‹ La Dynamique de l’électronChapitre 9 sur 16 · X. — L’Expérience de Kaufmann.

X. — L’Expérience de Kaufmann.

Nous voilà donc en présence de deux théories : l’une où les électrons sont indéformables, c’est celle d’Abraham ; l’autre où ils subissent la déformation de Lorentz. Dans les deux cas, leur masse croît avec la vitesse, pour devenir infinie quand cette vitesse devient égale à celle de la lumière ; mais la loi de la variation n’est pas la même. La méthode employée par Kaufmann pour mettre en évidence la loi de variation de la masse semble donc nous donner un moyen expérimental de décider entre les deux théories.

Malheureusement, ses premières expériences n’étaient pas assez précises pour cela ; aussi a-t-il cru devoir les reprendre avec plus de précautions, et en mesurant avec grand soin l’intensité des champs. Sous leur nouvelle forme, elles ont donné raison à la théorie d’Abraham. Le Principe de Relativité n’aurait donc pas la valeur rigoureuse qu’on était tenté de lui attribuer ; on n’aurait plus aucune raison de croire que les électrons positifs sont dénués de masse réelle comme les électrons négatifs.

Toutefois, avant d’adopter définitivement cette conclusion, un peu de réflexion est nécessaire. La question est d’une telle importance qu’il serait à désirer que l’expérience de Kaufmann fût reprise par un autre expérimentateur. Malheureusement, cette expérience est fort délicate et ne pourra être menée à bien que par un physicien de la même habileté que Kaufmann. Toutes les précautions ont été convenablement prises et l’on ne voit pas bien quelle objection on pourrait faire.

Il y a cependant un point sur lequel je désirerais attirer l’attention : c’est sur la mesure du champ électrostatique, mesure d’où tout dépend. Ce champ était produit entre les deux armatures d’un condensateur ; et, entre ces armatures, on avait dû faire un vide extrêmement parfait, afin d’obtenir un isolement complet. On a mesuré alors la différence de potentiel des deux armatures, et l’on a obtenu le champ en divisant cette différence par la distance des armatures. Cela suppose que le champ est uniforme ; cela est-il certain ? Ne peut-il se faire qu’il y ait une chute brusque de potentiel dans le voisinage d’une des armatures, de l’armature négative, par exemple ? Il peut y avoir une différence de potentiel au contact entre le métal et le vide, et il peut se faire que cette différence ne soit pas la même du côté positif et du côté négatif ; ce qui me porterait à le croire, ce sont les effets de soupape électrique entre mercure et vide. Quelque faible que soit la probabilité pour qu’il en soit ainsi, il semble qu’il y ait lieu d’en tenir compte.

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