‹ La fille du pirateChapitre 33 sur 115 · XXII

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Et Pierre courut à l'écurie, atteler ses meilleurs chevaux--les rejetons de Carillon et la Brune, deux maîtresses bêtes dans leur temps, mais, hélas! descendues de vie à trépas, depuis une dizaine d'années--à sa calèche[3] couverte tandis que la vieille madame Morlaix disait à à Angèle:

[Note 3: Les canadiens appellent calèche une voiture à un seul cheval, montée sur des roues fort élevées.]

--Mais qu'est-ce qu'y a donc, mon enfant; Jésus Seigneur! comme tu sembles tout ahurie! et not'Pierre qu'est sens devant darrière itou, d'pis qu'test-entrée?

La jeune fille s'empressa de conter à la veuve ce qui lui était survenu.

--C'pauvre cher garçon, s'écria la mère Morlaix, est-y ben sévèrement blessé?

--J'espère que ce ne sera rien; quelques jours de repos...

--Crés-tu?

--Dame!

--Mais, encore, queu tournure a-t-y? T'paraît-t-y ben comme y faut? C'est terrible! mon divin Sauveur! un'aventure comme c't'elle-là. Qu'est-ce qui aurait jamais imaginé, mon enfant? tout d'même que l'monde d'aujourd'hui est un drôle de monde! Mais est-y jeune, est-y vieux, car enfin! c'est ben curieux que c't'histoère-là? Comment qu'tu l'appelles?

--J'ignore son nom, répondit Angèle, trop occupée par le tourbillon d'idées qui roulaient dans son cerveau, pour accorder une constante attention à la loquacité de la bonne vieille.

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