‹ La fille du pirateChapitre 63 sur 115 · CINQUIÈME PARTIE - I

CINQUIÈME PARTIE - I

JALOUSIE CONTRE AMOUR

On a établi une différence entre le coeur et le cerveau (traduisez esprit). Au premier, disent certains physiologistes, appartiennent les sensations naturelles, au second, les sentiments étudiés.--Tandis que Bichat, avec son effroyable science, définissait en trois mots, le siège accepté de nos émotions, et disait: le coeur? _Un muscle creux_! lord Byron méditait l'impressionnabilité unique et suprême du cerveau (_brains_). Si le Français se posait en négateur des idées reçues, si l'Anglais essayait de changer le trône de nos facultés, avaient-ils plus tort ou raison que le vieil Homère, s'écriant par la bouche de l'un de ses héros: Mon _diaphragme_ vous aime? Les progrès de la physique, mécanique, botanique, astronomie, chimie, pathologie et même de l'anatomie, ont été considérables depuis un siècle; mais cependant, on n'est point encore parvenu à déterminer l'organe réel des conceptions internes. Aussi acceptons-nous et accepterons-nous jusqu'à preuve du contraire, l'antique, tradition: Le coeur nous semblera jouer en nous un rôle passif, et le cerveau un rôle actif. Celui-ci produira, celui-ci recevra. En d'autres termes, nous pensons que le coeur est soumis au contrôle du cerveau. Les organes extérieurs transmettent la sensation au cerveau qui la juge, l'apprécie, et renvoie au coeur le résultat de son examen; et tandis que ce dernier subit la secousse, l'autre en diminue ou affaiblit l'effet pour lui-même. De là naît cette sorte d'antagonisme dans notre nature. Le coeur est ou profondément ulcéré ou entièrement satisfait, alors que le cerveau nage dans un océan d'incertitudes.