Scène II.
LES MÊMES, M HÉBERT, tenant un livre et un sac à ouvrage.
M HÉBERT. Ah ! mon Dieu ! que de préparatifs !… ce sera donc une fête magnifique ? Quel dommage de ne pas voir tout cela ?
DUVERNEY. Eh ! pourquoi donc, ma chère demoiselle Hébert, ne verriez-vous pas les illuminations, le spectacle, le bal, dans les jardins ? J’ai ordonné qu’on laissât les grilles du parc ouvertes à tout le monde, et je recommanderai de plus, à mon intendant de faire bien placer la femme de chambre de la marquise de la Tournelle.
M HÉBERT. Monsieur a trop de bonté ; mais je n’en saurais profiter, puisque madame va partir dans une heure.
LEBEL, à part, du haut de son échelle. Qu’entends-je ! elle partirait !…
DUVERNEY, surpris. Madame de la Tournelle nous quitter en ce moment… Ah ! c’est impossible !…
M HÉBERT. J’étais bien sûre que monsieur en serait fâché.
DUVERNEY. Dites donc désespéré. C’est pour elle que je donne cette fête, pour elle seule ; et ce serait me jouer un tour abominable que de n’y pas assister. Pourquoi nous fuir ? n’est-elle pas ici l’objet de tous nos soins ? l’idole de la maison ? J’y ai réuni les parents, les amis qu’elle préfère. Mademoiselle de Nesle, sa jeune sœur, la marquise de Mirepoix, toutes s’empressent à lui rendre ce séjour agréable, et la voilà qui veut nous quitter !
M HÉBERT. C’est que depuis la mort de sa sœur, la comtesse de Vintimille, vous savez que madame fuit le monde ; vous savez qu’elle est venue ici pour se soustraire au bruit de la cour ; mais la cour vient ici, et madame veut s’en éloigner.
DUVERNEY. Il faut l’en empêcher, mademoiselle Hébert ; je sais toute la confiance qu’elle a en vous, qui l’avez élevée, qui lui êtes si attachée. Eh bien, dites-lui que ce serait me perdre… non, me désoler, que de quitter aujourd’hui le château de Plaisance, lorsque le roi me fait l’honneur de s’y arrêter avant de retourner à Versailles. J’irais la trouver et la conjurer moi-même de ne pas me faire ce chagrin, si je n’étais obligé de me rendre au-devant de sa majesté.
M HÉBERT. Eh bien, soit : madame la marquise va venir faire la lecture dans ce pavillon ; je vais l’attendre, et je vous promets de lui répéter fidèlement tout ce que vous m’avez dit.
DUVERNEY. Si cela ne suffit pas, priez, suppliez, inventez quelque obstacle.
LEBEL, à part. J’en trouverai bien, moi.
DUVERNEY. Et comptez sur ma reconnaissance.