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Chapitre 68 A TRAVERS LE FER, LE FEU DES BATAILLONS

Isaac Laquedem monta l’escalier du quai des Orfèvres après avoir passé sous le pont. Il était frais comme une rose et marchait son pas ordinaire en s’appuyant sur son long bâton.

Arrivé à l’angle du Pont-Neuf, il fut pris par hasard entre les feux croisés de trois ou quatre détachements qui causaient là à coups de fusil. Il y avait des dragons et de l’infanterie légère d’un côté, de l’autre les habitués de la mère Moreau et la jeunesse des écoles. On y allait de bon cœur, Isaac Laquedem en était tout incommodé.

Avez-vous vu la grêle de mars rebondir sur les toits ? Ainsi faisaient les balles en touchant les haillons de l’Homme, qui les secouait de temps en temps pour faire tomber cette giboulée.

Le garçon de bureau du Journal des Débats, qui était venu jusqu’au bout de la rue des Prêtres pour cueillir des faits divers, eut envie de lui adresser la question suivante :

N’êtes-vous pas cet homme

De qui l’on parle tant,

Que l’écriture nomme

Isaac Juif errant ?…

Mais il n’en eut pas le loisir. Une de ces balles, qui ne faisaient que chatouiller Isaac, toucha sa casquette et lui fit sauter la cervelle.

C’était un père de famille. Son nom est sur la colonne de la Bastille.

Comme Isaac Laquedem montait vers le palais-Royal, une maison de la rue de l’Arbre-Sec s’écroula malheureusement sur lui. On le vit un instant debout au milieu des débris. Il s’épousseta et passa.

Au cœur même du journal des Débats, dans le sanctuaire grave, moisi, humide, doctrinaire, hérétique, intègre, accommodant, inflexible et fondant où se boulange le sophisme universel, un homme, un garde-vue, un docteur, coiffé du dernier cheveu janséniste, écrivait, passionné comme un joueur de boule, l’article séculaire :

… « La France sait bien que nous ne changeons jamais d’opinion… »

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