‹ La Fille du Juif-ErrantChapitre 9 sur 92 · Chapitre 8 FESTIN DE BALTHASAR

Chapitre 8 FESTIN DE BALTHASAR

Vous me croirez si vous voulez, ce fut un dîner superbe : plus beau que celui de la préfecture. Ah ! bien plus beau !

Le chef, ayant reçu des ordres du vicomte Paul, improvisa un menu abondant et sucré pour accompagner les grosses pièces de l’ordinaire qui déjà cuisaient à la broche ou dans les casseroles. Il y eut cinq services, ni plus ni moins. La nappe damassée fut mise dans le pavillon, terreur des Anglais, boulevard de la France. On dirigea une attaque sérieuse contre la cave, mal défendue par le sommelier. Bordeaux, chambertin, champagne, tout y passa. En fin de compte, on invita le sommelier.

Il n’y avait pas à parlementer. Le vicomte Paul était le maître.

L’abbé Romorantin lui-même céda de bonne grâce.

Cinq heures sonnant, heure militaire, au moment même où l’huissier criait là-bas : « Madame la préfète est servie, » Sapajou, en livrée d’apparat, vint annoncer que « la soupe était sur la table. »

Il fut grondé, car le vicomte Paul savait son beau monde, mais on lui permit de prendre place parmi les petits fermiers, rangés comme des piquets et plus rouges que des coquelicots. Il promit de dire une autre fois : « Monsieur le vicomte est servi. »

Le vicomte Paul s’assit entre Fanchon, qui représentait toutes les dames, et le général Joli-Cœur. Fanchon avait apporté un énorme paquet d’images.

Vis-à-vis du vicomte était la petite Lotte, entre M. Galapian et l’abbé Romorantin.

– Enlevez la soupe ! commanda le vicomte Paul. C’est fête. On n’est pas forcé de manger le potage !

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