Chapitre 6 OU LE VICOMTE SE MONTRE BON PRINCE
Aujourd’hui, Joli-Cœur travaillait donc avec un entrain inaccoutumé. Le comte et la comtesse lui avaient donné le mot. Les quatre jardiniers piochaient et brouettaient, que c’était merveille. Il s’agissait de revêtir un épaulement dont la vue seule devait faire frémir Wellington et lui ôter toute idée d’attaquer la forteresse du vicomte Paul.
Le vicomte Paul avait sa lorgnette de général en chef et inspectait la route pour voir si les Anglais, prévenus par d’adroits espions, n’avaient pas doublé leurs étapes, afin de le prendre au dépourvu avant l’achèvement des travaux.
Tout à coup le vicomte Paul poussa un cri de surprise, et ses jolis sourcils se froncèrent.
– Est-ce Wellington ? demanda Joli-Cœur.
– La calèche ! répondit le vicomte rouge de colère, la neuve ! La Brie sur le siége ! Landerneau et Lafleur derrière ! Tous trois en grande livrée ! tous trois poudrés de frais ! On m’a trahi ! Papa et maman vont dîner en ville !
Les quatre jardiniers s’arrêtèrent consternés. Joli-Cœur se gratta l’oreille.
– Mon cheval ! s’écria encore l’enfant. Je vais les rattraper !
– Little-Grey est déferré des deux pieds de devant, répondit Joli-Cœur, qui, ma foi, mit la main au toupet, comme s’il eût salué son officier.
– Alors, je vais monter le cheval de papa. Voyons ! qu’on m’obéisse !
Les quatre jardiniers secouèrent la tête et je ne sais ce qu’eût fait Joli-Cœur, lorsqu’à la portière de la calèche, qui tournait un coude de la route, des cheveux blonds se montrèrent, constellés de pierreries qui brillaient au soleil, puis un transparent mouchoir s’agita.
– Petite mère ! s’écria le vicomte Paul en tendant les bras. Si tu m’avais demandé la permission, je t’aurais dit d’aller, je t’assure ! Petit père ! Tu ne te montres pas, toi, tu as peur !
Il pleurait, mais il riait, envoyant des baisers et disant :
– Est-elle belle, maman ! J’aurais voulu voir papa avec ses croix !… Allons, méchants, amusez-vous bien, mangez des glaces et de la crème, dansez ! Moi, je garde la maison.
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