V. — Conséquences mécaniques.
Maintenant, nous pouvons envisager deux hypothèses : 1 Les électrons positifs possèdent une masse réelle, beaucoup plus grande que leur masse fictive électromagnétique ; les électrons négatifs sont seuls dépourvus de masse réelle. On pourrait même supposer qu’en dehors des électrons des deux signes, il y a des atomes neutres qui n’ont plus d’autre masse que leur masse réelle. Dans ce cas, la Mécanique n’est pas atteinte ; nous n’avons pas besoin de toucher à ses lois ; la masse réelle est constante ; seulement les mouvements sont troublés par les effets de self-induction, ce qu’on a toujours su ; ces perturbations sont d’ailleurs à peu près négligeables, sauf pour les électrons négatifs, qui, n’ayant pas de masse réelle, ne sont pas de la vraie matière.
2 Mais il y a un autre point de vue ; on peut supposer qu’il n’y a pas d’atome neutre, et que les électrons positifs sont dépourvus de masse réelle au même titre que les électrons négatifs. Mais alors, la masse réelle s’évanouissant, ou bien le mot masse n’aura plus aucun sens, ou bien il faudra qu’il désigne la masse fictive électromagnétique ; dans ce cas, la masse ne sera plus constante, la masse transversale ne sera plus égale à la masse longitudinale, les principes de la Mécanique seront renversés.
Un mot d’explication d’abord. Nous avons dit que, pour une même charge, la masse totale d’un électron positif est beaucoup plus grande que celle d’un électron négatif. Et alors il est naturel de penser que cette différence s’explique parce que l’électron positif a, outre sa masse fictive, une masse réelle considérable ; ce qui nous ramènerait à la première hypothèse. Mais on peut admettre également que la masse réelle est nulle pour les uns comme pour les autres, mais que la masse fictive de l’électron positif est beaucoup plus grande, parce que cet électron est beaucoup plus petit. Je dis bien : beaucoup plus petit. Et, en effet, dans cette hypothèse, l’inertie est d’origine exclusivement électromagnétique ; elle se réduit à l’inertie de l’éther ; les électrons ne sont plus rien par eux-mêmes ; ils sont seulement des trous dans l’éther, et autour desquels s’agite l’éther ; plus ces trous seront petits, plus il y aura d’éther, plus par conséquent l’inertie de l’éther sera grande.
Comment décider entre ces deux hypothèses ? En opérant sur les rayons-canaux comme Kaufmann l’a fait sur les rayons β ? C’est impossible ; la vitesse de ces rayons est beaucoup trop faible. Chacun devra-t-il donc se décider d’après son tempérament, les conservateurs allant d’un côté et les amis du nouveau de l’autre ? Peut-être ; mais, pour bien faire comprendre les arguments des novateurs, il faut faire intervenir d’autres considérations.