Scène I
OFFICIERS DU PALAIS, DIGNITAIRES
ET MAÎTRES DES CÉRÉMONIES.
1 MAÎTRE DES CÉRÉMONIES, mettant en ligne un des derniers blocs de porcelaine. — Là ; le dix-huitième groupe des grands lettrés s’arrêtera là, face au trône, mais tourné un peu de biais.
2 MAÎTRE DES CÉRÉMONIES. — Tout me semble ainsi réglé pour le mieux… Nous serons prêts.
Un officier. — L’Empereur, prétend-on, est extrêmement fébrile depuis ce matin…
2 officier. — On l’affirme en effet… Lui si sombre et abattu depuis quelques jours,… tellement que chaque victoire de ses armées paraissait l’accabler comme un désastre…
3 officier. — Oui, qui eût dit qu’il exigerait un tel apparat pour célébrer son triomphe ?…
4 officier. — Et vous savez la nouvelle ?… La prisonnière doit y paraître.
3 officier. — Laquelle ?…
4 officier. — Laquelle !… Voyons, est-ce que cela se demande ? La grande, bien entendu, l’unique, celle dont tout le monde… L’ex-impératrice des rebelles.
5 officier, ironiquement. — Ah ! la Déesse !… Alors on va la voir.
6 officier.— Et on pourra juger de sa puissance surnaturelle, à moins qu’elle l’ait perdue.
4 officier.— Oh ! pour de la puissance, elle en a toujours… Hier au soir, par ordre de l’Empereur, on a décapité deux eunuques, coupables seulement de lui avoir annoncé la mort de son fils, sans y mettre les formes…
3 officier.— Et moi, je sais des détails, par la Grande Maîtresse… Ce matin, elle a daigné parler, la Déesse, pour demander des vêtemens de deuil… Alors, dans les réserves de feu l’impératrice-mère, on est allé chercher ce qu’il y avait de plus magnifique, en fait de robes blanches et de souliers blancs.