‹ La Fille du CielChapitre 27 sur 52 · Scène XIV

Scène XIV

LES MÊMES, LES FEMMES, BOIS-FLEURI.

1 femme. — Nos préparatifs sont terminés.

Bois-Fleuri. — L’escorte est prête.

L’Impératrice, attirant son fils. — Oui ! Mais à qui maintenant confiez-vous votre Empereur ? Prenons le temps de penser, au moins !… Ou alors, pour qu’il y ait une telle urgence, c’est que vous m’avez trompée, nous sommes investis ?… Où est-elle, l’armée tartare ? Je ne suis pas une idole enfermée dans un tabernacle : qu’on me dise la vérité !… Où est-elle ?

Prince-Fidèle. — Tout près, et formidable !… Les émissaires nous fixeront mieux ce soir… Pour ne pas assombrir le front de Votre Majesté, pendant les journées radieuses de l’investiture, nous avions dissimulé, c’est vrai. Pardonnez-nous.

L’Impératrice. — C’est bien… Et maintenant, mon fils, à qui ?…

Prince-Fidèle. — Au vice-roi du Sud, toujours, au véritable, nous le confierons ; son dévouement de dix années est à l’épreuve de tout. Donc, il s’agit de marcher à sa rencontre, et que, sans perdre une heure, il rebrousse chemin vers le Yun-Nam avec son précieux dépôt. Pour cela, partir à l’instant même afin que la jonction des deux escortes ait lieu avant la tombée de la nuit. (À Prince-Ailé.) Prince, jusqu’à nouvel avis, restez auprès de l’Empereur. Établissez une communication constante avec la frontière, et, à la première alerte, emmenez l’enfant hors de l’Empire.

L’Impératrice. — Et que, chaque jour, un courrier m’apporte des nouvelles…, aussi longtemps du moins que les routes seront libres autour de nos murs et nos portes ouvertes.

Prince-Ailé. — Je veillerai à tout, ne me fiant qu’à moi-même.

Prince-Fidèle. — Et nous savons tout le prix de votre vigilance…

(Un des officiers, qui était parti tout à l’heure sur un signe de l’Impératrice, arrive en hâte.)

L’officier. — Les cavaliers sont rentrés… On les a vus, les deux fuyards, l’homme et son complice ; ils avaient des chevaux qui dévoraient l’espace… Un de ces navires rapides, comme en ont les barbares d’Occident, attendait au bord du fleuve ; il les emporte à cette heure, avec la vitesse de la foudre. Toute poursuite serait vaine.

L’Impératrice. — Je m’y attendais… Lui, se laisser reprendre comme un fuyard vulgaire !… Non ! Je savais qu’il emporterait avec lui le mystère qu’il lui a plu de garder.

Prince-Fidèle, à l’Impératrice. — Majesté, l’heure est venue, l’heure presse…

L’Impératrice. — Oui, je suis prête… Rien qu’un instant, une suprême minute encore. (Elle conduit le petit Empereur jusqu’au trône, où elle le fait asseoir.) Laissez-moi rendre au Fils du Ciel l’hommage qui lui est dû. (Elle s’agenouille.) Que votre vie soit heureuse et longue ! Votre règne paisible et prospère. (Elle s’incline trois fois.) Que votre dynastie dure éternellement.

(Les hommes et les femmes se sont prosternés.)

L’Enfant, qui retient ses larmes. — J’ai promis de ne pas pleurer.

L’Impératrice. — Puissent le triomphe et la gloire vous ramener ici bientôt.

(Elle se relève. L’enfant descend du trône, s’approche de l’Impératrice et s’agenouille à son tour.)

L’enfant. — Dis, mère, ce n’est pas pour longtemps que je m’en vais ?…

L’Impératrice, se penchant vers son fils pour l’embrasser désespérément. — Non, mon bien-aimé, non… Pour peu de jours, s’il plaît à nos Dieux que j’implore !… Aie du courage, chère petite fleur !… (Aux femmes.) Allez, maintenant.

(Les femmes entraînent le petit Empereur. Il sort, les regards toujours fixés sur sa mère.)

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