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Chapitre 17 COUCHER DE SOLEIL

Galapian et l’abbé Romorantin, qui étaient les voisins de la petite Lotte, se reculèrent instinctivement. Les regards inquiets de toute l’assemblée se prirent à errer. Fanchon, se penchant derrière la chaise du vicomte Paul, balbutia à l’oreille de Joli-Cœur :

– N’a-t-elle pas dit : Mon père va venir ?…

Joli-Cœur, tout hussard et tout brave qu’il était, eut le frisson.

Il se leva pour aller prendre l’air à une fenêtre, mais à peine eut-il porté ses yeux sur la campagne, qu’il s’écria, tandis que ses jambes fléchissaient :

– Voyez ! voyez !

– Sont-ce les Anglais ? demanda le vicomte Paul. Prenons les armes !

– Seigneur Dieu ! gémit Fanchon qui regardait à son tour. Ah ! Seigneur Dieu !

L’abbé se signa. Galapian mit son binocle.

Le soleil sans rayons, large disque de pourpre, touchait à l’horizon la ligne des nuages. Tous ces harmonieux aspects du pays de Tours qui semble un immense et riant jardin, arrosé par le plus beau des fleuves français, éclairés ainsi à revers, prenaient sous ces lueurs violentes des teintes étranges et de solennelles bizarreries. Les collines grandissaient, les lointains s’allongeaient à de fantastiques profondeurs ; la nuit montait déjà au fond des vallées, tandis que les sommets de la côte voisine s’enluminaient de franges multicolores.

Tout le monde était aux fenêtres du pavillon, mais personne n’admirait ce merveilleux spectacle.

Le soleil couchant pouvait se noyer dans ces splendeurs ; sa dernière caresse pouvait embraser le paysage transfiguré : nul ne regardait ni le paysage ni le soleil.

Tous les yeux étaient fixés sur le même point ; le même étonnement inquiet se reflétait sur tous les visages.

Au plus haut sommet de la côte, sur la route qui conduit de Tours à Angers, un homme – une apparition plutôt – se montrait.

Juste en face du soleil !

Sa haute silhouette se détachait en noir sur la pourpre du disque.

Et la lumière oblique abaissait son ombre énorme jusqu’au fond de la vallée.

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