‹ La FigureChapitre 15 sur 15 · Pour Marie Monnier

Pour Marie Monnier

femme de Paul-Émile Bécat

Lumière ! soutiens et couronne
La patience de ma sœur !
Ne te retire pas encore,
Demeure au cadre des fenêtres,
Que mon chant lisse les nuages
Et dégage le front du ciel,
Qu’il écarte de ta source
Tout ce qui peut la troubler,
Que tu verses au cœur tremblant
De la brodeuse fatiguée
La flamme qui prend à la flamme !
La flamme qui fait briller
L’aiguille glissant à ses doigts,
Pénètre sa chevelure
Et la transmue en or fin,
Vient diviser ses rayons
Aux points touffus de son ouvrage
Et donne à tout son visage
Le tendre éclat de la soie.

Soie issue en fumée solide
Du corps d’un infime ver
Où tâtonne le feu de vie…
Soie qui rends à la lumière
Cent regards pour un regard,
Peau recouverte d’yeux ouverts
Comme notre corps futur,
Tu fais la vertu sans pareille
Des broderies de ma sœur,
Je vois vivre les figures
Nées des mains qui te travaillent,
Plus belles que formées de pierre,
De bois, de laine ou de peinture.
Mais la tâche est lente et dure
Et ne laisse pas ruser,
Pour un matin d’allégresse
Où la promesse est donnée,
Voici le temps du sacrifice
Qui prend toute la parure
De l’ardent et jeune corps
Qu’on louait, sans demander plus,
D’être sa propre broderie.

Mais donne, ma sœur, ta lumière,
Brûle ta vie sur cet autel,
Tes fleurs seront immortelles
Si l’aiguille les sanctifie,
Et la grâce et la figure
Aura la durée du soleil.

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