurs, des marchands et des critiques d'art qui va se développant avec la manie du bibelot et de la collection, si particulière à notre âge. Le dilettantisme et le sens du bon placement, le goût du joli décor et de la vente fructueuse y trouvent également leur compte. Le hasard a voulu qu'un épisode retentissant, celui de l'achat par le musée de Berlin d'un buste attribué à Léonard et fortement contesté, offrît une curieuse analogie avec l'histoire de la Dame qui a perdu son peintre. L'auteur tient à faire observer que l'épisode en question date de ces tout derniers mois et que son œuvre a été composée, voici plusieurs années. Elle a même été publiée, à l'époque, en 1907, dans une revue française et sous une première forme. Les ressemblances qui peuvent se rencontrer entre sa fiction et la réalité sont donc purement fortuites. Pareille aventure lui était arrivée pour le Disciple et pour l'Étape. C'est la preuve qu'en s'efforçant d'étudier la vie contemporaine avec soin et dans ses causes, on a la chance de deviner les effets que produiront ces causes. Ce contrôle de l'imagination par la réalité est quelquefois tragique. Ce fut le cas pour le Disciple. Dans la circonstance actuelle il n'est que plaisant, et l'auteur ne le signale que par scrupule et pour affirmer une fois de plus son horreur de la littérature à clef, même inoffensive.</p>
P. B.
7 avril 1910.
LA DAME
QUI A PERDU SON PEINTRE
A Madame la Comtesse Serristori.
Le manuscrit que l'on va lire me fut confié par la personne à laquelle il avait été adressé: «Vous en ferez ce que vous voudrez,» m'avait-elle dit, «je vous demande seulement votre parole que vous ne chercherez jamais à savoir le nom de l'auteur.» Mme ****--j'allais la nommer elle-même!--avait dans ses yeux bleus et autour de ses lèvres sinueuses une si défiante malice, à ce moment-là, que je manquai aussitôt à ma promesse. Je me dis, moi, mentalement: «L'auteur? Mais c'est elle!...» Et puis, à la lecture, il m'a semblé que ce gentil cerveau de femme à la mode était un peu bien léger pour avoir enregistré tant de détails techniques sur l'authenticité des œuvres d'art, la critique moderne, Morelli, Vasari, Léonard, les princes de la maison d'Este, la noblesse Italienne d'aujourd'hui... Que sais-je? Ces pages, d'autre part, sont étrangement teintées de marivaudage et de sentimentalisme pour un peintre. Ces Messieurs, d'ordinaire, pensent plus dru et plus net. Je laisse au lecteur, qui n'a pas engagé sa parole à la plus coquette des paroissiennes de Sainte-Clotilde, le soin de décider si la main qui traça les lignes du vrai manuscrit,--celui qui m'a été remis avait été brutalement recopié à la machine,--si cette main donc appartenait à une jolie et fine Parisienne de vingt-six ans ou à un portraitiste célèbre, quinquagénaire de par son extrait de naissance, et, comme on verra, resté trop jeune de cœur et de fantaisie. Ils ne sont pas très nombreux, les artistes qui répondent à ce signalement. J'ai été loyal et n'ai pas posé, aux deux ou trois que je connais, les questions qui m'eussent éclairé. Telle quelle, l'histoire m'avait amusé, peut-être à cause de ce doute sur la réelle identité du narrateur, qui a pris pour masque un pseudonyme balzacien, Monfrey. Le lecteur en sait autant que moi, maintenant, sur l'origine de ce récit, que j'ai pris le parti de donner tel quel, en corrigeant deux ou trois erreurs de dates, quelques inexactitudes d'orthographe italienne, et en lui donnant un titre. Ces petites erreurs m'avaient semblé d'abord une garantie de sincérité. Il suffisait d'avoir un Baedeker pour les rectifier. Mais, Madame **** est si subtile. Elle est très capable d'avoir fait ces fautes exprès... C'est trop épiloguer, je lui laisse la parole,--à lui?... Ou à elle?...
P. B.