‹ La fille du ciel: Drame ChinoisChapitre 23 sur 122 · L'EMPEREUR

L'EMPEREUR

Devant Elle! Oh! cela me sera bien facile.

PUITS-DES-BOIS

Et votre discours, de grâce, faites-le tout à l'heure correct et banal.... Le charme, qu'Elle semble exercer sur vous, déjà m'épouvante....

CHŒUR, chanté au fond de la scène.

Du haut du ciel tournez les yeux[1], Vers ce palais, ô mes aïeux! Moi, votre fils, élu des dieux, Je monte au trône glorieux.

Les danseurs exécutent trois évolutions de la danse rituelle dite: danse de la plume et de la flûte.

CHŒUR, chanté au fond de la scène.

Que votre esprit, votre valeur Et vos vertus guident mon cœur! Je triompherai du malheur Et des méchants serai vainqueur.

Les danseurs évoluent encore trois fois.

CHŒUR, chanté au fond de la scène.

Sur l'étendard, dans le ciel pur, Le dragon d'or baigne en l'azur, Sous son abri, puissant et sûr, Je ferai grand le temps futur!

Les danseurs exécutent les trois dernières évolutions.

Musique.

Le maître des cérémonies s'approche du garde des Sceaux, le salue et du geste l'invite à le suivre. Il le conduit à une table d'or placée au fond. Le garde des Sceaux, après avoir ployé le genou, prend sur cette table, posé dans un plateau, le grand sceau de l'Empire. Le maître des cérémonies le conduit jusqu'au pied du trône, puis se retire. Le garde des Sceaux ploie un genou et offre le sceau à Prince-Fidèle. Quand Prince-Fidèle l'a pris, le garde des Sceaux s'agenouille devant le trône, fait trois prosternements, se relève et se retire à reculons. Prince-Fidèle ploie un genou et élève à deux mains vers l'Impératrice le grand sceau d'or, puis il se relève.

La musique cesse.

PRINCE-FIDÈLE, à l'Impératrice.

Au nom de tous les princes ici assemblés, au nom du peuple fidèle et de l'armée prête à mourir pour la Dynastie Lumineuse, je présente à Votre Majesté le trésor sacré entre tous, le dépôt sans prix que vos ancêtres se sont transmis de génération en génération, le symbole de la Toute-Puissance, le grand Sceau de l'État. En vous le remettant, nous vous reconnaissons comme souveraine de l'Empire, pendant la minorité de votre fils bien-aimé. Acceptez le mandat du ciel avec recueillement et piété....

Deux filles d'honneur descendent les marches du trône, viennent prendre le plateau et vont le déposer sur une autre table toute proche de l'Impératrice.

PRINCE-FIDÈLE

O fille du Ciel, que nous jurons de fidèlement servir! Pour achever l'œuvre de vos ancêtres déifiés, n'oubliez jamais les dix préceptes, qui sont la règle de conduite des souverains. Tels qu'ils furent gravés, ici, dans le jade précieux, mon devoir est de vous les relire en ce jour et devant tous.

Lisant sur un bloc de jade qu'on lui présente.

Craindre le ciel. Aimer le peuple. Élever l'esprit. Cultiver les sciences. Honorer le mérite. Écouter les conseils. Diminuer les impôts. Adoucir les lois. Épargner le trésor Fuir l'entraînement des sens.

En obéissant à ces commandements, on est assuré de suivre la voie droite; mais il faut s'y avancer sans distraction ni défaillance. O notre souveraine, soyez attentive et anxieuse, comme si, à toutes les heures de votre vie, vous portiez une coupe trop emplie d'eau, dont pas une goutte ne doit se perdre. Faites ainsi, alors votre œuvre sera juste et votre dynastie ne finira jamais....

TOUS

Dix mille années! Dix mille années!

L'orchestre joue. Prince-Fidèle s'agenouille, fait trois prosternements, se relève, puis retourne à sa place. La musique cesse, un grand silence s'établit, l'Impératrice se lève.

SCÈNE II

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