‹ La FigureChapitre 9 sur 15 · Claudel

Claudel

Je ne couvre sa figure
Du poids d’aucun ornement,
Je repousse le secours
De Fable ou d’Allégorie,
Je ne veux le surnommer
Que du nom même de l’Homme
— Que porte aussi l’Irlandais
Qui ramasse nos péchés
Et nous en montre la somme —
Mais lui, Claudel, doit produire
La moitié haute du corps,
Celle qui remplit sans cesse
Dieu que rien ne peut emplir,
Voici faite à son usage
La plus belle des maisons
Ornée de tous nos visages
Fixés dans leurs passions :
Son Drame dont les étages
Plus hauts que les Cathédrales
Défient la guerre et le temps.

Près du terme de vingt siècles
Il dresse l’état humain,
Ses tours qui passent les monts,
Sa descente dans l’abîme,
Et sa largeur qu’il étend
Jusqu’aux pôles de la terre.
Cent et cent réseaux de fils
Tracent dans le corps du monde
Un fin système nerveux
Où la foudre est asservie.
L’air supporte notre poids.
Tous ces efforts, ces victoires,
Non pas leurs effets finis,
Mais leurs causes sans limites,
S’amassent dans le rapport
Du Poète ambassadeur,
Et vont forcer la matière
À donner telle lumière
Que nous pourrons saluer
La plus proche des planètes
Qui, voyant la politesse,
Voudra sourire à son tour
À sa compagne du ciel.

L’âge avance, tourne et brûle.
Claudel est feu du passé,
À la pointe de la flamme
Il bondit et rejoint l’axe
De la spire antérieure,
Il fait revivre son Fils
Et lui donne le pouvoir
D’habiter encore nos âmes
Avant de mourir enfin
D’une nouvelle naissance
Qui nous rendra dans ses jeux
Le goût de manger le monde
À la table où prennent place
Les bêtes mères des hommes,
Les hommes pères des dieux.

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