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Chapitre 64 L’INVITATION

Au bout de trois quarts d’heure, l’infâme Ozer occupant toujours le corps usurpé du colonel comte de Savray et la reine Hérodiade rentrèrent dans la salle du festin. Ozer était un peu pâle, mais bientôt un grand verre d’eau-de-vie lui rendit les rubis de sa joue.

L’orgie reprit de plus belle.

Quelque temps avant le lever du jour, Ozer dit :

– Mes camarades, jamais je ne n’ai gardé un corps si longtemps que celui du colonel Roland de Savray. C’était un beau et bon corps dans lequel je me plaisais énormément. Mais le voilà brûlé. Ce nigaud de colonel est accusé de faux, de vol de trahison, que sais-je ? Le monde n’en est pas encore à admettre toutes nos bonnes plaisanteries. Cela viendra. En attendant, je vous annonce que je vais laisser au rebut le corps du colonel, qui pourrait bien aller aux galères. J’ai envie d’être quelque chose comme ministre du nouveau gouvernement ou fils du nouveau roi ; cela me changera, et nous en ferons de belles ! A deux heures du matin, la nuit prochaine, je vous invite à la fête de ma cent quatre-vingt-huitième naissance. Il y aura des truffes !

Au milieu de l’acclamation qui suivit ces remarquables paroles, une décharge de mousqueterie éclata, tout près de là, sur la place du Palais-Royal.

On se leva en tumulte.

La décharge était suivie de coups de feu isolés.

– Aux barricades ! aux barricades ! cria-t-on de toutes parts.

– Mordiou ! dit Chodruc-Duclos, voilà qui ne doit pas faire rire mon ancien ami intime, le prince de Polignac ! Eh donc ! Té ! vé ! à la carmagnole ! nous devons nous venger des clampins qui n’ont pas voulu nous nommer préfet !

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