X
La jeune fille, sur qui venait de tomber la conversation des bonnes dames, répondait en ce moment à une question de son cavalier:
--Non, monsieur Jacques; je ne puis consentir.
--Mais, Angèle?
--Une autre que moi regarderait votre prière comme une insulte. Je veux bien vous excuser; mais de grâce, cessez.
--Méchante! vous ne m'aimez pas.
--Non, en vérité, pas ce soir. Fi, monsieur, vous devriez rougir de vos propositions!
--Mais quel mal?
--La pastourelle! A vous!
Jacques, rongeant sa mauvaise humeur, fit quelques pas en avant, et retourna prendre sa partenaire, pour la conduire à son vis-à-vis.
--Décidément, vous refusez! lui dit-il.
--Décidément, je refuse et vous défends de renouveler vos tentatives, répliqua-t-elle d'un ton sec.
--Vous ne m'aimez pas.
--Soit.
La contredanse était achevée et minuit sonnait.
--Allons, enfants, il est tard, dit une maman. Il se fait temps de partir.
--Encore une ronde! répondit en écho Pierre Morlaix, raclant sur son crin-crin le motif de la ronde.
Déjà une gracieuse chaîne, aux anneaux féminins et masculins, s'était bouclée autour de la salle, et douze gosiers, sonores et mélodieux, disaient:
Avant que de nous quitter, Il faut chacun contenter, Contentez, la chose est belle! Entrez-y, mademoiselle, Faites un tour, A l'entour, Embrassez vos amours.
La versification n'était pas riche, mais ce refrain est si doux, si avenant! Et puis, nos veilleurs se moquaient pas mal de la prosodie!
Jacques, à la onzième reprise, pénétra dans le cercle qui, tout aussitôt, tourbillonna vivement autour de lui:
Avant de nous quitter, Il faut chacun contenter. Contentez, etc.
Le couplet fini, Jacques hésita une seconde; ses regards parcouraient l'écrin de beautés qui attendaient qu'il fixât son choix. Son dépit le poussait à piquer la jalousie de son amante, mais son coeur fut meilleur conseiller, et le jeune homme s'approcha délibérément d'Angèle, à laquelle il dit en la baisant au front:
--Me pardonnez-vous?
--Vous ne le méritez guère.