Scène VIII
PROVENÇAL, LAFORÊT.
LAFORÊT, s’approchant, et lui frappant sur l’épaule.
Quoi, déjà !
PROVENÇAL.
Quoi, déjà !Cette fois, pas de sévérité !
Là, vrai ! ce n’était pas par curiosité.
Vous a-t-on bien reçue ? Êtes-vous ?…
LAFORÊT.
Vous a-t-on bien reçue ? Êtes-vous ?…Oh ! Ravie,
On ne peut plus, ce jour comptera dans ma vie.
Quel excellent monsieur ! et quel charmant accueil
J’étais heureuse ! Tiens, j’en oubliais mon deuil.
Mais c’est qu’il a beaucoup connu notre bon maître.
Sais-tu ? Non comme ceux qui disent le connaître
Pour l’avoir entrevu sur le théâtre, lui,
C’est de près qu’il l’a vu, sans façon, souvent : oui,
Autant que nous, aussi l’aime-t-il le digne homme !
Il en parle, vois-tu, c’est un vrai plaisir ! Comme
Dans cette maison-là, toi, tu vas être bien.
Si j’y pouvais entrer, j’y servirais pour rien.
« Je voudrais disait-il, vous faire une surprise. »
PROVENÇAL, comprenant.
Ah !
LAFORÊT.
Ah !Mais on l’attendait, quand je gêne, je brise.
Une visite, net… je suis partie… Adieu.
PROVENÇAL.
Mais si l’on vous disait que l’on devine un peu
Quelle est cette surprise et…
LAFORÊT.
Quelle est cette surprise et…N’importe !
PROVENÇAL, à part.
Quelle est cette surprise et…N’importe !Peut-être !
(Haut.)
Voyons, pour embrasser la fille du cher maître…
LAFORÊT.
De Molière ?
PROVENÇAL.
De Molière ?Eh bien ! oui.
LAFORÊT.
De Molière ?Eh bien ! oui.Madelon ?
PROVENÇAL.
De Molière ?Eh bien ! oui.Madelon ?Madelon.
Dites, que feriez-vous ?
LAFORÊT.
Dites, que feriez-vous ?Nul chemin n’est trop long
Pour un pareil bonheur ; j’irais, coûte que coûte,
J’irais au bout du monde.
PROVENÇAL.
J’irais au bout du monde.Épargnez-vous-la route :
Madelaine est là…
LAFORÊT.
Madelaine est là…Vrai !
PROVENÇAL.
Madelaine est là…Vrai !Restez, vous l’allez voir.
LAFORÊT.
Je reste !… Ah ! je mourrai de joie avant ce soir.
PROVENÇAL, regardant par la porte de gauche, qui vient de s’ouvrir.
Je l’aperçois qui vient, sa cousine avec elle.
LAFORÊT.
Montre-la-moi.
PROVENÇAL.
Montre-la-moi.C’est…
LAFORÊT.
Montre-la-moi.C’est…Non… ne me dis pas laquelle.
Je veux la deviner… Pour me faire un maintien,
Si j’avais quelque chose… un balai…
PROVENÇAL.
Si j’avais quelque chose… un balai…Quoi ?
LAFORÊT.
Si j’avais quelque chose… un balai…Quoi ?Le tien !
(Elle le prend.)
PROVENÇAL, riant.
Vous voulez…
LAFORÊT.
Vous voulez…Pourquoi pas ?
PROVENÇAL.
Vous voulez…Pourquoi pas ?L’idée est singulière.
LAFORÊT.
Ah ! je crois être encor servante chez Molière.