‹ La fille du pirateChapitre 3 sur 115 · III

III

Pendant la tempête, Charles, sur l'ordre du capitaine, était resté dans la grande cabine; mais quand le danger eut cessé, il monta sur le pont où il demeura le reste de la nuit en conférence avec les officiers.

Le lendemain matin, une voile parut à l'horizon. Cette vue ranima le courage défaillant des malheureux naufragés.

Aussitôt on cessa de travailler à un radeau,--dont on avait entrepris la construction avec des espars et des vergues de rechanges,--pour établir des signaux.

Ils ne furent que trop bien distingués.

Une heure s'était à peine écoulée quand un navire silla dans les eaux de l'Alcyon.

C'était une longue corvette, noire comme de l'encre, couronnée d'une bande rouge sanglant.

Nul pavillon ne flottait à sa drisse. Mais des flammes noires ornaient ses cacatois.

Le capitaine de l'Alcyon, qui cherchait à reconnaître la corvette, à l'aide de sa longue-vue, fronça soudain les sourcils et frappa du pied.

--Qu'y a-t-il donc, monsieur? demanda Charles attribuant ces mouvements à la mauvaise humeur.

--Rien de bon! rien de bon!--Lieutenant!

Un officier s'approcha.

--Voyez! dit le capitaine en passant la lunette à son second.

Dès que celui-ci eut regardé il pâlit.

--Le Corbeau! murmura-t-il.

--Le Corbeau! répétèrent, en se signant, des matelots qui se trouvaient près du lieutenant.

--Mais qu'est-ce que cela signifie! dit Charles, frappé de la stupeur qui se peignait sur le visage des assistants.

--C'est le Corbeau!

--Mais encore, capitaine...

--Allons, il faut nous préparer à mourir. Avoir traversé le grain pour tomber sous la griffe du Corbeau, mille sabords!

--Mais, persista le fils de l'armateur, expliquez-moi au moins de quoi il s'agit.

--Il s'agit, monsieur, répliqua le vieux marin, de faire vos dispositions testamentaires. Tenez, voici le Corbeau qui croasse; comprenez-vous!

Comme le capitaine prononçait ces mots, un éclair illumina les ondes de l'Atlantique, puis une détonation se fit entendre et deux boulets ramés balayèrent le pont de l'Alcyon.

--C'est un corsaire! s'écria Charles avec impétuosité, il faut nous battre. Nous avons des armes et des munitions...

Le capitaine haussa les épaules.

--Une embarcation à la mer! ordonna-t-il.

Quand le canot eut été mis à flots, le commandant y descendit, accompagné de quatre vigoureux rameurs.

--Mais qu'est-ce que cela signifie? répétait Charles étonné d'un incident aussi extraordinaire.

--Cela signifie, monsieur, que dans une heure nous servirons probablement de pâture aux requins, lui répliqua le troisième.

--Pourquoi ne pas nous défendre?

--Se défendre contre le Corbeau! examinez un peu cette mâchoire!

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