L'IMPÉRATRICE
Sans doute, oui.... Mais d'abord, qu'est-ce donc?
L'EMPEREUR, montrant le trône.
Notre entretien suprême, je voudrais qu'il eût lieu là-haut. Une fois dans votre vie, ne fût-ce qu'une seule fois sans lendemain, je voudrais vous avoir vue assise sur ce trône des conquérants tartares.
L'IMPÉRATRICE, très tranquille et détachée.
N'est-ce que cela? S'il vous plaît ainsi, je le veux bien. (Elle commence à monter les marches du trône.) Je monte lentement: je suis brisée et défaillante.... Ce breuvage que vous allez me donner, c'est celui qui endort, n'est-ce pas?... On ne verra point mes traits douloureusement se contracter? Le Phénix, même agonisant, aimerait conserver un peu de grâce.
L'EMPEREUR, de même.
C'est mieux encore que ce que vous souhaitiez; cela vient des Barbares de l'Ouest: des perles brillantes sous une mince feuille d'or.... On passe à néant à travers un sommeil soudain, dans un vertige très doux....
L'IMPÉRATRICE, de nouveau comme absente.
Ah!... dans un vertige.... (Ils sont arrivés en haut. Elle s'assied à demi couchée sur le trône, qui est presque large comme un divan. L'Empereur reste debout.) Eh bien! maintenant, ne tardez plus, parlez....